Si Ighdem m'était conté
Si Ighdem m’Ă©tait contĂ© . Pour que nul n'oublie, Guenzet. En cet aprĂšs-midi de mai 1957, Ă la saison Ă©clatante du printemps, un enfant desept ans, pieds nus, les cheveux au vent, dĂ©valait Ă toute allure le monticule d’Akerou H’mana. Sur le sentier escarpĂ© qui traversait les champs, il courait vers le village d’Ighdem, une bourgade de trente-cinq maisons nichĂ©e en plein maquis, entre Guenzet et Aourir E u lmi. Il criait Ă tue-tĂȘte, la gorge dĂ©ployĂ©e : — « La fin du monde est pour demain ! Ă gens du village, prĂ©parez-vous, la fin est proche ! » Les villageois, affairĂ©s aux champs, ne lui prĂȘtaient guĂšre attention. Seul Hadj Lakhder Bahmed, debout au seuil de sa porte, rĂ©pliqua froidement : — « Tais-toi, espĂšce de morveux ! C’est tout ce que tu nous souhaites, avec la duretĂ© de la vie et l’armĂ©e française sur le dos ? » Au fond de lui, le vieillard avait senti venir le ...