L’Ă©nigme du vieux père,
ceux qui font vivre l’âme de Guenzet
Dans L’Ă©nigme du vieux père, chaque dĂ©tail dissimule une sagesse profonde, et au fil des rĂ©vĂ©lations, une vĂ©ritĂ© longtemps cachĂ©e finit par triompher.
Un jour, dans un village de Kabylie, un vieil homme, sentant le poids des années et la fatigue ralentir ses pas, décida de ne plus aller lui-même au souk hebdomadaire. Il appela son fils et lui confia une mission un peu particulière.
— Mon fils, dit-il, cette semaine c’est toi qui iras au marchĂ© Ă ma place. Mais Ă©coute bien : je veux que tu m’achètes quelque chose qui soit bon et beau Ă la fois. Ni miel, ni melon, ni autre fruit, ni friandise commune… Non, je veux une sorte de sucrerie que tout le monde aimerait avoir.
Le jeune homme, surpris par cette commande étrange, hocha la tête sans oser poser de questions. Pourtant, en partant au marché, il sentait déjà son esprit troublé.
« Qu’est-ce que mon père a bien voulu dire par lĂ ? » se rĂ©pĂ©tait-il sans cesse."
ArrivĂ© au souk, il erra d’un Ă©tal Ă l’autre. Il regardait les fruits juteux, les dattes mielleuses, les pâtisseries dorĂ©es, mais aucune ne semblait correspondre Ă l’Ă©nigmatique demande. La matinĂ©e passa ainsi, entre hĂ©sitation et perplexitĂ©. Le jeune homme, accablĂ©, n’osait pas rentrer les mains vides, de peur de dĂ©cevoir son père.
FatiguĂ©, il alla s’asseoir Ă l’ombre gĂ©nĂ©reuse d’un figuier. LĂ , il se mit Ă rĂ©flĂ©chir Ă la demande paternelle, comme si elle contenait une leçon cachĂ©e. Son regard finit par se poser sur une scène toute proche : deux hommes, sans doute cousins, venaient de se retrouver après de longues annĂ©es de sĂ©paration. On entendait leurs exclamations de joie, on voyait leurs embrassades, leurs accolades chaleureuses, les traditionnels « samaleks » et les questions pressĂ©es sur la santĂ© des familles.
BientĂ´t, l’un d’eux entra chez le boucher et en ressortit avec deux kilos de biftecks. Il tendit le paquet Ă son cousin en disant :
— Tiens, ceci est pour ta mère, elle m’a beaucoup manquĂ©.
L’autre, tout aussi Ă©mu, ne voulut pas rester en reste. Il acheta Ă son tour deux kilos de foie et dit avec un large sourire :
— Ceci est pour ton père, que j’ai toujours beaucoup apprĂ©ciĂ©.
Assis sous le figuier, le jeune homme observait la scène avec une certaine nostalgie. Et soudain, une idĂ©e lumineuse jaillit dans son esprit. Sans attendre, il se leva, entra lui aussi chez le boucher et demanda… une langue de veau.
Lorsqu’il rentra chez lui, il prĂ©senta l’Ă©trange achat Ă son père. Celui-ci, intriguĂ©, fronça les sourcils :
— Mon fils, ce n’est pas ce que je t’ai demandĂ©…
Mais le jeune homme, le regard brillant, répondit avec assurance :
— Au contraire, père. N’y a-t-il pas plus belle et plus douce sucrerie qu’une langue bienveillante ? Une langue qui sait parler avec sagesse, qui adoucit les cĹ“urs, qui crĂ©e l’harmonie dans un foyer et rĂ©pand la paix entre les hommes ?
Le vieux père resta un instant silencieux, surpris par la maturité de son fils. Puis un sourire se dessina sur ses lèvres ridées.
— Eh bien, dit-il, je vois maintenant que tu as compris. Tu peux dĂ©sormais me remplacer dignement au souk hebdomadaire du village.
La morale:Une parole douce et sage peut nourrir l’âme plus que n’importe quel mets sucrĂ©.
Octobre 2025.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
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