lundi 13 avril 2026

L'énigme du vieux Père.

                   L’énigme du vieux père,

                  ceux qui font vivre l’âme de Guenzet

Dans L’énigme du vieux père, chaque détail dissimule une sagesse profonde, et au fil des révélations, une vérité longtemps cachée finit par triompher.

Un jour, dans un village de Kabylie, un vieil homme, sentant le poids des années et la fatigue ralentir ses pas, décida de ne plus aller lui-même au souk hebdomadaire. Il appela son fils et lui confia une mission un peu particulière.


— Mon fils, dit-il, cette semaine c’est toi qui iras au marché à ma place. Mais écoute bien : je veux que tu m’achètes quelque chose qui soit bon et beau à la fois. Ni miel, ni melon, ni autre fruit, ni friandise commune… Non, je veux une sorte de sucrerie que tout le monde aimerait avoir.

Le jeune homme, surpris par cette commande étrange, hocha la tête sans oser poser de questions. Pourtant, en partant au marché, il sentait déjà son esprit troublé.

« Qu’est-ce que mon père a bien voulu dire par là ? » se répétait-il sans cesse."

Arrivé au souk, il erra d’un étal à l’autre. Il regardait les fruits juteux, les dattes mielleuses, les pâtisseries dorées, mais aucune ne semblait correspondre à l’énigmatique demande. La matinée passa ainsi, entre hésitation et perplexité. Le jeune homme, accablé, n’osait pas rentrer les mains vides, de peur de décevoir son père.

Fatigué, il alla s’asseoir à l’ombre généreuse d’un figuier. Là, il se mit à réfléchir à la demande paternelle, comme si elle contenait une leçon cachée. Son regard finit par se poser sur une scène toute proche : deux hommes, sans doute cousins, venaient de se retrouver après de longues années de séparation. On entendait leurs exclamations de joie, on voyait leurs embrassades, leurs accolades chaleureuses, les traditionnels « samaleks » et les questions pressées sur la santé des familles.
Bientôt, l’un d’eux entra chez le boucher et en ressortit avec deux kilos de biftecks. Il tendit le paquet à son cousin en disant :

— Tiens, ceci est pour ta mère, elle m’a beaucoup manqué.

L’autre, tout aussi ému, ne voulut pas rester en reste. Il acheta à son tour deux kilos de foie et dit avec un large sourire :

— Ceci est pour ton père, que j’ai toujours beaucoup apprécié.

Assis sous le figuier, le jeune homme observait la scène avec une certaine nostalgie. Et soudain, une idée lumineuse jaillit dans son esprit. Sans attendre, il se leva, entra lui aussi chez le boucher et demanda… une langue de veau.

Lorsqu’il rentra chez lui, il présenta l’étrange achat à son père. Celui-ci, intrigué, fronça les sourcils :

— Mon fils, ce n’est pas ce que je t’ai demandé…

Mais le jeune homme, le regard brillant, répondit avec assurance :

— Au contraire, père. N’y a-t-il pas plus belle et plus douce sucrerie qu’une langue bienveillante ? Une langue qui sait parler avec sagesse, qui adoucit les cœurs, qui crée l’harmonie dans un foyer et répand la paix entre les hommes ?

Le vieux père resta un instant silencieux, surpris par la maturité de son fils. Puis un sourire se dessina sur ses lèvres ridées.

— Eh bien, dit-il, je vois maintenant que tu as compris. Tu peux désormais me remplacer dignement au souk hebdomadaire du village.
La morale:Une parole douce et sage peut nourrir l’âme plus que n’importe quel mets sucré.

Octobre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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