Dda Belkacem, l’âme lumineuse du village.
( Belkacem Bellali).
"Ici, vous ne trouverez pas seulement des textes. Vous trouverez des visages, des voix, des fragments d’existences. Des hommes qui ont marqué leur époque sans jamais écrire leur nom.
Des femmes restées debout, souvent dans l’ombre, toujours dans la dignité.
Des femmes restées debout, souvent dans l’ombre, toujours dans la dignité. Ce sont eux, les véritables héros."
Dda kassa… Rien que d’évoquer son nom, c’est tout un pan du passé qui ressurgit, comme un parfum d’autrefois, doux et entêtant.
C’était un homme au sourire généreux, un homme qui avait traversé les océans et les années, partagé sa vie entre la France et son village natal.
Et pourtant, lorsqu’il était revenu au bled, il s’y était fondu avec une aisance désarmante, comme si chaque pierre du chemin, chaque arbre de la vallée l’attendait patiemment.
Il portait en lui cette dualité précieuse : une sagesse d’ici, une ouverture de là-bas, un mélange rare qui faisait de lui un être à part.
Il appartenait à cette race d’hommes qui aiment profondément leur prochain, non pas par de grands discours, mais par des gestes subtils, empreints d’une bienveillance presque pudique.
Il n’aimait pas les conflits, mais il savait comment les désamorcer, avec une élégance qui lui était propre.
Lorsqu’il croisait deux hommes en pleine dispute, il ne s’interposait pas brusquement. Non… Il s’arrêtait simplement, les observait avec une patience infinie, puis, lentement, il sortait une cigarette.
Le briquet cliquetait dans le silence tendu, la flamme dansait un instant, et bientôt, une volute de fumée s’élevait, flottant entre les visages crispés.
Déconcertés, les querelleurs se taisaient, troublés par sa présence. Alors, dans un français impeccable, teinté d’un sourire malicieux, il lâchait :
— Ce n’est pas bien comme ça !… mieux vaut s’entendre !
Et comme par magie, la tension s’évaporait, emportée par sa voix calme et posée.
Son petit bout de terre, niché au bord de la route, était à son image :
Humble et généreuse. "Thaghoudith", le petit fumier ou la petite décharge,on l’appelait ainsi, un nom qui prêtait à sourire, comme s’il ne valait rien.
Mais en vérité, ce lopin de terre était un trésor caché.
Les figuiers y déployaient leurs branches noueuses, chargées de fruits dorés, les abricotiers offraient leur chair sucrée aux passants, et les amandiers parsemaient le sol de leurs joyaux craquants.
La parcelle s’enrichissait des déchets ménagers, naturellement transformés en compost minéral.
Il n’y avait ni clôture ni interdits, chacun pouvait tendre la main et cueillir ce que la nature offrait.
C’était sa philosophie, son héritage, sa façon à lui de dire que la terre ne se possède pas, elle se partage.
Au village, on l’appelait affectueusement le Parisien. Ce n’était pas moqueur, c’était un titre, une marque de respect.
Il avait vu le monde, il en avait rapporté une certaine finesse, une manière de penser qui le distinguait.
Mais il restait profondément attaché à ses racines, à ses traditions.
À son fils, Abdelwahab, il répétait inlassablement, avec cette autorité douce qu’on ne pouvait contredire :
— Nulle huile ne vaut celle de Dda Lakhder ! Gare à toi si tu m’en ramènes d’ailleurs !
Il avait une singularité qui le distinguait des autres : jamais il n’appelait un âne par son nom. Pour lui, c’était une monture, "Amerkoub ".
Cette bête douce et affectueuse rendait tant de services, qu’elle méritait plus de respect.
Dda Belkacem était comme ces lampes à pétrole d’autrefois, celles qui éclairaient les longues veillées et réchauffaient les cœurs. Il n’était pas flamboyant, mais sa lumière était douce, constante, irremplaçable.
Aujourd’hui, son absence laisse un vide que rien ne saurait combler. Mais son souvenir, lui, demeure, suspendu entre le parfum des figuiers et la fumée d’une cigarette oubliée au coin des lèvres.
Que Dieu te bénisse, Dda Belkacem.
Que ton éclat ne s’éteigne jamais dans nos mémoires.
Février 2025.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
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