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lundi 6 avril 2026

Mohand Saïd Haouza

                     

Adieu, Mohand Saïd. mémoire et dignité d’une vie kabyle


"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Mohand Saïd Haouza… Le seul fait de prononcer son nom fait remonter un flot de souvenirs.
Fils d’Amar el Hocine, ce médecin de campagne respecté pour son dévouement, et de Saadia el Hocine, arrachée trop tôt à la vie dans un tragique accident près de Bouira. Le frère d’Abderrafik.
Professeur de langue arabe à l’université de Tizi-Ouzou. Mais au-delà des titres, Mohand Saïd était d’abord un homme d’une rare bonté : discret, lettré, toujours mesuré, et d’une compagnie qui apaisait l’âme.
Je me revois encore, enfant, assis sur les dalles fraîches de la djamaa. Les yeux grands ouverts, suspendu à ses lèvres. Avec une patience infinie, il nous transportait au cœur des royaumes de la Berbérie ancienne, évoquant les rois et leurs épopées comme s’il les avait rencontrés lui-même.
Ses récits avaient la chaleur des veillées d’autrefois et la précision d’un érudit.
Et puis il y avait sa voix… Lorsqu’il psalmodiait le Coran, une voix douce, grave, un peu voilée par la nostalgie, c’était comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. Chaque verset semblait chargé d’une lumière intérieure.
Avec les années, Mohand Saïd s’était peu à peu retiré dans un monde qui n’appartenait qu’à lui, un monde de silence, de livres et de méditation. Je le croisais parfois, rarement, à Guenzet : toujours discret, presque furtif, comme une ombre bienveillante qui traverse le village sans faire de bruit. Et chaque rencontre me laissait un goût d’inachevé, comme si j’aurais dû m’asseoir, lui parler, l’écouter encore une fois.
J’aurais tant aimé le revoir… Passer des journées entières à absorber sa sagesse, écouter ses histoires, entendre cette voix qui berçait les souvenirs de mon enfance.
Il avait en lui un patrimoine immense, un savoir qui débordait, une mémoire vivante de notre culture.
Avec son départ, c’est toute Guenzet qui perd une encyclopédie humaine, un trésor silencieux.
Ainsi va le temps, implacable et mystérieux. Aujourd’hui, je ne peux que te dire adieu, Mohand Saïd. Que Dieu te bénisse, toi qui as tant donné sans jamais rien demander. Puisse ton âme reposer dans la paix que tu as toujours recherchée.
L.Ouali novembre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.


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