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mercredi 1 avril 2026

Les Ait Ahmed Ouyoucef

                                   2eme Partie

                       LES AIT AHMED OUYOUCEF

                        LAHDADA OU LE BASSIN

                             DES FORGERONS.

"Mais au-delà de la mémoire, il y a aussi une transmission. Car un peuple qui oublie ses racines devient fragile.

Et un village sans mémoire devient un simple lieu."

Nous entamons à présent un deuxième chapitre, après avoir consacré le premier à Bouzoulith et à son satellite Thaddarth. Il sera dédié aux Aït Ahmed Ouyoucef, aujourd’hui connus sous le nom de Lahdada.

C’est un chapitre dense, qui retrace les origines des habitants du bassin des forgerons, et que j’espère à la fois instructif et riche en informations.
Amdoun ihaddaden, ou les Aït Ahmed Ouyoucef.
De coutume, les habitants de Guenzet ne se définissent pas d’abord par le nom de leur village. Leur premier réflexe identitaire est ailleurs : ils se rattachent spontanément à l’une des trois grandes fractions qui structurent traditionnellement l’organisation sociale locale.
Cette manière de se présenter en dit long sur l’importance des lignées et des appartenances familiales dans la mémoire collective.
La première fraction est celle des Ouled Sidi Amar (Des marabouts?), ses membres sont principalement établis à Thaddarth, Bouzoulith et Ouaouchia. Ces quartiers forment un ensemble humain lié par des attaches anciennes, des alliances familiales et une histoire partagée.
La deuxième fraction regroupe les Aït Ahmed Ouyoucef, qui résident à Amdoun Ihaddaden , plus connu aujourd’hui sous le nom de Lahdada.
Cette appellation ancienne rappelle l’implantation originelle de la lignée, bien avant que le lieu ne prenne le nom associé aux forgerons.
Enfin, la troisième fraction correspond aux Aït Auref, dont le nom s’est progressivement transformé dans l’usage populaire pour devenir Laraf.
Cette fraction occupe principalement Tanaqoucht, territoire connu pour ses petites terres cultivables travaillées à la main.
Ainsi, à Guenzet, l’identité ne se limite pas à un ancrage géographique. Elle repose avant tout sur une appartenance lignagère, transmise de génération en génération.
Dire d’où l’on vient, ce n’est pas seulement nommer un lieu, c’est affirmer une filiation, une histoire et une place dans l’équilibre ancien de la communauté.
Ainsi, Amdoun Ihaddaden, que l’on peut traduire par le bassin des forgerons, était autrefois un lieu étroitement lié au savoir-faire artisanal et à la métallurgie traditionnelle.
Le mot Ihaddaden, en kabyle, signifie tout simplement les forgerons. Cette appellation reflète l’importance majeure qu’occupait autrefois ce métier dans la vie économique et sociale du village. La forge des Chergui en demeure d’ailleurs un témoin concret.
Avec le temps, l’usage du nom s’est simplifié : de Amdoun Ihaddaden, on est passé à Ihaddaden, puis, par évolution phonétique et usage populaire, à Lahdada, nom sous lequel l’endroit est aujourd’hui le plus connu. Cette transformation linguistique reflète un phénomène fréquent dans la toponymie kabyle, où les désignations liées aux métiers ou aux lignées finissent par devenir des noms de lieux à part entière.
Il est également important de rappeler que ce territoire portait toujours une identité : appelé les Aït Ahmed Ouyoucef, du nom d’une ancienne lignée ou fraction familiale installée dans la région.
Ainsi, Lahdada n’est pas seulement un nom géographique : c’est la trace vivante d’une histoire sociale, artisanale et familiale, où se croisent lignées anciennes et métiers traditionnels.
L’accès à Lahdada se fait par plusieurs chemins, chacun chargé de mémoire et de sens, au point que la manière d’indiquer la direction dépend souvent du quartier d’origine de celui qui parle.
En venant de Tanaqoucht, ces petites parcelles cultivées à la main , accrochées à la terre avec patience, on emprunte deux étroites ruelles qui finissent par déboucher sur Lota n’Souk, l’esplanade plate qui accueillait le marché hebdomadaire.
Ce lieu constituait un véritable cœur économique et social, un point de rencontre naturel pour les habitants des alentours.
Depuis la route de Zemmoura, en passant par Zaâti, le chemin conduit progressivement vers la grande place du village, espace ouvert où convergent plusieurs artères et où se déroulaient les grands rassemblements.
En descendant de Bouzoulith ou de Thaddarth, on rejoint la placette, centre vivant de Lahdada, dominé par la silhouette imposante de la mosquée El Djamaa El Djamouaa, qui semble veiller sur le village.
Par la route de Lafayette, on arrive également à cette même placette. C’est là que stationnait autrefois le bus de la compagnie Mottaz, un détail qui rappelle l’époque où ce point faisait le lien entre le village et l’extérieur.
En venant de Souk Ouadda, le trajet passe par le cimetière d’Ighil Larbaa, la crête du marché du mercredi, puis par Tibrahin, ces aires aménagées pour faire sécher les figues, témoins d’une activité agricole saisonnière essentielle à la vie locale. Ce chemin ramène lui aussi vers Lota n’Souk, le pôle majeur du village.
Ainsi, selon son point de départ, chacun décrit le trajet à sa manière. Les habitants de Thaddarth et de Bouzoulith disent qu’ils « descendent à la placette ». Ceux de Tanaqoucht parlent plutôt d’aller « vers les Aït Ahmed Ouyoucef », en référence à l’ancienne dénomination du lieu. Quant aux Ouaouchia, ils situent souvent leur direction par rapport à Guenzet.
Ces différentes façons de se repérer ne sont pas de simples indications géographiques : elles racontent l’histoire des quartiers, des lignées et des usages, et montrent combien l’espace de Lahdada est intimement lié à la mémoire de ses habitants.
Les deux grandes branches de Maadid.
Les Aït Ahmed Ouyoucef, établis à Lahdada, tirent pour la plupart leurs origines des Hauts Plateaux, notamment des régions de Maadid. Actuellement, Maadid se trouve dans la région des Hauts Plateaux, dans la wilaya de M’Sila. À proximité, des reliefs plus marqués comme le Djebel Maadid. De Aït Laâlam, Tassameurt et Aïn Oulmène.
Leur histoire s’inscrit donc dans un mouvement ancien de déplacements et d’implantations qui ont façonné la composition humaine de Lahdada.
Parmi leurs ancêtres venus des Hauts Plateaux, on distingue deux grandes branches principales issues de Maadid.
La première branche, est celle des Aït Oucharara,(un des fils de Djeddi Yalla) dont la descendance est aujourd’hui représentée principalement par les familles Cherara et Benyahia. Ces lignées ont conservé la mémoire de leurs attaches tribales et constituent un noyau important au sein du groupe.
La seconde grande branche est celle des Aït Messaoud, également appelés Imessaouden. De cette lignée sont issues plusieurs familles connues : Guendouz, Azzouz, Ouarezki, Sadoun et Cherbal. Ensemble, elles forment un autre pilier essentiel de la présence des Aït Ahmed Ouyoucef à Lahdada.
Ainsi, à travers ces deux rameaux majeurs, se dessine une filiation claire reliant Lahdada aux terres des Hauts Plateaux, témoignant de liens anciens, de solidarités familiales et d’une mémoire commune toujours vivante.
Viennent ensuite les Aït Ouslimane, dont la présence est aujourd’hui représentée principalement par la famille Aïssa. Selon la mémoire transmise, cette lignée s'est établie par la suite à Bouzoulith, marquant ainsi une étape importante dans son parcours et son implantation.
On trouve également les Aït Layadi, représentés par la famille Layadi, qui perpétue le nom et l’héritage de cette branche au sein de la communauté.
À leurs côtés figurent les Aït Alili, dont la descendance est portée par la famille Alali, autre lignée reconnue dans la structuration des familles issues de cette origine.
-La deuxième grande branche : les Aït Chergui
Les Aït Chergui, un groupe important qui se divise en deux grandes sous-branches distinctes.
La première regroupe les Aït Chergui proprement dits, représentés aujourd’hui par les familles Cherragui et Cherikh. Ces familles constituent le noyau central de cette lignée et en portent directement le nom.
La seconde sous-branche est celle des Aït El Hadj Arezki, également connus sous le nom d’Iquemouchen. Cette lignée est représentée par plusieurs familles : Zerrati, Yalla, Cherrar, Ammouche, Hammouche et Chaoui.
Cette branche trouve ses origines dans les régions de Taqliht, Tassameurt et Aïn Oulmène, ce qui confirme, une fois de plus, les liens anciens entre ces familles et les territoires des Hauts Plateaux.
-La troisième grande branche est constituée par les Aït Ben Athmane.
Cette lignée est aujourd’hui représentée par plusieurs familles qui en perpétuent le nom et l’héritage : Moudda, Sadaoui, Atoum, Otmani, Cheddad et Zenati.
-Vient ensuite la quatrième grande branche, celle des Aït Merfed. Cette lignée est originaire de plusieurs localités, notamment Guergour, Fréha, Akbou et Aghdan n’Salah. Elle est représentée par les Aït Merfed proprement dits, c’est-à-dire les familles Merfed et Hamoum, qui en constituent le noyau principal.
À leur suite figurent les Aït Bouriche, représentés par la famille Ahcène. On trouve également les Begaga, connus sous le nom de Amirat, qui forment une autre composante issue de cette même souche.
Les Aït Amirat, quant à eux, sont représentés par la famille Kedri, perpétuant cette appellation à travers leur patronyme.
On compte aussi les Aït El Kharoubi, représentés par la famille Kharoubi, ainsi que les Aït Braham, dont la descendance est portée par la famille Bensaïd.
Dans le même ensemble figurent les Aït Ouafi, représentés par la famille Ouafi, ainsi que les Ikarramen, identifiés aujourd’hui à travers la famille Akroun.
Enfin, on retrouve les Adjer, représentés par la famille Adjar, et la famille Frihi, qui fait également partie de cet héritage familial et pour clore cette énumération on cite les Mahrour représentés par les Zelidj et les Ait Zetoutou par les Zetoutou.
-La cinquième branche est celle des Aït Hama. Elle se compose de deux sous-branches principales.
La première sous-branche regroupe les Aït Hamma, représentés aujourd’hui par les familles Hamat, Hamma et Hamane, qui perpétuent le nom et la lignée de ce groupe.
La seconde sous-branche est celle des Aït Cheikh, dont la descendance est représentée par la famille Tahraoui.
-Vient ensuite la sixième branche des Aït Ahmed Ouyoucef, une lignée que l’on aurait historiquement dû retrouver à Thaddarth et à Bouzoulith. Il s’agit des Ihlache, aujourd’hui représentés par les familles Halouche, Hallouche et Brahimi, qui en perpétuent le nom et l’héritage.
Cette lignée tire ses origines de Tighert n’Etgejda, territoire d’où seraient partis les ancêtres avant leur implantation ultérieure dans d’autres localités.
-Nous arrivons à la septième grande branche, celle des Iguaouaouene, dont l’origine remonterait probablement à Djemaa Saharidj.
Cette lignée s’est transmise à travers deux sous-branches principales.
La première est celle des Aït Bouyoumit, représentés aujourd’hui par la famille Hamid, qui perpétue l’héritage de cette souche.
La seconde sous-branche regroupe les Iguaouaouene proprement dits, représentés par les familles Gaya et Ghaoui, qui maintiennent vivante la mémoire et l’identité de cette lignée.
-La huitième grande branche des Ihaddaden est issue en grande partie des Maâdid, avec également des apports de Zemmoura, d’El Main et de Qualaat Béni Hamad. Elle se divise en plusieurs sous-branches.
On trouve d’abord les Ihaddaden proprement dits, représentés par les familles Haddad, Haddadi et Kefif. Viennent ensuite les Amaouche, perpétués par les familles Amaouche et Maouche. Les Aït El Hadj Yahia regroupent les familles Yahou et Bacha.
Parmi les autres lignées figurent les Aït Khichane (famille Khichane), les Aït Ouchabane (familles Chabane et Akroum), ainsi que les Ben Chakou, aujourd’hui connus sous le nom de Mechakou, originaires de Zemmoura.
Les Aït Boukhalfa, venus des Bibans, ainsi que de Béni Laâlam, sont représentés par la famille Boukhalfa.
Les Kassa M’mehand regroupent les familles Ababou et Rachedi. Viennent ensuite les Zerarga (famille Ourabia), les Imallalen, les Ouyahia et les Aït Enser, représentés par la famille Nezar.
-Enfin, on termine avec la neuvième grande branche, originaire de la Qalâa des Béni Hammad, représentée par les Boutserou, aujourd’hui connus sous le nom de famille Bousou.
Merci à vous.

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L.ouali février 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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    . Bouznad Mohand Ameziane

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