Abbes, le pont entre deux générations.
"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."
Abbes Ă©tait un homme affable, cultivĂ© et dotĂ© d’une intelligence vive. Toujours souriant, et jovial. Il savait mettre Ă l’aise ceux qui l’approchaient et se faisait rapidement apprĂ©cier pour sa gĂ©nĂ©rositĂ© et sa bienveillance.
Son attachement Ă son village, et plus particulièrement Ă son quartier d’enfance, Ă©tait profond et sincère. Chaque ruelle, chaque maison, chaque pierre lui rappelait des souvenirs chers, et il considĂ©rait ce lieu comme une partie intĂ©grante de son identitĂ©.
Bien qu’il rĂ©side dĂ©sormais dans la grande ville, loin du tumulte de son village natal, il ne manque jamais une occasion d’y revenir. Chaque fĂŞte, chaque cĂ©rĂ©monie familiale, chaque Ă©vĂ©nement marquant est pour lui un prĂ©texte heureux pour retrouver les siens. Il aime se mĂŞler aux villageois, partager leurs rires, leurs repas et leurs souvenirs, comme s’il n’avait jamais quittĂ© ces lieux.
Pour lui, ces moments de joie et de bonheur passĂ©s en communautĂ© sont prĂ©cieux, presque sacrĂ©s, car ils lui rappellent ses racines et renforcent son attachement indĂ©fectible Ă son village et Ă ceux qui l’habitent.
Abbes est également reconnu pour son dévouement sans faille envers la communauté. On le voyait souvent prendre part aux initiatives collectives, et tendre la main à ceux qui en avaient besoin.
Son engagement citoyen et sa solidarité en faisaient une figure respectée et écoutée par tous.
Au cĹ“ur de son quartier se dressait une vieille mosquĂ©e, tĂ©moin de plusieurs gĂ©nĂ©rations. La construction de la mosquĂ©e appelĂ©e « El Djamaa El Djamoua » remonte Ă plusieurs siècles. ÉdifiĂ©e par les ancĂŞtres avec des moyens rudimentaires mais une volontĂ© inĂ©branlable.
Cette mosquĂ©e, flanquĂ©e de son minaret Ă l’architecture typiquement berbère, a dĂ©fiĂ© le temps et les gĂ©nĂ©rations pour parvenir jusqu’Ă nous. Ses murs, patinĂ©s par le temps, racontent une histoire faite de foi, de solidaritĂ© et d’hĂ©ritage spirituel.
Bien plus qu’un lieu de prière, elle reprĂ©sente un vĂ©ritable patrimoine collectif, tĂ©moin vivant de la mĂ©moire des anciens et de la continuitĂ© des traditions transmises de père en fils.
Ce lieu représentait aussi un espace de rencontre, où les hommes se réunissaient après la prière du soir pour discuter, échanger des nouvelles et débattre des affaires de la communauté.
La mosquée incarnait à la fois la foi, la tradition et la cohésion sociale.
Mais avec le temps, l’Ă©difice, usĂ© par les annĂ©es, montrait des signes de fragilitĂ©. Conscients de son importance symbolique et spirituelle, Abbes et quelques hommes de bonne volontĂ© prirent l’initiative de rĂ©flĂ©chir Ă une rĂ©novation.
Après plusieurs discussions et consultations, ils se rendirent compte que les rĂ©parations ne suffiraient pas Ă garantir la pĂ©rennitĂ© du lieu. La dĂ©cision fut alors difficile mais unanime : il fallait dĂ©molir l’ancienne mosquĂ©e et en bâtir une nouvelle, plus solide, plus spacieuse et adaptĂ©e aux besoins de la communautĂ©.
Ce projet marqua un tournant dĂ©cisif dans la vie du quartier et renforça encore l’image d’Abbes comme un homme visionnaire, attachĂ© Ă la transmission du patrimoine et Ă l’avenir de sa communautĂ©.
Une fois la décision arrêtée, le quartier tout entier se mit en mouvement, animé par un même élan de solidarité. Hommes, jeunes et anciens, chacun voulait apporter sa contribution à ce projet collectif.
Dans cette effervescence, Abbes s’imposa naturellement comme le pilier central de l’initiative. Son charisme, sa capacitĂ© Ă rassembler et son sens innĂ© de l’organisation faisaient de lui un guide respectĂ© et Ă©coutĂ©.
Mais Abbes n’Ă©tait pas de ceux qui se contentent de donner des instructions de loin. Bien au contraire, il Ă©tait toujours en première ligne. Lorsqu’un problème surgissait, il s’empressait de le rĂ©soudre avec calme et efficacitĂ©. Quand il fallait accomplir des dĂ©marches administratives ou frapper aux portes des institutions, il s’en chargeait personnellement, usant de patience et de persuasion. Et pour collecter les dons nĂ©cessaires Ă la rĂ©alisation de la nouvelle mosquĂ©e, il n’hĂ©sitait pas Ă parcourir les villages voisins, Ă solliciter les bienfaiteurs et Ă rappeler aux habitants l’importance de contribuer, chacun selon ses moyens.
Son Ă©nergie, sa disponibilitĂ© et son engagement sans faille donnaient confiance aux autres et les poussaient Ă s’investir davantage. Grâce Ă lui, le projet ne resta pas une simple idĂ©e, mais devint une rĂ©alitĂ© en marche, portĂ©e par la foi, la volontĂ© et l’unitĂ© du quartier.
Les travaux commencèrent par la dĂ©molition de l’ancienne mosquĂ©e. Ce fut un moment chargĂ© d’Ă©motion : certains anciens avaient le cĹ“ur serrĂ© de voir disparaĂ®tre un lieu oĂą ils avaient priĂ© toute leur vie, mais Abbes les rassurait avec des paroles simples et sincères :
- « Nous n’effaçons pas notre mĂ©moire, nous la renforçons. Cette mosquĂ©e continuera de vivre Ă travers la nouvelle que nous allons bâtir. »
Ces mots redonnèrent confiance et permirent à chacun de percevoir ce projet non comme une perte, mais comme une continuité.
Très vite, l’espace fut dĂ©blayĂ© et les fondations de la nouvelle mosquĂ©e furent tracĂ©es. L’ambiance qui rĂ©gnait sur le chantier Ă©tait Ă la fois studieuse et festive. On entendait les coups des marteaux, le bruit des pelles, mais aussi les Ă©clats de rire, les chants traditionnels que certains entonnaient pour allĂ©ger la fatigue.
Les femmes du quartier participaient elles aussi à leur manière : elles préparaient de grands plats de couscous, de la galette chaude et du thé brûlant pour nourrir les ouvriers. Les enfants, émerveillés, venaient observer et ramassaient les petits débris pour aider à leur échelle.
Le projet devint bien plus qu’une simple construction : il transforma le quotidien du village. On ne parlait plus que de cela dans les assemblĂ©es, les discussions au cafĂ© ou mĂŞme sur les chemins menant aux champs. Chacun se sentait responsable de l’ouvrage et fier d’y apporter sa pierre, qu’il s’agisse d’un effort physique, d’une contribution financière ou d’un simple encouragement.
Lorsque les murs commencèrent Ă s’Ă©lever, un sentiment d’unitĂ© et de fiertĂ© parcourut tout le quartier. La nouvelle mosquĂ©e n’Ă©tait pas encore achevĂ©e qu’elle appartenait dĂ©jĂ Ă tout le monde, symbole d’une solidaritĂ© sans faille et d’un avenir commun. Et au centre de cette dynamique se trouvait Abbes, discret mais dĂ©terminĂ©, donnant Ă chacun l’exemple d’un homme guidĂ© par l’amour de sa communautĂ© et la foi en des valeurs de partage et de fraternitĂ©.
Abbes, l’infatigable fonceur, toujours tournĂ© vers l’avenir, incarne Ă merveille le lien vivant entre le passĂ© et le prĂ©sent.
Par son Ă©nergie, son dĂ©vouement et son attachement aux valeurs de ses aĂ®nĂ©s, il unit l’ancienne gĂ©nĂ©ration Ă la nouvelle. En lui se reflètent la solidaritĂ© d’autrefois et la vitalitĂ© d’aujourd’hui . Un bel exemple de continuitĂ© et de fidĂ©litĂ© Ă l’esprit du village.
L.Ouali octobre 2025.
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