Dda amar et le ramadan.
la mémoire du village
Dda Amar était un homme maigre comme un clou, sec et noueux, avec des traits tirés qui semblaient avoir été sculptés par le vent des montagnes.
Son corps frĂŞle contrastait avec la tension permanente qui l’habitait. Nerveux, vif, d’un pragmatisme presque brutal, il allait droit au fait et ne s’embarrassait ni de dĂ©tours ni de politesses inutiles.
Mais ce qui le transformait vĂ©ritablement, c’Ă©tait le mois de Ramadan.
Ă€ l’approche du croissant lunaire, une inquiĂ©tude sourde s’emparait de lui. Il redoutait ce mois sacrĂ© d’une crainte difficile Ă dĂ©crire, comme si chaque journĂ©e de jeĂ»ne Ă©tait une Ă©preuve qu’il devait affronter seul.
Durant cette pĂ©riode, il devenait irritable, presque ombrageux. Il se repliait sur lui-mĂŞme, Ă©vitait les attroupements, fuyait les discussions. La moindre question, mĂŞme anodine, suffisait Ă l’enflammer. Un mot de trop, un regard insistant, et sa voix montait, sèche, tranchante.
Les villageois, qui le connaissaient bien, avaient appris à respecter cette distance. On le saluait de loin, on écourtait les échanges, on le laissait à son silence. Pourtant, parmi eux, il y avait toujours quelques téméraires, des esprits malicieux qui ne pouvaient résister à la tentation de le taquiner.
Ils l’approchaient avec prudence, un sourire en coin, feignant la compassion tout en sachant pertinemment qu’ils appuyaient lĂ oĂą ça brĂ»lait.
— Allons, Dda Amar, ne t’en fais pas… Il ne reste que quelques jours de Ramadan. Tu verras, ça passera vite !
Il les fixait, les yeux mi-clos, les mâchoires crispées.
— D’accord… rĂ©pondait-il d’un ton sec. Et l’annĂ©e prochaine, alors ?
Et il tournait les talons, laissant derrière lui un mélange de rires étouffés et de respect amusé.
Car Dda Amar faisait le carĂŞme, scrupuleusement. Il ne rompait pas le jeĂ»ne, ne transgressait pas la règle. Mais ce qu’il ne supportait pas, c’Ă©tait l’absence de la cigarette.
Elle lui manquait comme une compagne fidèle. D’ordinaire, elle restait plantĂ©e au coin de ses lèvres, fine et fragile comme une brindille, prolongeant son visage anguleux.Sans elle, il semblait incomplet, dĂ©sarmĂ©, privĂ© d’un appui invisible.
Le Ramadan lui retirait cette petite flamme familière et avec elle, une part de son équilibre.
Dda Amar était ainsi : fidèle à la tradition, mais en lutte permanente avec lui-même.
Février 2026.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
Dda Amar et le ramadan
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