Arfiche Meriama
De Tanaqucht aux tatamis,
le parcours d’une pionnière de l’Aïkido féminin
Il est des parcours qui dépassent largement le cadre d’une carrière sportive. Celui d’Arfiche Meriama, originaire de Tanaqucht, à Guenzet, appartient à cette catégorie.
Fille de Bachir Arfiche et de Rabia Zoukikha, Meriama est la sixième d’une fratrie de dix enfants. Issue d’une famille nombreuse et profondément attachée à ses racines, elle a construit, au fil des décennies, un parcours exceptionnel dans un domaine où les femmes étaient encore très peu nombreuses lorsqu’elle fit ses premiers pas : l’Aïkido.
Son histoire est celle d’une femme qui a choisi très tôt la voie de la discipline, de la persévérance et de la transmission.
Nous sommes en 1982 lorsque la jeune Meriama découvre l’Aïkido sous la direction du maître Rabah Achour (Sensei).
À cette époque, les arts martiaux demeurent encore relativement peu développés en Algérie et leur pratique par les femmes est loin d’être courante. Pour une jeune femme, choisir de s’engager dans une telle discipline demandait donc une véritable volonté et une grande détermination.
Meriama ne s’est pourtant pas contentée de découvrir l’Aïkido : elle s’y est investie avec une constance qui allait progressivement transformer cette première expérience en une véritable vocation.
Année après année, entraînement après entraînement, elle a construit son parcours avec patience. Elle a appris que la progression dans l’Aïkido ne se mesure pas uniquement au nombre de techniques maîtrisées ou aux grades obtenus, mais aussi à la capacité de travailler sur soi-même.
Cette longue fidélité à la discipline l’a conduite à atteindre aujourd’hui le grade de ceinture noire 6e Dan, faisant d’elle l’une des pratiquantes les plus haut gradées au niveau national.
Et, fidèle à l’esprit de l’Aïkido, elle ne considère pas ce grade comme une fin. Elle poursuit encore son cheminement et prépare actuellement un grade international de 4e Dan auprès de l’Aikikai.
Mariama a eu l'honneur de recevoir un Diplôme de Mérite en tant que plus ancienne pratiquante d'Aïkido et femme la plus haut gradée en Algérie.
C'est une distinction méritée qui concrétise toutes ses années d'engagement.
Cette volonté de continuer à apprendre, même après plusieurs décennies de pratique, résume parfaitement sa conception de l’Aïkido : on ne cesse jamais de progresser, parce que le véritable adversaire que l’on doit apprendre à maîtriser est soi-même.
Mais le parcours de Meriama prend une dimension encore plus importante lorsqu’elle décide de mettre son expérience au service des autres.
Elle devient la première présidente de la Commission Féminine d’Aïkido, responsabilité qu’elle exerce avec engagement et dévouement.
Son ambition est alors de permettre à davantage de femmes et de jeunes filles de découvrir cette discipline et de leur montrer que les arts martiaux ne sont pas réservés aux hommes.
Elle fonde et dirige également une section dédiée aux femmes, dans laquelle elle s’investit personnellement pour encourager, former et motiver les nouvelles pratiquantes.
Son engagement dépasse même l’enseignement.
Consciente que l’accès au matériel peut constituer un obstacle pour certaines débutantes, elle contribue à leur fournir des équipements, des hakama, des ceintures ainsi que des armes d’entraînement.
Ce geste peut paraître simple, mais il traduit une philosophie profonde : ouvrir une porte, donner les moyens d'entrer et surtout donner envie de rester.
Après des décennies consacrées à l’Aïkido, Meriama est devenue à son tour une femme de transmission.
Son enseignement s’appuie sur une exigence technique particulière.
Elle accorde une grande importance au travail des immobilisations, notamment le Katame-waza, aux déplacements Sokuhō idō, ainsi qu’au principe fondamental du Kuzushi, le déséquilibre qui permet d’exécuter les techniques avec efficacité et contrôle.
Mais derrière la précision des gestes, il existe une autre dimension de son enseignement : celle des valeurs traditionnelles du dojo.
Le respect du partenaire, la discipline, l’humilité, la patience, la maîtrise de soi et la recherche permanente de la perfection font partie intégrante de son approche.
Car pour Meriama, apprendre une technique sans apprendre à se maîtriser soi-même serait passer à côté de l’essentiel.
Cette conception de la transmission trouve également un prolongement dans son parcours professionnel. Diplômée d’État en éducation du premier degré, elle possède une formation qui vient naturellement renforcer son rôle d’enseignante et d’accompagnatrice.
L’éducatrice et la pratiquante d’Aïkido se rejoignent ainsi dans une même philosophie : apprendre, transmettre et faire grandir les autres.
Auprès des jeunes filles qu’elle accompagne, Meriama ne cherche pas seulement à former des pratiquantes techniquement compétentes. Elle veut également leur donner confiance en elles, leur apprendre à persévérer et à affronter les difficultés avec calme.
Pour Meriama, l’Aïkido n’a jamais été un simple sport de combat.
C’est un art de vivre, une discipline qui permet de travailler simultanément le corps et l’esprit.
La pratique apprend à contrôler ses gestes, mais aussi ses émotions. Elle enseigne la patience lorsque la technique ne vient pas immédiatement, la concentration lorsque l’esprit se disperse et la sérénité lorsque survient une situation difficile.
L’Aïkido permet ainsi de mieux comprendre une vérité essentielle : la force véritable ne réside pas toujours dans la confrontation, mais dans la capacité à conserver son équilibre et sa maîtrise de soi.
C’est cette philosophie que Meriama souhaite transmettre aux générations futures.
De Tanaqucht à une reconnaissance nationale
L’histoire d’Arfiche Meriama est aussi, quelque part, celle de Tanaqucht et de Guenzet.
Partie d’un village de la montagne, elle a construit durant plusieurs décennies un parcours qui l’a conduite à occuper une place importante dans l’Aïkido féminin algérien.
Elle appartient à cette génération de femmes qui ont dû ouvrir elles-mêmes le chemin pour celles qui allaient venir après elles.
Son mérite est donc double : avoir atteint un très haut niveau dans sa discipline et avoir contribué à rendre cette discipline plus accessible aux femmes.
Un héritage pour les générations futures
Aujourd’hui encore, son parcours se poursuit. Mais après tant d’années consacrées à l’Aïkido, son plus bel héritage ne se mesure probablement pas uniquement à son 6e Dan, à ses responsabilités ou aux distinctions qu’elle a pu obtenir.
Il se mesure surtout à travers toutes celles qu’elle a encouragées, formées et accompagnées.
Chaque jeune fille qui franchit la porte d’un dojo, chaque pratiquante qui noue sa première ceinture, chaque élève qui apprend à tomber puis à se relever, porte quelque chose de cette transmission.
Arfiche Meriama est de ces femmes qui ne se contentent pas de suivre un chemin : elles contribuent à en tracer un pour les autres.
Son histoire mérite d’être racontée parce qu’elle est à la fois celle d’une sportive, d’une éducatrice, d’une enseignante et d’une pionnière du sport féminin.
Et derrière la ceinture noire, derrière les grades et les années d’entraînement, demeure une femme originaire de Tanaqucht, une enfant d’Ith Yaala qui a porté ses racines avec elle tout au long d’un parcours placé sous le signe de la discipline, de la patience, de l’harmonie et de la transmission.
L.Ouali septembre 2026. la mémoire vivante de Guenzet.
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