lundi 25 mai 2026

Le Célibataire endurci.

              Hakim, le célibataire endurci :
  l’histoire vraie d'un homme qui avait renoncé à l’amour.

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte, pour des raisons bien évidentes. Certaines histoires touchent à l’intime, au silence des hommes et aux blessures qu’ils portent sans jamais les montrer. Mais il existe des destins tellement singuliers qu’ils méritent d’être racontés, ne serait-ce que pour rappeler que la vie réserve parfois des retournements inattendus.

Voici donc l’histoire vraie de Hakim, un homme d’un petit village kabyle accroché aux flancs de la montagne, connu de tous pour son célibat endurci, son caractère discret et cette solitude qu’il portait comme une seconde peau.

 

Je souhaite écrire l’histoire vraie d’un célibat endurci, celle d’un homme nommé Hakim, dans un petit village kabyle accroché aux flancs de la montagne.

Hakim, marqué dès l’enfance par la perte brutale de sa mère, puis de son père, a grandi seul, refermé sur lui-même, comme une porte que plus rien ne peut ouvrir.

Jamais il n’a songé au mariage, malgré le poids des années et les saisons qui passent.

Il a choisi cette vie en retrait, libre de toute contrainte, loin des responsabilités conjugales qu’il redoute plus que tout.

Ses amis, ses proches, n’ont jamais cessé de tenter de le convaincre : une épouse, lui disaient-ils, serait un appui, une compagne pour traverser ensemble le fleuve capricieux de l’existence.

Mais Hakim, têtu comme une mule et craintif comme une poule devant l’orage, refusait obstinément.

Les jours se sont empilés, puis les années. Il s’est accommodé de son célibat comme on s’installe dans un fauteuil usé mais confortable.

Il rentrait chez lui à l’heure qu’il voulait, mangeait ce qui lui plaisait, sans jamais demander de l’aide à quiconque.

Il vivait dans son nid douillet, bercé par le silence et la solitude.

Mais la nature, malicieuse et imprévisible, aime les retournements.

C’est souvent quand on croit que tout est figé, que les carottes sont bel et bien cuites, que le destin s’amuse à changer la donne.

Après tant d’années vécues comme un ver solitaire, courbé sous le fardeau du temps, Hakim décide, sans prévenir, de se marier.

Pourquoi ? Comment ? Personne ne le sait. Il ne l’a confié à personne.

Ce jour-là, vêtu de son plus beau costume bleu ciel et d’une chemise blanche comme la neige fraîche, il est apparu transformé.

Le Hakim d’hier n’était plus celui d’aujourd’hui. Le village entier en est resté bouche bée. Il y a des mystères que seule mère nature sait orchestrer.

Comme cet adage qui revient toujours, tel un boomerang :

« Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau »…

Et pourtant, Hakim a bu, à grandes gorgées, ce qu’il n’avait jamais osé imaginer.

Hakim s’assit sur le perron de la maison, celui où son vieux père passait jadis ses journées, immobile, le regard perdu dans les collines.

Le silence, épais comme une brume d’hiver, enveloppait les murs.

Il fixa la porte entrouverte, comme s’il attendait une visite oubliée. Mais nul pas ne résonna.

À voix basse, sans même s’en rendre compte, il murmura :

— Tu vois, Yemma… j’ai tenu bon. J’ai suivi ton conseil. Pas de femme, pas d’enfants. Juste le travail, la maison, le figuier.

 

Il se leva, marcha lentement dans le couloir, jusqu’au vieux miroir fendu. Il s’y arrêta, longtemps.

Le visage qui lui faisait face était celui d’un homme qui avait retenu ses larmes trop longtemps.

— Mais à qui vais-je laisser tout ça ? souffla-t-il.

Une fenêtre claqua sous le souffle du vent. Hakim sursauta.

Il referma la porte, avec lenteur, comme on referme un livre qu’on n’a jamais osé lire.

Et pourtant, les plus belles histoires d’amour se terminent souvent par une parabole simple : celle de tout partager avec une autre âme.

Le jour où Hakim accepta de porter l’anneau, celui qui le reliait à l’autre, alors quelque chose s’ouvrit.

Une brèche dans le silence. Une promesse.

Car à partir de ce jour, le jour où Hakim, le célibataire endurci, consentit enfin à desserrer l’étau de ses certitudes, quelque chose bascula.

Ce n’était pas un miracle, ni une révélation éclatante. Juste une brèche, discrète mais profonde, dans le mur qu’il avait construit autour de lui.

Et dans cette brèche, la lumière s’infiltra. Tout dans la vie redevint possible : le partage, le regard de l’autre, le pain rompu à deux, les silences habités.

Ce jour-là, Hakim ne renonça pas à lui-même. Il s’ouvrit simplement à ce qu’il n’avait jamais osé espérer..

Que leur route soit douce, que leurs jours soient longs.

Que le figuier refleurisse chaque printemps, et que la maison résonne de voix nouvelles.

Félicitations à Hakim, pour avoir choisi de vivre, pleinement.

 

Lyazid Ouali, Guenzet memoire vivante.

 

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