jeudi 9 juillet 2026

Mohand Arezki et Farid

       Mohand Arezki 

            et Farid,

l’été où Hammam Guergour faillit avaler l’orgueil d’un jeune de Guenzet

Par une chaleur écrasante à Guenzet, une bande de jeunes part se rafraîchir à Hammam Guergour. Entre Farid, nageur agile, et Arezki, fier mais incapable de nager, une aventure drôle et inoubliable transforme une simple baignade en légende de village.

 

Cet été-là, à Guenzet, la chaleur était si écrasante que même les pierres semblaient respirer difficilement. Le soleil tombait sur les ruelles comme une enclume brûlante. Les vieux cherchaient l’ombre sous les figuiers, les chiens haletaient à l’entrée des maisons, et les jeunes, eux, ne rêvaient que d’une chose : fuir cette fournaise.

Alors, comme le faisaient tant de garçons du village durant les grandes vacances, une bande d’amis décida de descendre vers la rivière de Hammam Guergour pour se rafraîchir. Dans le groupe se trouvaient deux personnages que tout opposait.

Farid Bouchemla, le citadin vif et débrouillard, avait cette aisance naturelle des garçons qui avaient grandi entre piscines, voyages et vacances d’été. Mince, rapide, toujours souriant, il nageait comme un poisson né dans l’eau.

Et puis il y avait Mohand Arezki Yahi, dit Waki.

Arezki était de ceux qui entraient quelque part avec une confiance immense, comme si le monde entier lui appartenait.

Grand, fier, le torse toujours bombé, il parlait fort, riait fort et voulait surtout paraître plus courageux que tout le monde. Son orgueil était aussi vaste que les montagnes d’Ith Yaala.

Lorsque les jeunes arrivèrent près de la rivière, Farid ne perdit pas une seconde. Avec une rapidité étonnante, il enfila son maillot, prit son élan et plongea dans l’eau fraîche avec l’élégance d’un dauphin.

Le soleil se reflétait sur l’eau pendant qu’il nageait avec une facilité déconcertante.

— « Regarde-le ! On dirait un champion olympique ! » lança l’un des garçons.

Les autres riaient, impressionnés.

Pendant ce temps, Arezki observait la scène les bras croisés. Le problème, c’est qu’il ne savait absolument pas nager.

Mais comment avouer cela devant toute la bande ? Impossible.

Alors, fidèle à lui-même, il bomba encore plus le torse et lança d’un ton défiant :

— « Moi aussi je peux faire ça ! »

Il fit quelques mouvements ridicules avec les bras, comme s’il se préparait à traverser l’océan Atlantique. Puis il montra ses muscles sous les éclats de rire des autres.

Dans sa tête, il devait déjà s’imaginer ressortir de l’eau en héros. Mais la rivière, elle, ne connaissait ni l’orgueil ni le cinéma.

Arezki prit son élan et sauta. Le plongeon fut catastrophique. Au lieu de glisser dans l’eau avec élégance, il s’écrasa comme un sac de pommes de terre jeté du haut d’un camion. Une énorme gerbe d’eau éclaboussa les jeunes.

Pendant quelques secondes, plus rien.

Puis soudain, Arezki réapparut en battant les bras dans tous les sens.

— « Aaaah ! »

Il avalait l’eau à grandes gorgées, se débattait maladroitement et coulait comme une pierre. Ses yeux étaient remplis de panique.

Les jeunes, pétrifiés, comprirent immédiatement que ce n’était plus une plaisanterie.

Farid réagit sans réfléchir. Il plongea aussitôt, nagea jusqu’à Arezki et l’attrapa fermement avant de le tirer vers la rive.

Essoufflés et tremblants, les garçons aidèrent à sortir le malheureux de l’eau.

Arezki resta allongé quelques instants sur les galets brûlants, crachant de l’eau et respirant difficilement.

Puis, lentement, il ouvrit les yeux.

Tout le monde attendait ses premiers mots dans un silence lourd.

Et fidèle à lui-même, encore à moitié sonné mais toujours aussi fier, il murmura :

— « Si quelqu’un raconte cette histoire… je le tabasse ! »

Un immense éclat de rire explosa aussitôt sur la rive.

Mais à Guenzet, les nouvelles voyagent plus vite que le vent dans les montagnes. Avant même que le bus ne les ramène au village, l’histoire avait déjà pris des proportions gigantesques.

À leur descente, un homme du coin interpella Arezki avec un sourire moqueur :

— « Alors Waki… aujourd’hui tu as bu la tasse jusqu’à la lie ?! »

Toute la place éclata de rire.

Et pendant des années encore, cette aventure resta l’une des anecdotes les plus racontées du village, entre éclats de rire, nostalgie et affection. Parce qu’au fond, les villages vivent aussi grâce à ces histoires simples, drôles et profondément humaines qui traversent les générations.

Avant de vouloir impressionner la galerie, mieux vaut apprendre à nager.

Lyazid Ouali, Guenzet la mémoire vivante.  Août 2024

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À la mémoire de Mohand Arezki Yahi dit Waki, et un grand bonjour à Farid Bouchemla.


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