samedi 11 avril 2026

Mohand u Idir


                            Mohand u Idir, 
                    l’homme qui portait le silence de Guenzet

                  

"Il est des hommes dont la présence dépasse les mots. À Guenzet, Mohand u Idir était de ceux-là.
Une silhouette familière, un regard chargé d’histoires, une mémoire vivante du village."
"Portrait de Mohand u Idir, figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Ce matin-là, fidèle à une habitude presque rituelle, nous nous retrouvions à la sortie de la mosquée El Qods, juste après la prière de l’aube. 

La nuit s’effaçait à peine, laissant derrière elle une fraîcheur encore vive qui piquait les joues et réveillait les esprits. 

Le ciel, d’un bleu hésitant, s’éclaircissait lentement, tandis que les premières lueurs du jour caressaient les toits du village.


Autour de nous, les hommes échangeaient des salutations simples, mais pleines de chaleur. Les voix étaient basses, respectueuses de ce moment suspendu entre nuit et jour. 

On entendait encore, comme en écho, le murmure des dernières invocations, mêlé au frottement discret des pas sur les pavés légèrement humides. C’était un instant de paix, presque sacré, où le temps semblait ralentir.

C’est alors que surgit Mohand u Idir, fils de Dda Bezza n'quaouéche. Sa démarche trahissait une agitation inhabituelle. 

Son visage, tendu, semblait portait les marques d’une nuit sans repos.

Il s’approcha de moi d’un pas vif, les yeux brillants d’une colère contenue.


— Tu as vu ? lança-t-il sans même prendre le temps de saluer correctement.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit !


Je le regardai, surpris par l’intensité de son trouble.


— Pourquoi donc ? demandai-je, intrigué.


Il inspira profondément, comme pour retenir un flot d’indignation qui menaçait de déborder.


— À cause d’un jeune… Un impertinent ! Il s’est moqué de moi ! À mon âge… peux-tu imaginer cela ?


Il marqua une pause, cherchant ses mots, ou peut-être savourant déjà l’effet de son récit sur son auditoire naissant.


— Hier, en plein souk, devant tout le monde… reprit-il, la voix tremblante, ce garçon m’a interpellé… pas par mon nom… non ! Par un sobriquet !


Il ferma les yeux un instant, revivant la scène avec une intensité presque théâtrale, puis lâcha, comme une gifle :


— « Hé, toi, le Rouget ! »


Ses poings se serrèrent, ses épaules se raidirent.


— Comme si je n’avais pas de nom ! Comme si j’étais un étranger dans mon propre village ! Et pourtant… ce jeune me connaît. Il sait très bien qui je suis.


Peu à peu, les hommes se rapprochèrent. Un cercle se forma autour de nous, attiré par la tension de ses paroles. Les regards se croisaient, les têtes se secouaient lentement. 

Chez nous, le respect des anciens n’est pas une simple règle : c’est un pilier. Une frontière invisible qu’on ne franchit pas sans conséquences.

Un silence lourd s’installa.


— Qui était ce jeune homme ? demandai-je finalement.


— Un fils de bonne famille, répondit-il avec amertume. Le fils d’Amar l’épicier. Comme quoi… l’éducation ne fait pas tout.


— Et ce sobriquet… « le Rouget » ? insistai-je.


Il leva les mains au ciel, exaspéré.


— Voilà bien ce qui me ronge ! Je n’en sais rien ! Certains n’ont que ça à faire… coller des noms aux gens, comme des étiquettes… par pure méchanceté.


Il balaya l’assemblée du regard, cherchant approbation, soutien, peut-être même complicité.

C’est alors que Daoud, l’un des sages du village, homme mesuré et respecté, s’avança légèrement. Sa voix, posée, contrastait avec l’agitation de Mohand u Idir.


— Mohand u Idir… dit-il calmement, ne laisse pas les paroles d’un ignorant troubler ta paix. Ceux qui te connaissent ne t’appelleront jamais autrement que par ton vrai nom. Un sobriquet… n’existe que si tu lui donnes de l’importance.


Quelques hochements de tête approuvèrent ses paroles.

Mais Mohand u Idir n’était pas homme à se calmer si vite. L’humiliation ,réelle ou imaginée, semblait encore brûler en lui.


— Il faut lui apprendre le respect ! s’emporta-t-il. Un jeune qui oublie les anciens… c’est un arbre aux racines pourries !


Nous l’écoutions, mi-sérieux, mi-amusés. Il parlait avec fougue, gesticulait, levait les bras, baissait la voix, puis la haussait à nouveau… exactement comme le faisait son père autrefois.

Car, au fond, nous savions tous.

Il n’y avait peut-être jamais eu de

 « Rouget ».

Ni d’affront.

Ni même de jeune insolent.

Ceux qui connaissaient Mohand u Idir savaient qu’il avait ce don rare : celui de transformer le vide en histoire, le silence en scène, et les matins ordinaires en petits théâtres vivants.


Puis, après une pause soigneusement calculée, il conclut d’un ton grave, presque solennel :


— Nous allons voir… Avec moi, ça ne restera pas sans réponse.


Un éclat de rire général fendit l’air encore frais du matin. La tension se dissipa aussitôt, comme une brume balayée par le soleil naissant. 

Les visages s’éclairèrent, les épaules se détendirent, et chacun reprit lentement son chemin.


En descendant vers Souk Wadda, une pensée me traversa, douce et mélancolique.

À la mosquée, il n’y avait presque plus de vieux.

Ceux qui, autrefois, occupaient  ces mêmes places, avaient disparu, emportés par le temps, un à un, sans bruit. Et voilà que, sans même nous en rendre compte, d’autres avaient pris leur place.

Les Mohand u Idir, les Youcef, les Daoud, les Yahia, les Madjid, les Abdelhamid, les Ramtan, les Noureddine… étaient devenus, à leur tour, les visages du matin.


Le temps n’avait rien brusqué.

Il avait simplement continué son œuvre, avec cette lenteur implacable qui ne demande la permission à personne.

Et nous, sans y prendre garde, nous avons vieilli avec les autres. 

— mars 2025.

Lyazid Ouali, l'écrivain,de la mémoire vivante.


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    . Bouznad Mohand Ameziane


/mohand-u-idir-guenzet-village-kabyle.


guenzet,memoire, kabylie


 

vendredi 10 avril 2026

Bouznad Mohand Ameziane.


Adieu l'artiste.

Hommage à une figure emblématique de Guenzet.



Bouznad Mohand Ameziane qui a vu le jour le 18 octobre 1946 est un chanteur- compositeur d'expression kabyle de Guenzet Ith Yaala. Originaire du hameau de Tammast, où il a grandi avant de rejoindre la capitale Alger.
A Belcourt, actuel Belouizdad, un lieu de rencontre des enfants du bled, il fit la connaissance de Plusieurs chanteurs.
Remarqué par son penchant artistique et sa belle voix il fût invité alors à l'émission "chanteur de demain" de la chaine II de la radio Algérienne, dirigée par le défunt Achrouf idir et Mehenni, sous la conduite de Cherif kheddam. Il y resta comme présentateur d'émissions de 1975 jusqu'à sa nomination en 1990, depuis il est en retraite.
Son album en 1978 "A tir sellam f- ath Yaala"- ô oiseau salut ath Yaala - dédié à son village.
Une seconde chanson qui porte le titre "assaru" - la désirée -en hommage à la femme d'ith Yaala.
Il est également l'auteur de la première chanson en octobre 1971, une complainte, "Ah! yul"-Oh mon cœur- dédiée à sa mère.
Outre la chanson, il faisait des animations et des sketchs à la Radio Chaine 2.
Il résidait à Alger mais il était très attaché à son village natal et y retournait régulièrement pour se ressourcer lors de ses séjours réguliers. Meziane décède le 14 avril 2024 des suites d'une longue maladie.
Que Dieu ait son âme.
A tir sellem f Ath Yaâla (Ô oiseau, salue Ath Yaâla)
Oiseau, salue Ath Yaâla
Et ne laisse aucun endroit
Les villages environnants
Ath wartirane, également
Salue de ma part Tammast
Et tout ceux qui me sont chères
De là,va vers Guenzet
Et les hameaux d'en face.
Salue les hommes et femmes
Les sages et les proches
Ces villages de dignité et de bravoure
De là science et du travail.
Ith Hafed, Aourir à côté
Et azru d'Ath warthiran
C'est par là où passe la rivière
De bousalem à Bougaa.
Tu passeras par les sommets
Ramène -moi de leurs nouvelles,
Aguemoun, ighvouliyen
Tamokra et Ath Djaâfar
De là, reviens par Ilmayen
Vgayeth, Sidi Aich, Leqsar
Des villages reconnus
Le pays de l'olivier et du labour,
Du paysage à Bouhamza
Aux hommes valeureux
Téméraires et dignes.
Salue, Achabu, Ith ferguen, ighil Ali.
D'ith Hala, descend vers Akbu,
Ce sont de valeureux gens
Accueillants et généreux.
Traduction approximative.

Lyazid Ouali.Ecrivain de la mémoire vivante.

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jeudi 9 avril 2026

Rêves d'été

 LIVRES:

 

RÊVES D'ÉTÉ, 
mémoire vivante d’un village kabyle. 

Il y a des lieux qui ne meurent jamais. Parce qu’ils vivent à travers ceux qui les ont habités.

Ce livre est un voyage au cœur du village, entre souvenirs, visages et silences.
Un hommage à ces vies simples mais essentielles.


 Aperçu :

 ves d’été – Lyazid Ouali

Il existe des livres que l’on lit…et d’autres que l’on ressent profondément.

Rêves d’été fait partie de ceux qui restent.

Dans ces pages, Lyazid Ouali ne raconte pas seulement une histoire, il réveille une mémoire. Celle des villages kabyles, des étés brûlants, des rires d’enfance et des silences chargés de sens.

À travers les voix de quatre jeunes villageois réunis durant les vacances d’été, le lecteur est invité à revivre ces instants simples mais inoubliables : les jeux, les rires, mais aussi les peines qui façonnent les êtres. Le récit s’entrelace avec l’histoire mystérieuse d’un homme sans nom, errant sans répit, symbole d’une quête inachevée et d’un destin suspendu.

C’est aussi un voyage vibrant au cœur d’un village kabyle, où chaque ruelle, chaque fête et chaque visage raconte une mémoire collective. Le temps semble y ralentir, laissant place à la transmission, à l’identité et à l’âme d’un peuple.

 Ce livre est une promesse :

· celle de retrouver une part de vous-même

· celle de redécouvrir la beauté des choses simples

· celle de ne jamais oublier d’où l’on vient

 Rêves d’été, c’est plus qu’un livre…c’est un retour aux sources.

 Ouvrez-le… et laissez-vous emporter.


  Pourquoi lire ce livre ?

· Pour retrouver une part de notre mémoire

· Pour découvrir des histoires vraies et touchantes

· Pour plonger dans un univers authentique et humain


 Prix : 500 DA


 Comment obtenir le livre ?

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 Accédez au livre maintenant :


Ce livre est destiné à un usage personnel.
Merci de respecter le travail d’écritu
re.


 Un mot de l’auteur

Ce livre n’est pas seulement un récit.
C’est une tentative de retenir ce que le temps emporte.

Si ces pages vous touchent, alors elles auront trouvé leur place.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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mercredi 8 avril 2026

La vieille et la terre

 

           La vieille et la terre,

ces femmes qui portent la mémoire du village kabyle.


Il est des hommes et des femmes que la mort n’emporte jamais vraiment.
Ils continuent de respirer en nous, de marcher dans nos mémoires, de murmurer dans nos silences.
Ils vivent, infiniment, à travers les cœurs qu’ils ont marqués.

Et lorsque les hommes s’éloignent, ce sont les femmes qui demeurent, immobiles et dignes, aux seuils des portes — gardiennes du temps, veillant sur ce qui reste, et sur ce qui ne meurt pas. 

�� Aperçu :

De son vivant, le maquisard avait acquis et travaillé avec amour le « rocher », une terre entre ciel et mer.
À sa mort, elle fut abandonnée et délaissée par les enfants.
Sa femme, comme toutes les mères, était profondément attachée à la terre.
Gardiennes des traditions ancestrales, elles étaient le fil conducteur reliant les générations.
Conservatrices, se dressant en rempart contre un patrimoine en péril.
C’est le combat entre une mère et ses fils, entre hier et aujourd’hui,
un conflit de deux générations :
celle qui ne veut plus des traditions, et celle qui y tient jalousement.

�� Pourquoi lire ce livre ?

· Pour retrouver une part de notre mémoire

· Pour découvrir des histoires vraies et touchantes

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 Ce livre est destiné à un usage personnel.
Merci de respecter le travail d’écriture.


 Un mot de l’auteur

Ce livre n’est pas seulement un récit.
C’est une tentative de retenir ce que le temps emporte. 
Si ces pages vous touchent, alors elles auront trouvé leur place.

— Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.     

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mardi 7 avril 2026

"Thala n'tquitount"

                     "Thala n’tquitount" 

                                 La petite source follette, le mythe d'un village.



"À Guenzet, chaque coin raconte une histoire. Dans cet article, je vous emmène à la rencontre de la source n'tiquitount, une partie  du village, dont l'histoire incarne la mémoire, le mythe et l’âme de toute une communauté".


Thala n’Tquitount d’Aghdan Salah prend sa source dans le village voisin de Thamast. Les habitants des deux villages se partageaient équitablement cette denrée depuis le Plan de Constantine. Elle fut construite et restaurée par le célèbre maçon de Guenzet, Hafri Mohand Arezki. 

Après l’indépendance, lorsque le débit de la fontaine devenait de plus en plus insuffisant, les habitants se rendirent chez le maire pour lui demander de trouver une solution à leur problème d’eau. 
C’est alors que le maire fit appel à l’expérience et au génie de Dda Arezki Uhafi. Celui-ci, en homme de métier et de terrain, ne tarda pas à résoudre le problème. 
Scrupuleux et méthodique, il entama d’abord son travail en réalisant une étude préalable du terrain. Puis, avec l’aide de la population, il entreprit de nettoyer, débroussailler, sarcler, déblayer et terrasser jusqu’à atteindre la couche imperméable du sol sur tout le périmètre de la source. 
Vint ensuite l’étape du captage de la source, suivie de la réalisation d’une dalle en béton afin d’éviter que la source ne se transforme en bourbier. 
Thala n’Tquitount renaquit ainsi de ses cendres, devenant miraculeusement plus vive et abondante. 

Les eaux de la fontaine irriguaient alors les vergers et les jardins des quartiers Ahmadhane, Thifraghine, Aghdan Wadda. 
C’est là que l’histoire de Thala n’Tquitount prit toute son importance, car chacune des deux populations revendiquait la paternité de la source. Et comme disait l’autre : 
« Rien de grand ne se fait sans une certaine abondance, rien de grand ne se fait que par une certaine pauvreté. » Va comprendre quelque chose à la vie humaine… 

C’est la pauvreté qui surabonde en grandeur ! Là où l’on s’attendait à une vie paisible, harmonieuse et aisée, c’est tout le contraire qui se produisit. 
Les hommes, regagnés par leur instinct primaire, invoquèrent la force et s’entretuèrent à coups de hache et de sabre pendant des jours ! Jusqu’à ce qu’épuisés par tant de bestialité — ou par la grâce de certaines têtes pensantes — ils invoquèrent alors l’esprit de la source : esprit follet, esprit malin, esprit démoniaque, qui se serait accaparé la fontaine n’Tquitount. 

Désormais, la légende racontait que Thala n’Tquitount possédait un pouvoir maléfique, et que tout homme qui s’en servait perdait la raison. Et les exemples à Aghdan Salah sont légion : Si Smaïel, G3, Dda Chifi Ukharvuch… Depuis, le mythe s’est répandu jusqu’à aujourd’hui. 

in/Les feuilles d'automne.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
👉 /Thala n'tiquitount-guenzet-village-kabyle#

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📚 Mon livre

Découvrez Feuilles d'automne, un récit inspiré de la mémoire de mon village.

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lundi 6 avril 2026

Les gardiens de la placette.

 

📚 Mes livres: Les gardiens de la placette.

Il existe des histoires que l’on lit… et d’autres que l’on ressent profondément.
À travers mes écrits, j’ai choisi de préserver la mémoire de celles et ceux qui ont façonné notre village.


📖 Les gardiens de la placette

Un récit authentique, inspiré de la réalité et de la mémoire collective.
Ce livre donne vie à des personnages vrais, porteurs d’histoires souvent oubliées, mais profondément ancrées dans notre identité.

🔎 Aperçu :

Imaginons un instant cette scène saisissante, presque irréelle, au cœur vibrant de Guenzet, un jour de marché.

Le soleil baigne la place d’une lumière dorée,les étals débordent de légumes frais et de
tissus chatoyants. Les odeurs mêlées de menthe, de pain chaud et de terre humide
enveloppent les passants. Les voix s’entremêlent, les salutations fusent, et soudain, le temps semble vaciller.
Là, au milieu de la foule bigarrée, un cercle se forme. Des visages familiers surgissent, des figures marquantes du village, autrefois parties, aujourd’hui revenues, non pas en
chair et en os, mais dans l’intensité d’un souvenir, dans la magie d’une lecture partagée.
Leur présence devient presque tangible, comme une brume douce remontée du passé.
Et puis, un chant s’élève doucement, comme un souffle venu de loin, puis gagne en
intensité, enveloppant le marché de sa résonance sacrée. 
C’est Dda Bouhou Ihachawen, le muezzin du village, dont la voix grave et rocailleuse fend l’air du matin comme une caresse rugueuse.Les gardiens de la placette Depuis le minaret sobre de la mosquée Laaraf, son appel à la prière se déploie au-dessus des
toits en tuiles rouges et des figuiers séculaires.
Cette voix-là, les pierres du village la reconnaissent. Elle porte en elle les années
passées, les saisons écoulées. Un écho familier, presque organique, qui vibre dans les
murs, glisse sur les jarres d’eau, et vient se mêler aux tintements des casseroles en cuivre chez les marchands d’ustensiles.
Les enfants suspendent leur course un instant. Les ânes s’immobilisent, comme saisis par ce moment suspendu. Même les clameurs du souk semblent se plier respectueusement à cette voix, avant de reprendre leur tumulte dans une danse rituelle.
Les anciens, assis à l’ombre, murmurent :

-«Quand Dda Bouhou appelle, même le vent écoute.»

Et tout cela se déroulait sous l’égide imposante du cheikh El Khier, l’imam dont la
seule présence suffisait à faire taire les bavardages et à redresser les postures.
Sa rigueur, innée et sans fior itures, s’imposait avec la netteté d’un couperet, tranchant les dilemmes du quotidien avec une autorité tranquille mais indiscutable. 
Inflexible dans ses décisions, il agissait sans détour, comme si chaque jugement portait le poids des siècles de tradition.
Nous, les enfants, évitions autant son regard que ses sermons, comme s’il lisait nos
espiègleries dans les plis de nos pantalons usés.
Les adultes eux-mêmes, pourtant aguerris et fiers, pliaient devant lui avec un respect
presque sacré, mélange de crainte et de reconnaissance envers celui qui incarnait la
droiture au cœur du village.
Et juste à côté du marché, un peu plus loin, un autre son singulier dominait la cacophonie vivante du souk : le martèlement rythmique venu de la forge d’El Khier Uchergui.
Chaque coup de marteau sur l’enclume résonnait comme un clairon improvisé,
s’échappant des murs de pierre noire pour venir s’enrouler autour des étals.
Ce bruit ne sonnait pas l’heure. Il battait le pouls du village, comme si El Khier lui-même
réglait la cadence du jour. Les anciens le disaient :

« Quand la forge s’arrête, tout semble suspendu. »

À ce grondement métallique s’ajoutait un braiement soudain, celui d’un âne mal luné,
surgissant comme une note dissonante dans cette partition kabyle. Un autre lui répondait depuis l’enclos, suivi d’un troisième près de l’olivier.
Peu à peu, leurs complaintes gutturales formaient une étrange symphonie, un chant rustique et presque irréel : une musique que seul Lota n’Souk savait orchestrer.
Et dans ce tumulte où l’acier chante avec les sabots, le sol commence à trembler.
Mais ce n’est pas la forge.
C’est l’arrivée de Biri Ammar et de ses compagnons, une déferlante sonore au cœur
d’un village déjà ivre de vie.Les gardiens de la placette Ce matin-là, ils vibraient d’une énergie inhabituelle : l’équipe de football de la commune faisait son entrée théâtrale dans le marché.
Les premiers pas résonnaient sous les sandales poussiéreuses de Biri Ammar et de
Louati, fiers meneurs drapés dans leurs survêtements aux couleurs de la commune.
Derrière eux, telle une garde d’honneur au sourire éclatant, marchaient Rachid Ouali,
Waki nith Ammar, et le tonitruant Makhlouf Makhlouf, dont les moqueries en kabyle fusent déjà contre les vendeuses de figues trop chères. 
Les autres les suivaient, claquant des mains et faisant danser les rumeurs.
Et derrière cette marée joyeuse, presque collés aux talons des éclaireurs, surgissaient les renforts, tout aussi effervescents. Le gardien des buts, Khaled Kerma, fidèle au poste, courait avec un sérieux touchant, le regard déjà en quête d’un ballon qui n’existait pas encore...............

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante


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Merci de respecter le travail de l’auteur.

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Les gens qui font mon village

Hadda, la porteuse d'eau

                             HADDA                  (Hadda Ubenathmane)                                         LA PORTEUSE D’EAU Hadda Uben...