jeudi 9 juillet 2026

Mohand Arezki et Farid

       Mohand Arezki 

            et Farid,

l’été où Hammam Guergour faillit avaler l’orgueil d’un jeune de Guenzet

Par une chaleur écrasante à Guenzet, une bande de jeunes part se rafraîchir à Hammam Guergour. Entre Farid, nageur agile, et Arezki, fier mais incapable de nager, une aventure drôle et inoubliable transforme une simple baignade en légende de village.

 

Cet été-là, à Guenzet, la chaleur était si écrasante que même les pierres semblaient respirer difficilement. Le soleil tombait sur les ruelles comme une enclume brûlante. Les vieux cherchaient l’ombre sous les figuiers, les chiens haletaient à l’entrée des maisons, et les jeunes, eux, ne rêvaient que d’une chose : fuir cette fournaise.

Alors, comme le faisaient tant de garçons du village durant les grandes vacances, une bande d’amis décida de descendre vers la rivière de Hammam Guergour pour se rafraîchir. Dans le groupe se trouvaient deux personnages que tout opposait.

Farid Bouchemla, le citadin vif et débrouillard, avait cette aisance naturelle des garçons qui avaient grandi entre piscines, voyages et vacances d’été. Mince, rapide, toujours souriant, il nageait comme un poisson né dans l’eau.

Et puis il y avait Mohand Arezki Yahi, dit Waki.

Arezki était de ceux qui entraient quelque part avec une confiance immense, comme si le monde entier lui appartenait.

Grand, fier, le torse toujours bombé, il parlait fort, riait fort et voulait surtout paraître plus courageux que tout le monde. Son orgueil était aussi vaste que les montagnes d’Ith Yaala.

Lorsque les jeunes arrivèrent près de la rivière, Farid ne perdit pas une seconde. Avec une rapidité étonnante, il enfila son maillot, prit son élan et plongea dans l’eau fraîche avec l’élégance d’un dauphin.

Le soleil se reflétait sur l’eau pendant qu’il nageait avec une facilité déconcertante.

— « Regarde-le ! On dirait un champion olympique ! » lança l’un des garçons.

Les autres riaient, impressionnés.

Pendant ce temps, Arezki observait la scène les bras croisés. Le problème, c’est qu’il ne savait absolument pas nager.

Mais comment avouer cela devant toute la bande ? Impossible.

Alors, fidèle à lui-même, il bomba encore plus le torse et lança d’un ton défiant :

— « Moi aussi je peux faire ça ! »

Il fit quelques mouvements ridicules avec les bras, comme s’il se préparait à traverser l’océan Atlantique. Puis il montra ses muscles sous les éclats de rire des autres.

Dans sa tête, il devait déjà s’imaginer ressortir de l’eau en héros. Mais la rivière, elle, ne connaissait ni l’orgueil ni le cinéma.

Arezki prit son élan et sauta. Le plongeon fut catastrophique. Au lieu de glisser dans l’eau avec élégance, il s’écrasa comme un sac de pommes de terre jeté du haut d’un camion. Une énorme gerbe d’eau éclaboussa les jeunes.

Pendant quelques secondes, plus rien.

Puis soudain, Arezki réapparut en battant les bras dans tous les sens.

— « Aaaah ! »

Il avalait l’eau à grandes gorgées, se débattait maladroitement et coulait comme une pierre. Ses yeux étaient remplis de panique.

Les jeunes, pétrifiés, comprirent immédiatement que ce n’était plus une plaisanterie.

Farid réagit sans réfléchir. Il plongea aussitôt, nagea jusqu’à Arezki et l’attrapa fermement avant de le tirer vers la rive.

Essoufflés et tremblants, les garçons aidèrent à sortir le malheureux de l’eau.

Arezki resta allongé quelques instants sur les galets brûlants, crachant de l’eau et respirant difficilement.

Puis, lentement, il ouvrit les yeux.

Tout le monde attendait ses premiers mots dans un silence lourd.

Et fidèle à lui-même, encore à moitié sonné mais toujours aussi fier, il murmura :

— « Si quelqu’un raconte cette histoire… je le tabasse ! »

Un immense éclat de rire explosa aussitôt sur la rive.

Mais à Guenzet, les nouvelles voyagent plus vite que le vent dans les montagnes. Avant même que le bus ne les ramène au village, l’histoire avait déjà pris des proportions gigantesques.

À leur descente, un homme du coin interpella Arezki avec un sourire moqueur :

— « Alors Waki… aujourd’hui tu as bu la tasse jusqu’à la lie ?! »

Toute la place éclata de rire.

Et pendant des années encore, cette aventure resta l’une des anecdotes les plus racontées du village, entre éclats de rire, nostalgie et affection. Parce qu’au fond, les villages vivent aussi grâce à ces histoires simples, drôles et profondément humaines qui traversent les générations.

Avant de vouloir impressionner la galerie, mieux vaut apprendre à nager.

Lyazid Ouali, Guenzet la mémoire vivante.  Août 2024

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À la mémoire de Mohand Arezki Yahi dit Waki, et un grand bonjour à Farid Bouchemla.


jeudi 11 juin 2026

Makhlouf Mohand Ameziane-


Le dernier tour de garde du Professeur Mohand Ameziane.


Après quarante-cinq années consacrées à la médecine et à la réanimation gynéco obstétrique à l'hôpital Mustapha d'Alger, le Professeur Makhlouf Mohand Ameziane prend sa retraite. Retour émouvant sur le parcours exceptionnel d'un homme qui a marqué des générations de soignants et de patients.



Le premier avril 2026, une page importante de la médecine algérienne s'est tournée discrètement, mais avec une profonde émotion. 

Après quarante-cinq années de loyaux et inlassables services, le professeur émérite Makhlouf Mohand Ameziane, chef du service de réanimation gynéco obstétrique à l'hôpital Mustapha d'Alger, a officiellement pris sa retraite.

Cette fois-ci, ce n'était pas un poisson d'avril. La date, qui prête habituellement à la plaisanterie, marquait au contraire une réalité bien tangible : celle du départ d'un homme qui a consacré l'essentiel de sa vie au soulagement de la souffrance humaine, à la transmission du savoir et à la sauvegarde de milliers de vies.

Durant près d'un demi-siècle, le professeur Mohand Ameziane a traversé les couloirs de l'hôpital Mustapha avec la même rigueur, la même humilité et le même sens du devoir.

Des générations de médecins, de sages-femmes, d'infirmiers et d'étudiants ont appris à ses côtés. Beaucoup gardent le souvenir d'un maître exigeant mais juste, d'un homme d'une grande humanité dont la porte demeurait toujours ouverte à ceux qui cherchaient un conseil, un enseignement ou simplement une parole rassurante.

Pour saluer son immense parcours, l'ensemble du personnel du service de gynécologie lui a rendu un hommage chaleureux, empreint d'empathie et d'affection.

Ce fut un moment de sincère reconnaissance, où les souvenirs se mêlaient aux sourires et aux larmes discrètes. Chacun avait conscience d'assister à la fin d'une époque, celle d'une présence rassurante devenue, au fil des années, un repère incontournable du service.


Au-delà du médecin respecté, c'est aussi l'homme que beaucoup ont voulu honorer : l'époux de Ouardia Ouali, le fils du regretté Lahcéne Makhlouf et de Aïcha Ramdani, le frère du défunt Abdellah, ainsi que de Zineb, Farida et Naïma. Le père de Tahar,Nabil et Yasmine.

Un homme profondément attaché aux siens, dont les valeurs de droiture, de discrétion et de générosité ont accompagné toute la carrière.


Le temps de la retraite est désormais venu. Le rythme effréné des gardes et des urgences laisse place à des matins plus paisibles, aux retrouvailles familiales, aux souvenirs accumulés au fil des décennies et à ce repos si mérité.

À vous, Professeur Mohand Ameziane, nous adressons notre profonde gratitude et notre immense respect. Merci pour votre dévouement exemplaire, pour votre science mise au service des autres et pour l'empreinte indélébile que vous laissez dans le cœur de tous ceux qui ont eu le privilège de croiser votre chemin.

Nous vous souhaitons une longue vie, entouré de l'affection des vôtres, une retraite sereine et heureuse, riche des joies simples que des années de sacrifice vous ont parfois empêchées de savourer pleinement.


Bon vent, Professeur. Les portes de l'hôpital se referment derrière vous, mais votre nom, lui, continuera longtemps à résonner dans la mémoire de celles et ceux qui vous sont proches et ceux que vous avez soignés, guidés et inspirés.


Lyazid Ouali, mémoire vivante de Guenzet.


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Makhlouf Mohand Ameziane-

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jeudi 4 juin 2026

Renaissance de la fontaine de Guenzet.

                La renaissance de la fontaine de Guenzet :

                 Quand un village redonne vie à sa mémoire
 

À Guenzet, une ancienne fontaine datant de l’époque coloniale renaît grâce à la détermination des habitants, du maire H’mimi Saadat et d’un jeune sourcier du village. Une histoire émouvante de patrimoine, d’unité et de résilience collective.

 

Au cœur de Guenzet, entre la mosquée Mosquée El Qods et l’ancienne mairie, se dresse une fontaine qui appartient autant à la pierre qu’à la mémoire des habitants.

Pendant des décennies, cette fontaine, héritée de l’époque coloniale française, avait été le témoin silencieux de la vie du village.
Les anciens s’y retrouvaient autrefois pour discuter à l’ombre, les femmes venaient y remplir leurs cruches, et les enfants jouaient autour de son eau claire qui coulait sans interruption.

Puis, avec le temps, la source finit par se tarir. La fontaine devint alors un monument figé, un vestige du passé dont il ne restait que le murmure des souvenirs.
Son bassin vide semblait raconter à lui seul l’abandon progressif d’une partie du patrimoine de Guenzet.

Mais l’histoire ne devait pas s’arrêter là.

Car dans ce village accroché aux montagnes d’Ith Yaala, certains refusent d’abandonner ce qui fait l’âme de leur terre.

La renaissance de cette fontaine est née de la volonté et de l’attachement profond d’un enfant du village à son patrimoine.
À la tête de cette initiative se trouvait H’mimi Saadat, fils d’Amar Uchergui et premier magistrat de la commune de Guenzet.

Animé par la conviction que l’histoire d’un peuple se préserve aussi à travers ses sources, ses pierres et ses lieux de rencontre, il entreprit de redonner vie à cette fontaine oubliée. La tâche semblait pourtant impossible.

La source originelle se trouvait en contrebas de la grande fontaine d’Ighzer n’Talla, le « ravin de la fontaine », un endroit envahi par le maquis, les ronces et les broussailles épaisses.
Avec le temps, la nature avait repris ses droits, dissimulant totalement l’origine de l’eau.

Des moyens importants furent mobilisés. Des engins creusèrent le terrain, des camions furent déployés, et plusieurs tentatives furent menées pour retrouver la trace de la source disparue.
Mais malgré tous les efforts techniques, rien n’y faisait.

La montagne gardait son secret.

C’est alors qu’intervint un jeune sourcier du village, héritier d’un savoir ancestral transmis de génération en génération.
Avec patience, intuition et expérience, il parcourut les lieux muni de ses méthodes traditionnelles, à l’écoute des signes invisibles que seule la terre sait révéler.

Et contre toute attente, la source fut enfin localisée.

Ce moment fut vécu comme une véritable victoire collective. L’eau fut ensuite suivie minutieusement à travers les champs, les sentiers et les ruelles jusqu’à Ighil Larbaâ.
Le travail de restauration demanda précision, endurance et coopération entre les habitants.

Jour après jour, la vieille fontaine reprit vie.

Puis un matin, l’eau recommença enfin à couler.

Une eau limpide, fraîche et cristalline jaillit de nouveau dans le bassin, sous les regards émerveillés des habitants.
Ce jour-là, ce n’était pas seulement une fontaine qui renaissait, mais une part entière de l’âme de Guenzet.

Les anciens retrouvèrent un lieu chargé de souvenirs. Les enfants découvrirent à leur tour ce patrimoine vivant que leurs parents avaient connu avant eux.

Cette renaissance symbolisa bien davantage qu’un simple projet hydraulique.

Elle prouva que la modernité peut marcher main dans la main avec les traditions. Elle rappela surtout que lorsqu’une communauté reste unie autour de son histoire et de son identité, elle peut accomplir ce qui semblait irréalisable.

Avec la mise en service du barrage de Barrage de Tichy Haf, un nouvel espoir souffle désormais sur le village.
Les visages des habitants reflètent aujourd’hui un sentiment de sérénité et de fierté retrouvée.

Guenzet avance désormais vers l’avenir sans tourner le dos à son passé.

Et dans le murmure continu de cette fontaine retrouvée, c’est toute la mémoire d’un village qui continue de couler.

Lyazid Ouali — 08 juin 2024

Lyazid Ouali, guenzet la mémoire vivante.

Lisez également :L'eau de la fraternité

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Le maire et moi



mercredi 27 mai 2026

L'eau de la fraternité.

                  L’eau de la fraternité,
        chronique d’Aghdane Salah  et Thamasth  en 1958.


Récit historique transmis par Mokrane Boualdja sur le projet d’eau potable à Aghdane Salah en 1958, sous la mairie de Guenzet, entre solidarité villageoise, corvée traditionnelle et mémoire collective kabyle.


Mokrane raconte:

En 1958, en pleine période du plan de Constantine lancé par le général , le village vivait au rythme des espoirs fragiles et des difficultés quotidiennes. 

À cette époque, Dda  Lahcene Uabbas  occupait la fonction de maire de Guenzet. Homme respecté et attentif aux préoccupations de la population, il convoqua un jour mon père, Lamri Bouaodja, qui était alors conseiller municipal à la mairie de Guenzet.

Dans notre village d’Agjdane Salah , mon père était connu pour être le seul homme maîtrisant la langue française. 

Cela lui donnait une place particulière dans les discussions administratives et dans les relations avec les autorités de l’époque. 

Ce jour-là, Dda Lahcene le regarda avec sérieux avant de lui poser une question simple, mais lourde de sens :


Écoute, Lamri… qu’est-ce qu’il vous manque au village ?


Mon père, sans hésitation, répondit avec la franchise des hommes de la montagne :


Dda Lahcene , notre plus grand problème, c’est l’eau potable. Nos familles souffrent du manque d’eau, et nous revendiquons aussi notre droit historique à l’irrigation de nos terres.


Ces paroles résumaient à elles seules les difficultés d’une population entière. 

L’eau était une richesse vitale. 

Les femmes parcouraient de longues distances pour remplir quelques jarres, les champs s’asséchaient, et les habitants vivaient dans l’attente d’une solution qui tardait à venir.

Touché par cette réalité, Dda  Lahcene accepta de soutenir le projet. Une enveloppe financière fut accordée par la mairie afin de lancer les travaux d’adduction d’eau. 


Mais dans ces villages kabyles de l’époque, rien ne pouvait se faire sans la solidarité populaire. Alors, les habitants furent appelés à participer selon le système traditionnel de la corvée : chacun donnait de son temps, de sa force et de sa sueur pour l’intérêt collectif.

Les hommes creusaient la terre pierreuse à coups de pioche, transportaient les matériaux sur leurs épaules, ouvraient des tranchées à travers les sentiers abrupts. 

Les femmes apportaient de l’eau et de quoi nourrir les travailleurs. 

Les jeunes aussi participaient avec enthousiasme, conscients qu’ils construisaient quelque chose qui servirait aux générations futures.

À la tête du chantier se trouvait Dda  Arezki Uhafi , conducteur des travaux, homme rigoureux et courageux, qui suivait chaque étape avec précision malgré les conditions difficiles.


Mais tout le monde ne voyait pas ce projet d’un bon œil. 


Nos frères de Thamasth , mécontents de cette initiative et craignant peut-être une remise en cause d’anciens équilibres autour de l’eau, auraient entrepris certains actes de sabotage

Des canalisations étaient détériorées durant la nuit, des travaux défaits au petit matin… comme cela arrive souvent dans les vieilles histoires de villages où rivalités et fraternité se mélangent depuis toujours.

Face à ces incidents, la mairie décida alors de placer des sentinelles autour du chantier afin de surveiller les installations et punir les saboteurs pris sur le fait. 


Les nuits devenaient longues. Certains jeunes montaient la garde dans le froid et le silence des montagnes, armés seulement de leur vigilance et de leur détermination à protéger ce projet si précieux pour la population.

Selon le témoignage de notre intellectuel, le  regretté, le feu, Soltani Belkacem qui avait à peine vingt ans à l’époque, lui-même participa à la corvée et fut témoin direct de cette période. 

Il racontait souvent ces scènes avec émotion : les hommes couverts de poussière, les disputes, les éclats de rire malgré la fatigue, et cette volonté collective de faire jaillir l’eau au cœur du village.

Aujourd’hui encore, ces souvenirs restent gravés dans la mémoire des anciens comme un symbole de courage, de solidarité et d’attachement à la terre.


Et à mes chers frères de Thamasth , je tiens à dire ceci : si je raconte cette histoire, ce n’est nullement pour raviver de vieilles tensions. 

Ce ne sont que des narrations historiques transmises par nos anciens. 

Au fond du cœur, je vous aime et je considère toujours qu’Aghdane Salah et Thamasth  ne sont pas réellement deux villages, mais un seul et même village déguisé en deux visages fraternels.


Saha Aïdkoum.


le 27 mai 2026.


Lyazid Ouali, Guenzet, la mémoire vivante.


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lundi 25 mai 2026

Le Célibataire endurci.

              Hakim, le célibataire endurci :
  l’histoire vraie d'un homme qui avait renoncé à l’amour.

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte, pour des raisons bien évidentes. Certaines histoires touchent à l’intime, au silence des hommes et aux blessures qu’ils portent sans jamais les montrer. Mais il existe des destins tellement singuliers qu’ils méritent d’être racontés, ne serait-ce que pour rappeler que la vie réserve parfois des retournements inattendus.

Voici donc l’histoire vraie de Hakim, un homme d’un petit village kabyle accroché aux flancs de la montagne, connu de tous pour son célibat endurci, son caractère discret et cette solitude qu’il portait comme une seconde peau.

 

Je souhaite écrire l’histoire vraie d’un célibat endurci, celle d’un homme nommé Hakim, dans un petit village kabyle accroché aux flancs de la montagne.

Hakim, marqué dès l’enfance par la perte brutale de sa mère, puis de son père, a grandi seul, refermé sur lui-même, comme une porte que plus rien ne peut ouvrir.

Jamais il n’a songé au mariage, malgré le poids des années et les saisons qui passent.

Il a choisi cette vie en retrait, libre de toute contrainte, loin des responsabilités conjugales qu’il redoute plus que tout.

Ses amis, ses proches, n’ont jamais cessé de tenter de le convaincre : une épouse, lui disaient-ils, serait un appui, une compagne pour traverser ensemble le fleuve capricieux de l’existence.

Mais Hakim, têtu comme une mule et craintif comme une poule devant l’orage, refusait obstinément.

Les jours se sont empilés, puis les années. Il s’est accommodé de son célibat comme on s’installe dans un fauteuil usé mais confortable.

Il rentrait chez lui à l’heure qu’il voulait, mangeait ce qui lui plaisait, sans jamais demander de l’aide à quiconque.

Il vivait dans son nid douillet, bercé par le silence et la solitude.

Mais la nature, malicieuse et imprévisible, aime les retournements.

C’est souvent quand on croit que tout est figé, que les carottes sont bel et bien cuites, que le destin s’amuse à changer la donne.

Après tant d’années vécues comme un ver solitaire, courbé sous le fardeau du temps, Hakim décide, sans prévenir, de se marier.

Pourquoi ? Comment ? Personne ne le sait. Il ne l’a confié à personne.

Ce jour-là, vêtu de son plus beau costume bleu ciel et d’une chemise blanche comme la neige fraîche, il est apparu transformé.

Le Hakim d’hier n’était plus celui d’aujourd’hui. Le village entier en est resté bouche bée. Il y a des mystères que seule mère nature sait orchestrer.

Comme cet adage qui revient toujours, tel un boomerang :

« Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau »…

Et pourtant, Hakim a bu, à grandes gorgées, ce qu’il n’avait jamais osé imaginer.

Hakim s’assit sur le perron de la maison, celui où son vieux père passait jadis ses journées, immobile, le regard perdu dans les collines.

Le silence, épais comme une brume d’hiver, enveloppait les murs.

Il fixa la porte entrouverte, comme s’il attendait une visite oubliée. Mais nul pas ne résonna.

À voix basse, sans même s’en rendre compte, il murmura :

— Tu vois, Yemma… j’ai tenu bon. J’ai suivi ton conseil. Pas de femme, pas d’enfants. Juste le travail, la maison, le figuier.

 

Il se leva, marcha lentement dans le couloir, jusqu’au vieux miroir fendu. Il s’y arrêta, longtemps.

Le visage qui lui faisait face était celui d’un homme qui avait retenu ses larmes trop longtemps.

— Mais à qui vais-je laisser tout ça ? souffla-t-il.

Une fenêtre claqua sous le souffle du vent. Hakim sursauta.

Il referma la porte, avec lenteur, comme on referme un livre qu’on n’a jamais osé lire.

Et pourtant, les plus belles histoires d’amour se terminent souvent par une parabole simple : celle de tout partager avec une autre âme.

Le jour où Hakim accepta de porter l’anneau, celui qui le reliait à l’autre, alors quelque chose s’ouvrit.

Une brèche dans le silence. Une promesse.

Car à partir de ce jour, le jour où Hakim, le célibataire endurci, consentit enfin à desserrer l’étau de ses certitudes, quelque chose bascula.

Ce n’était pas un miracle, ni une révélation éclatante. Juste une brèche, discrète mais profonde, dans le mur qu’il avait construit autour de lui.

Et dans cette brèche, la lumière s’infiltra. Tout dans la vie redevint possible : le partage, le regard de l’autre, le pain rompu à deux, les silences habités.

Ce jour-là, Hakim ne renonça pas à lui-même. Il s’ouvrit simplement à ce qu’il n’avait jamais osé espérer..

Que leur route soit douce, que leurs jours soient longs.

Que le figuier refleurisse chaque printemps, et que la maison résonne de voix nouvelles.

Félicitations à Hakim, pour avoir choisi de vivre, pleinement.

 

Lyazid Ouali, Guenzet memoire vivante.

 

Lisez également:La fierté d'un montagnard Kabyle

 

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jeudi 14 mai 2026

Aourir Eulmi de Guenzet.

                  Aourir Eulmi de Guenzet : 

  Histoire, origine et mémoire d’un village kabyle chargé d’identité.

Découvrez l’origine d’Aourir Eulmi à Guenzet, son histoire ancienne, ses racines kabyles et la mémoire du village lié au personnage Eulmi venu des Hautes Plaines.

Perché sur les hauteurs de Guenzet, "Aourir Eulmi" est bien plus qu’un simple village kabyle. C’est un lieu où la géographie rencontre la mémoire, et où chaque pierre semble porter le poids d’une histoire ancienne transmise par la tradition orale.

Selon plusieurs récits locaux, le nom du village serait lié à un personnage appelé "Eulmi", originaire des Hautes Plaines, probablement de la région d’El Eulma ou des environs de Bordj Bou Arreridj. 

Ce dernier se serait installé sur cette colline stratégique des Ath Yaala, donnant naissance à une appellation devenue intemporelle :"Awrir Uɛulmi", "la colline de Eulmi".
La tradition orale d’Aourir indique que "Eulmi" viendrait de la région d’El Eulma" (ancienne Saint-Arnaud). Le nom du village serait donc :"Awrir Uɛulmi" = "la colline de l’homme d’El Eulma".
Ce type de formation est très fréquent en Kabylie : un homme arrive d’une autre région, il est identifié par son origine, il s’installe, son nom devient celui du lieu. Exemples similaires :  Ath Yaala, et la progéniture de Yaala, Tizi Medjber, Taourirt Yacoub…
Comme beaucoup de toponymes kabyles, le nom du village associe :un élément naturel : "Awrir (colline)", un nom humain : "Eulmi / Uɛulmi". 

Cette structure linguistique reflète une organisation ancienne du territoire où la mémoire des hommes se confond avec celle du paysage. Aujourd’hui encore, le nom "Eulmi" subsiste dans le village, rappelant une origine possible, une migration ancienne ou une lignée fondatrice ayant marqué durablement l’identité locale.

une autre hypothèse historique sur le nom “Eulmi”, Des sources évoquent également des formes anciennes comme :"El-Eulmi", qui correspondrait à une nisba (nom d’origine géographique), signifiant :"originaire d’El Eulma, "Eulmi" serait une contraction locale issue de cette origine.

Le village d'Aourir Eulmi est composé de sept (07) hameaux :

-Anzaten : partie ancienne du village, zone centrale ou en pente
-Taxarubt : quartier périphérique ou en contrebas
-Taddart Wadda : le village d’en bas
-Taddart Ufella: le village d’en haut
-Inurar : zone ouverte ou terres agricoles
-Lxelwa : endroit isolé ou retiré
-Agulmim : proximité d’un point d’eau ou terrain humide.

le village d'Aourir Eulmi est situé dans la commune de Guenzet, au sein du pays des Ath Yaala / Béni-Yaâla. Des travaux universitaires et des recherches locales rappellent que cette région montagneuse appartient au massif du Guergour. 

Familles et lignages du village

Voici les noms les plus cités dans les sources et la mémoire locale :
-Eulmi / Oulmi / Aoulmi: directement lié au village d’Aourir Eulmi ; probablement ancien nom lignager local.
-Chabouni:Ancienne famille mentionnée dans les témoignages liés à la guerre de Libération à Aourir.
-Ith Zaid: Zaidi / Zidane / Aarfouni: présent dans les associations et la vie locale du village.
-Ith Chikh : Djabali, Madri.
-Ith Laalmi: Laalmi.
-Ith Abdellah: Hamdani, famille ancienne des ith Yaala, le village est cité comme terre natale de Ismail Hamdani ( ancien chef du gouvernement).
-Hanifi:nom cité dans recits historiques du bombardement du village durant La guerre d'Algérie.-Guettaf, Saadi, Messif, Nacef, Ikassiwen; Kassa. 
-Zwanda: actuels, Zidane et Aarfouni.
-Zyathna: Zitouni et Boutaleb.
-Ihvachen: Boutouta,Aibeche.
-Ith Karri: Chamlal, Abdelkafi,Allouche,Berkat.
-Ith Chabane: Chabouni et Djelloul.
-Oumeziane: Oulmi
-Bentayeb: Messili.
-Ioulmien: Hachid (existe à Tizi Medjber).
-Ith Bourahla: Bourahla ( existe à Ith Hafed).
-Ibaroudhen:Baroud.
-ith ouali:Mazro et Bali.
-Ikhloufen: Aklouf.
-Boutaouil: Aïd, origine de ouled Aïd. Drikeche, origine de BBA, Falih (Chrea),Djoudi(Sidi el Djoudi).
-Ouivan: Mansour et Faiz.
-Oumar: Lounes.
📌 Source : Hamdani Djamel – Djabali Amar.

Aourir Eulmi reste un village où l’histoire, la toponymie et la mémoire orale se rejoignent. Entre migration, installation ancienne et organisation des Ath Yaala, le village conserve encore aujourd’hui les traces vivantes d’un passé profondément enraciné dans la montagne kabyle.

Mai 2026, repris du livre "Azar nith Yaala" (Racines) de Lyazid Ouali.

Lyazid Ouali, Guenzet, Mémoire vivante.

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Aourir Eulmi- Guenzet- histoire Kabylie- Ath Yaala- origine Aourir- Eulmi El Eulma- villages kabyles- toponymie kabyle- Bordj Bou Arreridj- mémoire berbère.




samedi 9 mai 2026

Les gardiens de la placette.

 

Un voyage au cœur de Guenzet, entre mémoire, traditions et humanité.
Disponible sur TheBookEdition.com

En écrivant Les gardiens de la placette, j’ai voulu préserver une mémoire qui ne s’archive pas, celle qui se transmet par les gestes, les regards, les silences partagés sous un figuier complice.

La placette de Guenzet, lieu modeste et sacré, abrite des figures qui portent la dignité sans costume, la parole sans discours. Ce livre est pour eux — pour ceux qui gardent le lien, malgré les absences et les saisons, ceux dont la présence nourrit le cœur du village.

C’est une offrande — non pas de vérité, mais de fidélité. À la terre, aux visages, aux récits suspendus.

  lire aussi: les grandes familles d'Ikhlidjene:Les grandes familles d'Ikhlidjene

Les gens qui font mon village

Hadda, la porteuse d'eau

                             HADDA                  (Hadda Ubenathmane)                                         LA PORTEUSE D’EAU Hadda Uben...