Dda amar et le ramadan.
la mémoire du village
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
Dda Amar et le ramadan
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
Dda Amar et le ramadan
Souvenirs d'un été au bled.
Ils trônaient au milieu de la cour et juste à l’entrée de la maison comme d’anciens rois, enracinés dans la mémoire des lieux. Somptueux, majestueux, vastes comme des montagnes aux yeux d’un enfant, ils étendaient leurs branches généreuses au-dessus de la maison, offrant de l’ombre et une présence rassurante. À eux seuls, ils étaient des emblèmes.
On aurait dit qu’ils veillaient, tels de grands frères silencieux, sur les autres arbres du jardin : le citronnier frêle, le pommier discret, l’abricotier capricieux.
Tous semblaient vivre sous leur protection.
Voilà près de trente ans qu’ils avaient été plantés par le frère, aujourd’hui disparu, comme si une part de lui-même s’était prolongée dans ces arbres.
Au fil des saisons, les figuiers avaient grandi avec patience, s’élevant vers le ciel, s’enracinant plus profondément encore dans la terre et dans les cœurs. Chaque été, ils offraient leurs fruits avec une générosité inépuisable : des figues grosses, charnues, gorgées de soleil, sucrées à souhait. Ils nourrissaient la famille, les proches, les voisins, et même les passants. Ils ne refusaient rien à personne.
Puis un jour, sans prévenir, le mal s’est installé. Une maladie sournoise, presque invisible, s’est glissée dans les veines du premier figuier. Il perdait ses feuilles une à une, puis son tronc se durcissait jusqu’à ce qu’il n’ait plus de sève.
J’ai tenté de lutter, de le sauver, d’arracher la vie à la mort qui le rongeait. J’ai essayé les traitements, les produits, les gestes appris et ceux improvisés dans l’urgence. Mais déjà, le ver avait fait son œuvre, lentement, inexorablement, vidant l’arbre de sa sève, le condamnant à sécher sur pied.
Puis, il ne resta du figuier qu’un tronc desséché et sans vie. Et puis, sans crier gare, le second figuier fut touché à son tour. Il mourut de la même façon.
Aujourd’hui, il ne reste de ces géants que des troncs secs, noueux, figés dans une dernière posture de dignité. Des corps debout, mais des vies éteintes.
Le silence a remplacé le bruissement de leurs feuilles, et l’ombre qu’ils offraient n’est plus qu’un souvenir.
Hier, je me suis approché de l’un d’eux. Je l’ai longuement regardé, comme on regarde un être cher une dernière fois. J’ai posé ma main sur son écorce rugueuse, comme pour sentir encore battre un cœur disparu. C’était ma manière de le remercier pour tout ce qu’il nous avait donné, pour ses fruits, pour son ombre, pour sa présence fidèle.
C’était aussi une façon de lui dire adieu.
En baissant les yeux vers le sol, j’ai miraculeusement aperçu quelque chose. Là, au pied du vieux tronc, perçant la terre encore vivante, une petite tige verte venait de naître. Fragile, timide, mais déterminée. Une jeune pousse de figuier, qui s’élève lentement, sûrement. Telle une promesse. Une mémoire qui refuse de mourir.
La tige sortait du sol, au pied du grand figuier désormais mort, une lumière d’espoir surgie des profondeurs de la terre. Fine, presque fragile, elle oscillait au moindre souffle de vent, mais dans cette fragilité se cachait une force tranquille, obstinée. On aurait dit qu’elle portait en elle un secret ancien, une mémoire silencieuse transmise par les racines invisibles du géant disparu.
Je me suis accroupi près d’elle, le cœur serré et apaisé à la fois.
Comment une vie pouvait-elle jaillir là où tout semblait fini ?
Comment, sur cette terre marquée par la mort, pouvait naître une promesse aussi verte, aussi vibrante ?
En la regardant de plus près, j’ai compris qu’elle n’était pas étrangère à ce lieu. Elle venait de lui. Du vieux figuier. De ses racines encore vivantes, encore ancrées dans le sol, refusant d’abandonner complètement.
Le frère n’était peut-être pas parti tout à fait. Car cet arbre, planté de ses mains il y a des décennies, continuait à parler à travers cette jeune pousse. Comme si la terre elle-même refusait l’oubli. Comme si chaque racine murmurait : rien ne meurt vraiment tant que quelque chose persiste.
Les jours suivants, je me suis mis à surveiller cette tige avec une attention presque paternelle.
Chaque matin, avant même le café, j’allais lui rendre visite. Je dégageais doucement les petites pierres autour d’elle, j’humidifiais la terre lorsqu’elle devenait sèche, et parfois, sans m’en rendre compte, je lui parlais à voix basse. Des mots simples, sans importance apparente, mais chargés d’une tendresse que je ne savais pas contenir.
Et elle grandissait.
À peine visible au début, la tige prit peu à peu de l’assurance. Une deuxième feuille apparut, puis une troisième, d’un vert tendre, presque lumineux. Le soleil la caressait, le vent la testait, et elle résistait. Elle apprenait, comme un enfant, à tenir debout dans ce monde. Un matin, en la regardant, j’ai cru revoir le grand figuier d’autrefois. Non pas dans sa taille, il en était encore loin, très loin, mais dans cette manière de s’imposer doucement, sans bruit, avec une dignité naturelle.
Il y avait quelque chose de familier dans son port, dans l’orientation de ses feuilles, dans cette manière de capter la lumière. Alors j’ai compris que je n’avais pas seulement assisté à une mort. J’avais assisté à une transmission.
Le vieux figuier n’était pas parti, il s’était transformé. Il avait laissé derrière lui plus qu’un tronc sec : une continuité, une descendance, un souffle prolongé dans le temps. Et cette petite tige, que beaucoup auraient arrachée sans y prêter attention, portait en elle l’histoire d’une famille, d’un homme, d’une terre.
Je me suis relevé, le regard posé entre le tronc mort et la jeune pousse. Entre la fin et le commencement. Ce qui semble disparaître continue parfois de vivre, autrement, dans les racines, dans les gestes, dans la mémoire.
Et pour la première fois depuis longtemps, la cour ne me parut plus vide.
Mars 2026.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
Dda kassa… Rien que d’évoquer son nom, c’est tout un pan du passé qui ressurgit, comme un parfum d’autrefois, doux et entêtant.
C’était un homme au sourire généreux, un homme qui avait traversé les océans et les années, partagé sa vie entre la France et son village natal.
Et pourtant, lorsqu’il était revenu au bled, il s’y était fondu avec une aisance désarmante, comme si chaque pierre du chemin, chaque arbre de la vallée l’attendait patiemment.
Il portait en lui cette dualité précieuse : une sagesse d’ici, une ouverture de là-bas, un mélange rare qui faisait de lui un être à part.
Il appartenait à cette race d’hommes qui aiment profondément leur prochain, non pas par de grands discours, mais par des gestes subtils, empreints d’une bienveillance presque pudique.
Il n’aimait pas les conflits, mais il savait comment les désamorcer, avec une élégance qui lui était propre.
Lorsqu’il croisait deux hommes en pleine dispute, il ne s’interposait pas brusquement. Non… Il s’arrêtait simplement, les observait avec une patience infinie, puis, lentement, il sortait une cigarette.
Le briquet cliquetait dans le silence tendu, la flamme dansait un instant, et bientôt, une volute de fumée s’élevait, flottant entre les visages crispés.
Déconcertés, les querelleurs se taisaient, troublés par sa présence. Alors, dans un français impeccable, teinté d’un sourire malicieux, il lâchait :
— Ce n’est pas bien comme ça !… mieux vaut s’entendre !
Et comme par magie, la tension s’évaporait, emportée par sa voix calme et posée.
Son petit bout de terre, niché au bord de la route, était à son image :
Humble et généreuse. "Thaghoudith", le petit fumier ou la petite décharge,on l’appelait ainsi, un nom qui prêtait à sourire, comme s’il ne valait rien.
Mais en vérité, ce lopin de terre était un trésor caché.
Les figuiers y déployaient leurs branches noueuses, chargées de fruits dorés, les abricotiers offraient leur chair sucrée aux passants, et les amandiers parsemaient le sol de leurs joyaux craquants.
La parcelle s’enrichissait des déchets ménagers, naturellement transformés en compost minéral.
Il n’y avait ni clôture ni interdits, chacun pouvait tendre la main et cueillir ce que la nature offrait.
C’était sa philosophie, son héritage, sa façon à lui de dire que la terre ne se possède pas, elle se partage.
Au village, on l’appelait affectueusement le Parisien. Ce n’était pas moqueur, c’était un titre, une marque de respect.
Il avait vu le monde, il en avait rapporté une certaine finesse, une manière de penser qui le distinguait.
Mais il restait profondément attaché à ses racines, à ses traditions.
À son fils, Abdelwahab, il répétait inlassablement, avec cette autorité douce qu’on ne pouvait contredire :
— Nulle huile ne vaut celle de Dda Lakhder ! Gare à toi si tu m’en ramènes d’ailleurs !
Il avait une singularité qui le distinguait des autres : jamais il n’appelait un âne par son nom. Pour lui, c’était une monture, "Amerkoub ".
Cette bête douce et affectueuse rendait tant de services, qu’elle méritait plus de respect.
Dda Belkacem était comme ces lampes à pétrole d’autrefois, celles qui éclairaient les longues veillées et réchauffaient les cœurs. Il n’était pas flamboyant, mais sa lumière était douce, constante, irremplaçable.
Aujourd’hui, son absence laisse un vide que rien ne saurait combler. Mais son souvenir, lui, demeure, suspendu entre le parfum des figuiers et la fumée d’une cigarette oubliée au coin des lèvres.
Que Dieu te bénisse, Dda Belkacem.
Que ton éclat ne s’éteigne jamais dans nos mémoires.
Février 2025.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.
👉 /Belkacem Bellali-guenzet-village-kabyle
Guenzet pour un renouveau touristique durable
Guenzet for a sustainable tourism revival
ABABSA Hadjer
, SAMAÏ- BOUADJADJA Assia 2
1 Laboratoire Habitat & Environnement (LHE), Département d’architecture/ IAST, Université
Ferhat Abbas- Sétif 1, Algerie. hadjer.ababsa@univ-setif.dz
2 Laboratoire Habitat & Environnement (LHE) Département d’architecture/ IAST, Université Ferhat
Abbas- Sétif 1, Algerie. assia.samai@univ-setif.dz
Date de réception. : 15/06/2024 Date d’acceptation: 25/10/2024
Résumé :
Guenzet est située dans une région montagneuse à fort potentiel patrimonial. Elle incarne
une harmonie exceptionnelle entre le cadre bâti vernaculaire et son environnement naturel.
Malgré l’importance de ses potentiels : environnemental, économique social et culturel, sa
population ne cesse de diminuer.
Le présent article se penche sur le patrimoine matériel et immatériel remarquable de cette
localité qui s’étend vraisemblablement à toute la partie montagneuse de l’Algérie, désignée par « La
Petite Kabylie »: Culture orale, habillement, art culinaire, pratiques et savoir-faire artisanaux,
architecture vernaculaire, etc. Un patrimoine qui reflète une culture ancestrale, remontant à
l’établissement des Béni-Yaala. Faut-il noter que ce patrimoine est aujourd’hui conscientisé par
toutes les catégories de la population. Nous citons pour preuve les festivals des deux plats
traditionnel « Tikorbabine » et « Chlita », que l’on trouve uniquement dans la région de Guenzet,
organisés par l’association féminine résiliente chaque dernière semaine du mois d’août.
Par ailleurs, les données collectées par le biais d’une enquête basée d’une part sur
l’observation directe et d’autre part sur des entretiens non-directifs réalisés sur un échantillon
aléatoire composé d’élus locaux et de simples citoyens. prouvent la résilience des guenzetis et leur
prédisposition à porter des projets susceptibles de stimuler l'économie locale et encourager par
conséquent, les habitants à revenir sur leurs terres.
L’objectif de cette étude serait de mettre en valeur ce patrimoine foisonnant en péril, au
profit d’un projet de tourisme durable au sens global du terme : respectueux de l’environnement,
équitable et stimulant le développement économique de Guenzet.
Mots clés : Patrimoine, Guenzet, Tourisme durable, Développement socio-culturel, Ressources
territoriales.
Abstract :
Guenzet is situated in a mountainous region with significant heritage potential. It embodies
an exceptional harmony between the vernacular built environment and its natural surroundings.
Despite the importance of its environmental, economic, social, and cultural potentials, its population
continues to decline.
This article focuses on the remarkable tangible and intangible heritage of this locality, which
seemingly extends to the entire mountainous part of Algeria, referred to as "Little Kabylie": oral
culture, clothing, culinary art, artisanal practices and skills, vernacular architecture, etc. This
heritage reflects an ancestral culture dating back to the establishment of the Béni-Yaala. It is
noteworthy that today, this heritage is recognized by all segments of the population. As evidence,
we cite the festivals of the two traditional dishes "Tikorbabine" and "Chlita," which are found only
in the Guenzet region, organized by the resilient women's association every last week of August.
Moreover, data collected through a survey based on direct observation and non-directive
interviews conducted on a random sample consisting of local elected officials and ordinary citizens
Guenzet pour un renouveau touristique durable
demonstrate the resilience of the Guenzetis and their readiness to undertake projects likely to
stimulate the local economy and consequently encourage inhabitants to return to their lands.
The objective of this study is to highlight this abundant yet endangered heritage, in favor of
a sustainable tourism project in the broadest sense: environmentally respectful, equitable, and
stimulating the economic development of Guenzet.
Keywords : Heritage, Guenzet, Sustainable tourism, Socio-cultural development, Territorial
resources.
Introduction :
Le patrimoine aussi bien matériel qu’immatériel revêt aujourd'hui une importance cruciale,
non seulement en raison de sa valeur historique, culturelle, urbaine et architecturale, mais également
comme ressource territoriale. Laquelle ressource associée au tourisme durable constituerait une
alternative de développement intéressante.
Le tourisme durable, une forme récente de tourisme, a émergé avec la charte de Lanzarote
1995 (voir commentaire n°1) (VLES, SYLVIE, & HATT, 2011). Il est défini selon l’OMT
(Organisation Mondiale du Tourisme) comme : «toute forme de développement, d’aménagement ou
d’activité touristique qui respecte et préserve à long terme les ressources naturelles, culturelles et
sociales, et contribue de manière positive et équitable au développement économique et à
l’épanouissement des individus qui vivent, travaillent ou séjournent dans ces espaces » (RAHOUA
& SAIR, 2018). Cette approche met en avant trois dimensions essentielles : la préservation de la
biodiversité, le développement économique et la cohésion sociale.
Guenzet, au même titre que le chapelet des agglomérations qui occupent les montagnes au
nord de Sétif, est riche en histoire, culture, traditions, nature et architecture. Victime du projet
colonial, qui a orienté son développment sur les versants des montagnes et des cotes du pays
(CÔTE, 1983), Guenzet n’a jamais bénéficié d’un projet de développement à la hauteur de ses
potentiels, conduisant à son abandon progressif par sa population, souffrant de surcroit des
conditions de vies difficiles : topographie contraignante, hiver rigoureux, etc.
Les populations bien qu’attachées à leur terre se sont vues contraintes de la quitter aspirant à
de meilleures conditions de vie sous d’autres horizons.
- Comment peut-on redonner du souffle à cette localité ?
- Quelle solution adopter pour sauver ce patrimoine en péril ?
- La piste patrimoniale associée au tourisme durable ne constitueraient-ils pas une alternative à
envisager ?
L’indigence de la revue de la littérature scientifique en matière d’architecture et d’urbanisme,
relative à Guenzet et toute la partie nord de Sétif, explique l’importance d’une telle réflexion qui
consisterait prioritairement à mettre en évidence son potentiel pluriel, les contraintes auxquelles elle
fait face et de soumettre au débat quelques pistes de développement qui s’avereraient prometteuses.
Cette première réflexion trace plusieurs pistes de recherche disciplinaires : historique,
urbaine, architecturale, géographique et interdisciplinaires notamment celles orientées sur une
recherche-action.
1. La méthodologie de recherche
Pour atteindre ces objectifs, nous avons adopté une méthodologie combinant une recherche
bibliographique, basée sur des documents concernant la région de Guenzet et le tourisme durable, et
une recherche auprès des services de l'APC, notamment à travers la consultation de documents tels
que « L’étude sur le développement durable intégré des zones de montagnes de la partie nord de la
wilaya de Sétif, Commune de Guenzet », avril 2009 et le PDAU de Guenzet (2016). À cela s'est
ajoutée une immersion de trois jours, durant laquelle nous avons pu mener des observations directes
et des entretiens non directifs avec les représentants de la région, le chef de service à la direction du
tourisme, deux architectes, ainsi qu'avec différentes catégories de la population, afin de recueillir
des perspectives de développement envisageable à partir de plusieurs analyses.
2. Présentation de la région de Guenzet
La commune de Guenzet s’étend sur une superficie de 61,37 km2, modeste chef-lieu du
territoire de la tribu des Ath Yala, Guenzet se trouve entre les villes de Bejaia, Bordj Bou Arreridj et
Sétif. Elle est limitrophe de la chaine des Babor au nord-est et de celle des Bibans au sud et à
l’ouest, s'étendant jusqu’au Guergour (GAID, 1990).
Un vaste plateau au relief accidenté, composé d’un archipel de « dchour », 22 au total (voir
commentaire n°2). Le village connaît un climat trop rude avec des étés torrides et des hivers
rigoureux. Cette région montagneuse berbère a profondément marqué l'histoire locale au fil des
siècles, donnant naissance à de nombreux savants et moudjahidine de renom (GAID, 1990).
Le nom "Guenzet" (en amazigh : ⴳⵏⵣⴰⵜ) vient de l’association de la lettre "G" et du mot
"Anzath". En amazigh, la lettre G (GA) fait référence à un endroit, l’équivalent de à en français et
"Anzath" signifie "petit royaume" ou "petite région". Le nom de Guenzet se traduirait ainsi : au petit
royaume (voir commentaire n°3).
Notons par ailleurs, que la région de Beni Yala a joué un rôle significatif dans la glorieuse
révolution de libération, comptant environ 608 martyrs. Parmi les événements les plus marquants
figurent la bataille de la mosquée Ben Blout en juillet 1956, celle de la vallée de Soukka en mai
1958 et enfin celle de Thila en juillet 1957 (GAID, 1990)
3. Le potentiel de la région de Guenzet
3.1. Le potentiel naturel
Les sources d’eau
La région est connue pour la présence de sources d'eau dans chaque dechra, ce qui a,
d’ailleurs constitué une condition sine qua non pour toute installation. La source d’eau d'Abadh ou
thala n’Abadh, ainsi nommée en référence au bouc découvert à proximité, est la plus connue et la
plus fréquentée par les visiteurs car elle a une grande histoire remontant à la première installation de
Yala.
Les montagnes
Dans son analyse de l’espace algérien, Marc CÔTE nous précise que la montagne était le
lieu de prédilection de la population algérienne (CÔTE, 1992). Cette réalité a été inversée lors de la
période coloniale qui a favorisé les plaines et le littoral pour des raisons à la fois politiques et
économiques.
Aujourd’hui, la question de réanimer ses régions montagneuses se pose de façon récurrente,
d’autant plus que les altitudes ne sont pas très importantes. Ces montagnes exigent cependant des
aménagements et des moyens de transports adéquats.
Ce potentiel appelle également des activités plus contemporaines, favorisant le
développement des pratiques « outdoor » : sports et loisirs en plein air, comme la randonnée, le ski,
l'escalade, le VTT, etc.
3.2. Le potentiel culturel
Le patrimoine, est tel que défini par l'UNESCO, un ensemble de « pratiques,
représentations et expressions, les connaissances et savoir-faire que les communautés et les
groupes et, dans certains cas, les individus, reconnaissent comme partie intégrante de leur
patrimoine culturel ». (KORISSET & NOPPEN, 2005). Les Kabyles, avec leur riche héritage, se
distinguent par un patrimoine inestimable. Guenzet, en particulier, offre une remarquable diversité
de patrimoine, manifestée à travers le mode de vie de ses habitants, leurs savoir-faire traditionnels,
la délicatesse de leur art culinaire et la finesse de leur artisanat. Cependant, il est regrettable
constater que certaines de ces pratiques culturelles risquent de disparaître progressivement de nos
jours. Les changements sociaux et économiques ont parfois conduit à la négligence de ces
précieuses traditions. Néanmoins, au cœur de cette évolution, les femmes d'Ath Yala jouent un rôle
crucial en étant les gardiennes dévouées de ces coutumes séculaires, ce qui pourrait constituer un
ancrage possible d’un éventuel projet de développement.
La cueillette des olives
La cueillette des olives demeure une coutume ancrée dans la tradition kabyle. Ce rituel revêt
une importance particulière, symbolisant la solidarité à travers la "Twiza" (voir commentaire n°4).
Pendant cette période, la communauté se rassemble pour récolter les olives, dans un climat
d’entraide, renforçant les liens sociaux.
L'huile d'olive revêt un caractère sacré, occupant une place prépondérante dans la médecine
traditionnelle et la cuisine locale. Au-delà de ses vertus culinaires, l'olivier contribue de manière
polyvalente à la vie quotidienne. Son bois est utilisé comme source de chauffage, permettant de
surmonter les hivers rigoureux et enneigés qui caractérisent la région. De plus, le feuillage, non
seulement de l'olivier, sont destinés à l'alimentation du bétail.
À notre époque moderne, l'olivier conserve son rôle crucial en tant que source de revenus
pour de nombreuses familles pendant la saison hivernale. Cette activité traditionnelle ne se limite
pas à la préservation des coutumes, elle contribue également de manière significative à l'économie
locale, soulignant ainsi la valeur continue de l'olivier dans la vie quotidienne de la communauté
kabyle.
Chaque dechra abrite une huilerie, et il subsiste encore des huileries traditionnelles en
activité.
Notons que l’olivier peut être à l’origine de la fabrication de plusieurs produits artisanaux :
ustensiles en bois, meubles, savons à base d’huile d’olives et de plantes cultivées in situ, etc.
Yennayer, le nouvel an Amazighe
Parmi les traditions les plus préservées au sein de la culture amazighe, l'une des dimensions
les plus significatives sur le plan culturel et historique est le nouvel an amazigh. Cet événement
revêt une importance particulière, symbolisant l'accueil d'une nouvelle année empreinte de joie,
célébrée à travers des traditions culinaires et le port de vêtements kabyles traditionnels. Cette
occasion renforce les liens entre les habitants, soulignant des valeurs essentielles telles que
l'hospitalité, le partage et la solidarité.
L'artisanat
L’artisanat a historiquement joué un grand rôle économique et social dans la région,
comprenant des métiers tels que la couture traditionnelle kabyle, la poterie, le tissage, la fabrication
de bijoux, etc. Cependant, il est regrettable de constater qu’en raison de certaines changements
sociaux et économiques, ces pratiques sont en voie de disparition alors que d’autres ont totalement
disparu, comme se fût le cas de l’artisanat des bijoux en argent.
L'art culinaire
L'art culinaire kabyle, est une pratique traditionnellement féminine caractérisée par une
cuisine saine et variée. L'huile d'olive occupe une place importante dans cette cuisine. La région de
Guenzet est connue pour ses plats traditionnels, célébrés chaque année comme Tikourbabine,
Chelidha...etc.
Festival Tikourbabine
Chaque année, la région organise la semaine culturelle du festival Tikourbabine, dédié à un
plat traditionnel de la cuisine d'Ath Yala : des boules de semoule accompagnées d'une sauce rouge
piquante, parfois agrémentées de viande séchée. Cet événement a lieu généralement lors de la
dernière semaine du mois d'août.
Ce festival, qui ne se trouvent que dans la région de Guenzet, a été initié par les femmes du
village et pour lequel on a dédié un espace : une place à Tizi Medjber, ce qui atteste d’un potentiel
social, pouvant être exploité pour le projet de développement de la région.
3.3. Le potentiel cultuel
Les zaouias
Pendant de nombreux siècles, le territoire d’Ath Yala a été marqué par la présence de de
centres dédiés à l'étude religieuse et à la diffusion du savoir : les zaouïas et les mosquées. Cette
région a été le berceau de nombreux "oulémas", donnant ainsi lieu à l'expression locale : « Au pays
des Béni Ya’la, les ‘ulémas poussent comme l’herbe au printemps » (VIGNET-ZUNZ, 2011).
À Guenzet, une caractéristique notable réside dans le fait qu'il y ait une mosquée dans
chaque dechra. Bien au-delà de son rôle traditionnel de lieu de culte, la mosquée devient un moyen
de communication essentiel. Elle assure la transmission d'informations d'intérêt public à la
population, jouant ainsi un rôle social, politique, et surtout de gestion du village.
Les zaouias à Guenzet comprennent deux institutions notables : la zaouia Sidi El Joudi,
malheureusement détruite, et la zaouia Sidi Mohnad Okkerri, qui reste opérationnelle de nos jours et
demeure la plus renommée.
Zaouia Sidi Mohand Oukkerri
Les descendants d’Ath Yala ont été élevés dans le savoir et la connaissance. Leur région
était un pôle d'attraction pour les étudiants et les érudits du Coran, en raison de sa capacité à
accueillir de nombreux penseurs et enseignants du Coran qui se sont efforcés de rédiger de
nombreux manuscrits dans divers domaines scientifiques, en particulier le Coran, comme les
manuscrits de Cheikh Ahmed Ben Abderrahmane-ou-Kerri.
Un précieux héritage des Ath Yala, Guenzet a donné naissance à de nombreux Oulémas,
formés au sein de cette école qui demeure une source de fierté pour les Algériens. Depuis des
siècles, ce patrimoine cultuel et culturel, fait du pays des Beni Yala un berceau de l'islamité (GAID,
1990).
Cet édifice a été construit entre 1660 et 1665, érigé par Si Ahmed Ben Abderrahmane-ou-
Kerri. La zaouia a résisté aux ravages du temps, notamment au violent séisme de 1720 qui a dévasté
la région (dechra de la Qalaa actuellement), détruisant l'urbanisme local, submergeant les terres et
forçant l'évacuation des habitants. Cependant, la mosquée est demeurée indemne.
Surnommée Djamaâ Si Mohand Oukerri, elle a survécu partiellement à la colonisation
française, a été restaurée après l'indépendance, et continue de fonctionner jusqu'à nos jours. Elle est
un lieu d'étude et d'accueil pour des étudiants venant de diverses régions du pays, attirant même des
visiteurs de l'étranger.
L'architecture de la zaouia est simple, avec une façade principale ornée d'une galerie à deux
entrées et quatre petites fenêtres agrémentées d'arcs outrepassés. La toiture est en tuile, et les
matériaux utilisés sont locaux, tels que la pierre, l'argile, et le foin en tant que mortier pour les
fissures, avec une finition en plâtre blanc.
« Dans la région des Beni Yala, il y avait beaucoup de manuscrits qui
servaient à l’enseignement des diverses disciplines...Certains
manuscrits sont datés de 1729-1741 écrits par des anonymes ou par
des auteurs tels que Si Ahmed Ben Abderrahmane-ou-Kerri ou encore
par si El Mouhoub ou encore de Cheikh el Kherchi.
On a retrouvé aussi des Coran manuscrits datant de 1889-1905,
etc... » (GAID, 1990)
Zaouia Si Mohand Oukerri demeure un creuset de la révolution, un lieu de rencontres pour
les moudjahidines. Aujourd'hui, elle est non seulement un site religieux mais aussi un site historique,
et touristique.
Dar Malika GAID et Bibliothèque Cherif DEBBIH
Deux lieux mémoriels à Guenzet, transformés aujourd'hui en musées. Dar Malika GAID,
lieu de naissance de Malika GAID, une icône de la guerre de libération originaire d'Ath Yala,
militante et infirmière algérienne pendant la révolution de libération de l'Algérie. Elle est la seule
femme qui a assisté au Congrès de la Soummam. Sa maison est située dans la dechra de
Timenguech. Cherif DEBBIH, une grande figure de la révolution algérienne, a également sa maison
dans la dechra de Tiguert.
3.4. Le potentiel relatif au patrimoine bâti
Les « dchour » : les villages anciens
La région de Beni Yala comprend actuellement environ 22 dechra, nichées au cœur d'un
terrain accidenté, la plupart étant construites selon un principe commun. Ils n'ont pas été planifiés à
l'avance, mais ont plutôt émergé en réponse aux besoins des descendants de Yaala, dont chacun a
généré une dachra autonome, bien que reliée aux autres et respectant les principes fondamentaux de
l'urbanisme islamique.
Prenons l'exemple de la dechra de "Tizi Medjber". Tout d'abord, le choix de l'emplacement
d'une dechra se fait sur une colline, en tant que stratégie défensive rendant l'approche de l'ennemi
difficile. Il est impératif que cet emplacement soit conditionné par la présence d'une source d'eau
pour assurer la vie.
Chaque dechra a un premier noyau remontant à l'installation initiale des Guenzatis et une
nouvelle extension récente. Toujours le noyau comprend une ancienne mosquée, la première
construction et le cœur de la dechra, existant toujours de nos jours et fonctionnant surtout pendant la
période estivale. Cependant, dans l'extension, la nouvelle mosquée à minaret doit être construite et
orientée vers le sommet pour en faire un centre vital au sein de la dechra, jouant un rôle essentiel
dans sa gestion.
Chaque petit village dégage un charme rustique, avec des maisons à l'architecture
traditionnelle coiffées de tuiles rouges. La dechra est entourée par une enceinte composée de
figuiers de Barbarie, servant à la fois de défense pour la dechra et de barrière naturelle. Les figuiers
de barbarie sont particulièrement intéressants car ils sont remplis d'eau au point de ne pas prendre
feu, les rendant ainsi ininflammables. Cette plante qui résiste au climat chaud de la Kabylie, est une
solution efficace contre les incendies violents.
L'évacuation des eaux de pluie depuis le sommet de la dechra se réalise par la mise en place
d'espaces désignés sous le nom "d'ahamal", un réseau essentiel qui permet à l'eau de s'écouler vers
le bas. Chaque paire de maisons est reliée par un espace commun appelé "ighil n’ref", d'une largeur
de 50 cm, qui facilite l’évacuation des eaux de pluie provenant des gouttières de chaque habitation.
Il est impératif de préserver cet espace conformément à la réglementation d'urbanisme des dchour.
En effet, le non-respect de cette disposition peut entraîner la démolition de la maison par l'APC. De
plus, l'ignorance de cette norme expose les habitations au risque d'inondation. Les eaux provenant
de ces deux maisons rejoignent ensuite la canalisation principale d'"ahamal" pour être évacuées vers
le bas.
Les ruelles de la dechra sinueuses et étroites confèrent à l'ensemble du village une
atmosphère harmonieuse, elles mesurent 1,40 mètre, dimensionnées selon un filet à foin pour
moutons, conformément à une règle de l'urbanisme coutumier.
À chaque dechra-mère, un endroit appelé "Thala" était autrefois une source d'eau et un lieu
de rencontre exclusivement réservé aux femmes de la dechra, où les jeunes filles avaient
l'opportunité inavouée de se faire connaître par d’autres familles ou de se faire remarquer par des
prétendants pour le mariage. Actuellement, cette tradition n'existe plus.
Axxam d’Ath Yala –La maison
Les maisons d'Ath Yala suivent les principes de la typologie kabyle, caractérisées par des
structures compactes et fonctionnelles. Construites avec des matériaux locaux, notamment la pierre,
elles présentent une uniformité dans leur architecture. Cette uniformité se reflète dans la
fonctionnalité intérieure, la taille et la compacité des habitations, visant à réduire les surfaces
exposées à l'extérieur pour contrer les conditions climatiques rigoureuses et minimiser les pertes de
chaleur.
Dans toute la région, les habitations arborent des toits revêtus de tuiles rouges, conférant
ainsi une esthétique architecturale homogène. Les murs sont érigés à partir de pierres, appelées
"ifssir", extraites de carrières locales et traitées à la main. La finition est réalisée avec une couche
d’une matière appelée "Oumlil", un mélange d'argile et de déchets d'âne, servant à absorber
l'humidité et à réparer les fissures des murs.
En termes de conception intérieure, les maisons se divisent en trois parties distinctes,
chacune ayant une fonction spécifique. "Addaynin", situé en contrebas du premier niveau (taqaât),
sert à abriter des animaux et à stocker du bois de chauffage ou du fumier. Il offre également une
source de chaleur pour la maison grâce à la présence des animaux.
La "Taɛrict" ou "taàricht", une chambre parentale en mezzanine au-dessus de l'Addaynin, est
accessible par quatre marches. Enfin, l'espace "Aounes ou Tigharghert" donne sur la salle principale
de la maison, " Aounes", une grande pièce à double hauteur abritant la cuisine, la salle à manger et
le séjour. Cette pièce multifonctionnelle est agencée de manière ergonomique, optimisant son
utilisation. Elle dispose de rangements le long de ses parois, d'un espace de tissage bien éclairé et
d'un four à bois au centre, servant à la fois pour la cuisine et le chauffage de toute la maison
4. Les contraintes à surmonter dans la région de Guenzet
La région de Guenzet est confrontée à d'importants défis malgré son potentiel prometteur,
qui demeure largement inexploité. Cette situation a entraîné des conditions de vie précaires,
provoquant un exode rural croissant. Actuellement, la région souffre de dépeuplement et
d'isolement en raison du manque de nombreuses infrastructures essentielles au développement local.
Ces défis comprennent :
Des conditions géographiques difficiles, avec des zones montagneuses escarpées et des
crêtes, rendant l'installation difficile et limitant l'accès aux villages, notamment pendant la
saison hivernale, en raison du manque d'investissement dans les infrastructures routières.
Un manque flagrant d'infrastructures socio-économique, scolaires, des centres de formation
et surtout des services médicaux, avec seulement quelques centres médicaux disponibles et
un manque criant d'hôpitaux, de maternités et de personnel médical qualifié.
Des problèmes de transport qui entravent la mobilité des habitants et l'accès aux services
essentiels.
Une vitalité communautaire limitée, caractérisée par un nombre restreint d'activités, de
projets réussis, ainsi qu'un manque d'initiatives culturelles et sportives, ce qui entraîne un
ennui accru parmi la jeunesse locale dans les villages, ce qui encourage la migration.
Des défis en matière d'habitat, avec une disponibilité paradoxale de logements, dont
beaucoup sont vacants mais nécessitent des rénovations.
5. Interprétation des résultats
5.1. Les initiatives entreprises par la communauté locale
Malgré la diversité de son potentiel, Guenzet n'a pas attiré une grande attention de la part de
ses habitants en raison des contraintes qui entravent son développement. Cependant, des
changements sont actuellement en cours pour revitaliser la zone, s'inscrivant dans le cadre du
marketing touristique exploitant les trésors que recèle la région. Ceci se manifeste notamment par la
mise en place de projets d'investissement visant à la rendre plus attrayante et compétitive.
Située à la dechra de Dar El Hadj, cet espace imprégné de la riche culture berbère, propose
aux visiteurs une immersion complète dans les traditions locales, mettant en lumière la diversité
culinaire de la région ainsi que l'accueil chaleureux qui caractérise l'hospitalité berbère. En plus de
l'exploration de la culture et de la cuisine locales, cet espace offre des visites guidées des principaux
sites historiques de la région, permettant aux visiteurs de découvrir des trésors architecturaux et des
vestiges qui témoignent du riche passé berbère.
Cette maison a une situation avantageuse des balcons offrent des vues panoramiques à
couper le souffle, permettant aux résidents de s'imprégner de la splendeur des montagnes
environnantes et de la beauté naturelle qui les entoure.
En période hivernale, l'expérience s'intensifie avec la possibilité de participer à des activités
palpitantes telles que le ski et le parachutisme.
Le musée de Guenzet
Il s'agit d'une ancienne prison datant de la période coloniale, implantée au cœur du centre-
ville de Guenzet. Situé dans les sous-sols d'une caserne coloniale, qui a été transformée
actuellement en un lycée. Le musée, qui est en cours de rénovation, est actuellement en travaux.
Association Thafath
Malgré l'activité exceptionnelle des facteurs de changement actuels, les idées modernes ne
favorisent pas particulièrement l'artisanat traditionnel. Les méthodes industrielles sont souvent
privilégiées pour produire en masse des objets à partir de divers matériaux, ce qui tend à dévaloriser
les produits traditionnels, souvent perçus comme plus coûteux. C'est dans ce contexte que
l'Association Thafath, dont le nom signifie "lumière" en berbère, une organisation féminine,
intervient pour raviver les traditions, l'artisanat et les coutumes de la région. Son objectif va au-delà
de la simple préservation de l'artisanat d'Ath Yala ; elle vise également à créer des opportunités
d'emploi pour les femmes locales, ce qui a un impact positif sur l'économie régionale à travers des
activités telles que la couture, la poterie, la fabrication de bijoux, etc., tout en adoptant une approche
moderne.
5.2. Repenser la région d’Ath Yala : le développement durable, une solution pour la
revitaliser
La revitalisation de la région d'Ath Yala est une étape cruciale pour insuffler une nouvelle
vie à cette zone en difficulté. L'approche du développement durable est considérée comme
essentielle pour surmonter les défis auxquels elle est confrontée. Cette démarche s'articule autour de
trois dimensions principales, qui représentent les piliers fondamentaux pour améliorer la qualité de
vie des habitants : la dimension environnementale, le développement économique et l'engagement
communautaire. L'exploitation de ses potentiels : naturel, historique, humain ouvrira très
certainement de nouvelles perspectives favorisant la dimension locale, promouvant la
contemporanéité dans le respect de l’esprit du lieu.
L’entrée par le tourisme peut être prometteuse dans la mesure où elle pourrait assoir des
activités productrices d’emplois et de richesses, susceptibles de générer un développement de tous
les secteurs de la vie.
Cette approche repose sur l'importance du tourisme comme moteur de développement
régional. La mise en place de nouvelles infrastructures touristiques pourrait en effet, dynamiser
l'économie locale, créer des emplois et diversifier les sources de revenus. Ces initiatives pourraient
inclure la valorisation du patrimoine naturel, culturel, cultuel et architectural de la région, dans le
but à la fois d'attirer les touristes et de redonner vie à ses habitants.
Alternatives
Le tourisme cultuel, culturel, de montagne peuvent s’associer sous l’emblème du slow
tourisme, pour initier une stratégie de développement locale.
Le slow tourisme est une approche récente du voyage qui repose sur les valeurs de
l'écotourisme et s'oppose au overtourisme. Inspirée du mouvement "slow" né au milieu des années
1980 en Italie avec le "slow food", cette approche est axée sur la durabilité, la flexibilité et la
responsabilité. Elle encourage le lien humain et le respect de l'environnement, et est considérée
comme un vecteur de développement économique.
En effet, pour exploiter le trésor que représente le patrimoine de la région, le slow tourisme
encourage une gestion respectueuse des ressources environnementales, du bien-être et du respect
des populations locales. Son objectif est d'atteindre un contrat équilibré entre les sites touristiques,
l’habitant et le touriste.
En se basant sur les trois piliers de la durabilité : social, économique et environnemental,
nous pouvons suggérer une entité qui s’inscrit dans la continuité de l’archipel, dédiée aux visiteurs,
jouissant d’une certaine autonomie qui permet de préserver l’esprit et le caractère de chaque dachra.
Cette entité serait totalement prise en charge par les habitants de Guenzet selon un cahier des
charges prédéfini : restauration, blanchisserie, ménage.
Un programme de participation à des activités locales au niveau des vergers (cueillette des
olives), des huileries, des locaux d’artisanat, etc., serait prévu.
Un circuit touristique à l’échelle de la région viendrait clôturer le séjour.
Conclusion
Guenzet possède un patrimoine riche, tant sur le plan culturel de la cueillette des olives, de
l'artisanat, de l'art culinaire, de la célébration annuelle du festival Tikorbabine, une manifestation
exceptionnelle dans la région d'Ath Yala, etc.. Du point de vue religieux, la région est célèbre pour
la zaouia Okkerri, qui demeure une attraction touristique, historique, culturelle et architecturale.
D'un point de vue architectural et urbain, la casbah de Tizi Medjber représente un exemple vivant
de l'identité kabyle grâce à l'architecture rustique de ses maisons, qui témoignent des méthodes
ancestrales des autochtones, telles que les modes et techniques de construction traditionnelles. Il
faut également prendre en compte le potentiel naturel qui caractérise la région, à savoir les
montagnes, la flore et les sources d'eau existantes.
Nous avons toutefois souligné que la population de la région est en diminution constante. Les
conditions de vie difficiles et surtout le manque évident d'infrastructures socio-économiques,
scolaires et de centres de formation ont conduit à l'émigration des habitants.
Notre vision ne se restreint pas à la sauvegarde du patrimoine, mais implique également une vision
durable et contemporaine de l'avenir de la région tout en préservant l'identité originale d'Ath Yala.
L'engagement de la communauté est crucial pour rétablir cette terre en péril de manière éthique et
durable, ce qui ouvre la voie à un tourisme durable.
Grâce à cette approche, la région aura un avenir prospère, où le patrimoine sera préservé pour les
générations à venir tout en offrant des possibilités de développement économique équilibré et
respectueux de l'environnement.
De cette manière, Guenzet pourrait servir d'exemple pour la réappropriation de l'espace
montagnard, souvent visé par la politique coloniale française en Algérie, destitué pour des raisons
capitalistes et de contrôle.
Notes et commentaires
1. La charte de Lanzarote : une charte européenne élaborée à Lanzarote (Espagne), le 28 avril 1995,
dans le but de promouvoir un développement touristique durable avec le soutien de l'UNESCO, de
l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), du Programme des Nations Unies pour
l'Environnement (PNUE) et de la Commission européenne. Cette charte définit les principes du
tourisme durable suivants : 1. Exploiter de façon optimale les ressources de l’environnement, 2.
Respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, 3. Assurer une activité
économique viable sur le long terme (BOUFENARA, 2024).
Mouloud GAID : « Les Beni-Yala », 1990. Charles André Julien, « l’histoire de l’Afrique du nord »,
1931. Ibn Khaldoun Histoire des Berbères, 1852.
2. Information donnée par M. Karim YAALOUI, Intéressé par le patrimoine de la région de
Guenzet, actif dans de nombreux domaines et auteur d’un livre en Amazighe : Tanehyuft d Wanza.
بلدة/-plus/com.fibladi://https : sur ڤنزاث ”إيث يعلى“... بلدة جزائريت فريدة في قلب طبيعت خالبت بـ 77 صورة 3.
جزائريت-فريدة-في-قلب-طبيعت-خالبت
4. Touiza : « Lm’awna » signifie une pratique de solidarité sociale caractérisée par le principe
d’entraide.
5. Si Ahmed Ben Abderrahmane-ou-Kerri : Il appartient à la noblesse de la région de Saqia al-
Hamra. Selon le récit d'Al-Hussein al-Warthlani, il aurait étudié à la ville de Fès, puis aurait
déménagé dans les territoires des Ath Yala (FRAD, 2010), dont la lignée remonte au Prophète à
travers sa fille Fatima Zahra (déclaration du cheikh de la zaouia).
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