mercredi 1 avril 2026

DdA Amar et le ramadhan

                    

Dda amar et le ramadan.

la mémoire du village


Dda Amar était un homme maigre comme un clou, sec et noueux, avec des traits tirés qui semblaient avoir été sculptés par le vent des montagnes.
Son corps frêle contrastait avec la tension permanente qui l’habitait. Nerveux, vif, d’un pragmatisme presque brutal, il allait droit au fait et ne s’embarrassait ni de détours ni de politesses inutiles.
Mais ce qui le transformait véritablement, c’était le mois de Ramadan.
À l’approche du croissant lunaire, une inquiétude sourde s’emparait de lui. Il redoutait ce mois sacré d’une crainte difficile à décrire, comme si chaque journée de jeûne était une épreuve qu’il devait affronter seul.
Durant cette période, il devenait irritable, presque ombrageux. Il se repliait sur lui-même, évitait les attroupements, fuyait les discussions. La moindre question, même anodine, suffisait à l’enflammer. Un mot de trop, un regard insistant, et sa voix montait, sèche, tranchante.
Les villageois, qui le connaissaient bien, avaient appris à respecter cette distance. On le saluait de loin, on écourtait les échanges, on le laissait à son silence. Pourtant, parmi eux, il y avait toujours quelques téméraires, des esprits malicieux qui ne pouvaient résister à la tentation de le taquiner.
Ils l’approchaient avec prudence, un sourire en coin, feignant la compassion tout en sachant pertinemment qu’ils appuyaient là où ça brûlait.
— Allons, Dda Amar, ne t’en fais pas… Il ne reste que quelques jours de Ramadan. Tu verras, ça passera vite !
Il les fixait, les yeux mi-clos, les mâchoires crispées.
— D’accord… répondait-il d’un ton sec. Et l’année prochaine, alors ?
Et il tournait les talons, laissant derrière lui un mélange de rires étouffés et de respect amusé.
Car Dda Amar faisait le carême, scrupuleusement. Il ne rompait pas le jeûne, ne transgressait pas la règle. Mais ce qu’il ne supportait pas, c’était l’absence de la cigarette.
Elle lui manquait comme une compagne fidèle. D’ordinaire, elle restait plantée au coin de ses lèvres, fine et fragile comme une brindille, prolongeant son visage anguleux.Sans elle, il semblait incomplet, désarmé, privé d’un appui invisible.
Le Ramadan lui retirait cette petite flamme familière et avec elle, une part de son équilibre.
Dda Amar était ainsi : fidèle à la tradition, mais en lutte permanente avec lui-même.
Février 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.


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La madeleine de Proust à l'Algérienne.

                                            

                              Souvenirs d'un été au bled.

"La madeleine de Proust à l'algérienne."



                            

"Je suis né dans une terre de montagnes, de silences et de mémoire.
Très tôt, j’ai compris que certaines histoires risquaient de disparaître si personne ne prenait la peine de les écrire."


Nous étions quatre amis, adolescents inséparables, liés par une amitié pure et joyeuse comme seuls les étés d’enfance savent en créer.
Nous passions nos journées à jouer au foot sur les terrains poussiéreux du village, riant aux éclats pour un but marqué ou un ballon égaré dans les champs ou dans le ravin de lota n'sport. Ce ballon, c’était presque un objet sacré : on l’achetait avec soin avant même de rejoindre le bled, comme s’il était le passeport indispensable de nos vacances.
Parfois, on se cotisait, chacun donnant ce qu’il pouvait, pour organiser un petit pique-nique au champs, ou sur une colline d’où l’on voyait tout le bled. On partageait tout : le pain, les rêves, les confidences et même les bêtises.
Chaque été, c’était le même rituel : dès la fin de l’année scolaire, on se retrouvait au village pour ne plus se quitter.
Trois mois entiers, jour pour jour, du premier au dernier des congés d’été, vécus ensemble comme une seule et même famille.
Et puis venait le jour du souk hebdomadaire. Ce jour-là, le mercredi, tout le village se transformait complètement. Les ruelles habituellement calmes s’animaient d’un tumulte joyeux : les cris des marchands, les rires, les appels, les ânes chargés de marchandises, les parfums de menthe, de figues fraîches ,de pain chaud et l'odeur enivrante de zlabia de Schoupi.
Le village bourdonnait alors,comme une ruche d’abeilles. C’était notre journée préférée, celle où tout semblait possible.
Un jour, l’un de nos amis, un vrai petit génie, débordant de malice et d’ingéniosité eût une idée surprenante : il proposa de travailler au café du centre du village comme serveur, le temps du marché.
Au début, on n’en revenait pas. Le voir avec un plateau à la main, courant entre les tables, nous paraissait incongru. Mais il semblait heureux, fier même.
À La veille du souk, il aidait déjà le propriétaire à ranger les tables, à remplir les frigos de bouteilles de jus et de limonades. Il préparait tout avec soin, conscient que le lendemain, les cafés seraient bondés.
Et c’était vrai : le jour du souk, on ne trouvait pas une seule chaise vide. Les gens venaient de partout, s’asseyaient pour se désaltérer, échanger les nouvelles et discuter des récoltes, des mariages ou des projets de la semaine.
Un matin, poussés par la curiosité, nous décidâmes d’aller le voir à l’œuvre.
Dès qu’il nous aperçut, il accourut vers nous, sourire aux lèvres, et lança fièrement :
— Alors, qu’est-ce que vous prenez, les gars ?
Nous nous regardâmes, un peu gênés, sans oser prononcer un mot. Aucun de nous n’avait la moindre pièce en poche.
Il le comprit aussitôt, d’un simple regard, et un léger sourire malicieux se dessina sur son visage. Sans attendre notre réponse, il s’éclipsa un moment, se dirigea vers le frigo, revint d’un pas léger et déposa devant nous trois limonades bien fraîches, encore perlées de condensation, mousseuses et dorées sous le soleil du midi.
Ah, les cidres ! Rien qu’à les voir pétiller, on en avait l’eau à la bouche.
Leur fraîcheur glissait dans la gorge comme une brise après la chaleur, et le gaz, en éclatant sous le nez, chatouillait les narines d’un parfum sucré et acidulé. C’était simple, mais pour nous, c’était le goût même du bonheur, celui des mercredis d’été au bled.
Puis, pour rendre la scène encore plus incroyable, il appela un de ses collègues et lui demanda de nous rendre la monnaie, comme si nous avions réellement payé.
On était bouche bée. Personne ne s’attendait à ça. Ce jour-là, il nous avait offert plus qu’une boisson : une preuve d’amitié sincère, pleine de malice et de générosité.
Depuis ce jour, c’était devenu une habitude. Chaque mercredi au souk, nous allions le voir, et il nous servait nos boissons avec le même sourire complice. Nous, de notre côté, faisions semblant de sortir nos pièces, juste pour la forme.
C’était notre petit secret, notre rituel d’amis. Et, comme on dit, la cerise sur le gâteau, c’est que tout cela finissait toujours par être payé...
Mais un jour, nous nous sommes regardés droit dans les yeux. Une question muette nous a traversés l’esprit : et si nos parents venaient à l’apprendre ?
À cet instant, sans même avoir besoin de longs discours, nous avons compris qu’il fallait arrêter. Nous avons donc pris la décision de ne plus y retourner, convaincus que cette activité n’avait rien d’honnête.
L’éducation que nos parents nous avaient transmise pesait lourd dans notre conscience et nous empêchait d’aller à l’encontre de nos principes. Certes, dans nos têtes d’adolescents, quelques regrets ont furtivement effleuré nos pensées ,la tentation, l’aventure, peut-être même un certain goût du défi. Mais ces hésitations se sont vite dissipées, balayées par un sentiment plus fort : celui d’avoir choisi la bonne voie et d’être restés fidèles aux valeurs que l’on nous avait inculquées.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai compris que notre ami, ce génie, était né sous le signe de la Balance : symbole d’équilibre, de justice et d’harmonie, mais aussi de charme subtil, de ruse élégante et d’un sens aigu de la stratégie cachée.
Et, comme un rituel immuable, nous nous donnions toujours rendez-vous à l’année suivante.
Je te salut génie!
Mars 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Quand meurt les figuiers.

                                                     Quand meurt les figuiers,

                                    l'embléme de la kabylie.




« L. Ouali écrit avec les mots de sa bibliothèque et les racines de sa propre terre. » 


Ils trônaient au milieu de la cour et juste à l’entrée de la maison comme d’anciens rois, enracinés dans la mémoire des lieux. Somptueux, majestueux, vastes comme des montagnes aux yeux d’un enfant, ils étendaient leurs branches généreuses au-dessus de la maison, offrant de l’ombre et une présence rassurante. À eux seuls, ils étaient des emblèmes. 
On aurait dit qu’ils veillaient, tels de grands frères silencieux, sur les autres arbres du jardin : le citronnier frêle, le pommier discret, l’abricotier capricieux. 
Tous semblaient vivre sous leur protection. 


Voilà près de trente ans qu’ils avaient été plantés par le frère, aujourd’hui disparu, comme si une part de lui-même s’était prolongée dans ces arbres. 
Au fil des saisons, les figuiers avaient grandi avec patience, s’élevant vers le ciel, s’enracinant plus profondément encore dans la terre et dans les cœurs. Chaque été, ils offraient leurs fruits avec une générosité inépuisable : des figues grosses, charnues, gorgées de soleil, sucrées à souhait. Ils nourrissaient la famille, les proches, les voisins, et même les passants. Ils ne refusaient rien à personne. 
Puis un jour, sans prévenir, le mal s’est installé. Une maladie sournoise, presque invisible, s’est glissée dans les veines du premier figuier. Il perdait ses feuilles une à une, puis son tronc se durcissait jusqu’à ce qu’il n’ait plus de sève. 
J’ai tenté de lutter, de le sauver, d’arracher la vie à la mort qui le rongeait. J’ai essayé les traitements, les produits, les gestes appris et ceux improvisés dans l’urgence. Mais déjà, le ver avait fait son œuvre, lentement, inexorablement, vidant l’arbre de sa sève, le condamnant à sécher sur pied. 


Puis, il ne resta du figuier qu’un tronc desséché et sans vie. Et puis, sans crier gare, le second figuier fut touché à son tour. Il mourut de la même façon. 
Aujourd’hui, il ne reste de ces géants que des troncs secs, noueux, figés dans une dernière posture de dignité. Des corps debout, mais des vies éteintes. 
Le silence a remplacé le bruissement de leurs feuilles, et l’ombre qu’ils offraient n’est plus qu’un souvenir. 
Hier, je me suis approché de l’un d’eux. Je l’ai longuement regardé, comme on regarde un être cher une dernière fois. J’ai posé ma main sur son écorce rugueuse, comme pour sentir encore battre un cœur disparu. C’était ma manière de le remercier pour tout ce qu’il nous avait donné, pour ses fruits, pour son ombre, pour sa présence fidèle. 
C’était aussi une façon de lui dire adieu. 


En baissant les yeux vers le sol, j’ai miraculeusement aperçu quelque chose. Là, au pied du vieux tronc, perçant la terre encore vivante, une petite tige verte venait de naître. Fragile, timide, mais déterminée. Une jeune pousse de figuier, qui s’élève lentement, sûrement. Telle une promesse. Une mémoire qui refuse de mourir. 


La tige sortait du sol, au pied du grand figuier désormais mort, une lumière d’espoir surgie des profondeurs de la terre. Fine, presque fragile, elle oscillait au moindre souffle de vent, mais dans cette fragilité se cachait une force tranquille, obstinée. On aurait dit qu’elle portait en elle un secret ancien, une mémoire silencieuse transmise par les racines invisibles du géant disparu. 
Je me suis accroupi près d’elle, le cœur serré et apaisé à la fois. 
Comment une vie pouvait-elle jaillir là où tout semblait fini ? 
Comment, sur cette terre marquée par la mort, pouvait naître une promesse aussi verte, aussi vibrante ? 


En la regardant de plus près, j’ai compris qu’elle n’était pas étrangère à ce lieu. Elle venait de lui. Du vieux figuier. De ses racines encore vivantes, encore ancrées dans le sol, refusant d’abandonner complètement. 
Le frère n’était peut-être pas parti tout à fait. Car cet arbre, planté de ses mains il y a des décennies, continuait à parler à travers cette jeune pousse. Comme si la terre elle-même refusait l’oubli. Comme si chaque racine murmurait : rien ne meurt vraiment tant que quelque chose persiste. 
Les jours suivants, je me suis mis à surveiller cette tige avec une attention presque paternelle. 


Chaque matin, avant même le café, j’allais lui rendre visite. Je dégageais doucement les petites pierres autour d’elle, j’humidifiais la terre lorsqu’elle devenait sèche, et parfois, sans m’en rendre compte, je lui parlais à voix basse. Des mots simples, sans importance apparente, mais chargés d’une tendresse que je ne savais pas contenir. 
Et elle grandissait. 


À peine visible au début, la tige prit peu à peu de l’assurance. Une deuxième feuille apparut, puis une troisième, d’un vert tendre, presque lumineux. Le soleil la caressait, le vent la testait, et elle résistait. Elle apprenait, comme un enfant, à tenir debout dans ce monde. Un matin, en la regardant, j’ai cru revoir le grand figuier d’autrefois. Non pas dans sa taille, il en était encore loin, très loin, mais dans cette manière de s’imposer doucement, sans bruit, avec une dignité naturelle. 


Il y avait quelque chose de familier dans son port, dans l’orientation de ses feuilles, dans cette manière de capter la lumière. Alors j’ai compris que je n’avais pas seulement assisté à une mort. J’avais assisté à une transmission. 


Le vieux figuier n’était pas parti, il s’était transformé. Il avait laissé derrière lui plus qu’un tronc sec : une continuité, une descendance, un souffle prolongé dans le temps. Et cette petite tige, que beaucoup auraient arrachée sans y prêter attention, portait en elle l’histoire d’une famille, d’un homme, d’une terre. 
Je me suis relevé, le regard posé entre le tronc mort et la jeune pousse. Entre la fin et le commencement. Ce qui semble disparaître continue parfois de vivre, autrement, dans les racines, dans les gestes, dans la mémoire. 
Et pour la première fois depuis longtemps, la cour ne me parut plus vide. 


Mars 2026. 

Lyazid OualiÉcrivain de la mémoire vivante.

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mercredi 8 octobre 2025

Dda Belkacem (Bellali)

                  

          Dda Belkacem, l’âme lumineuse du village.
                          ( Belkacem Bellali).

"Ici, vous ne trouverez pas seulement des textes. Vous trouverez des visages, des voix, des fragments d’existences. Des hommes qui ont marqué leur époque sans jamais écrire leur nom.
Des femmes restées debout, souvent dans l’ombre, toujours dans la dignité.  
Des femmes restées debout, souvent dans l’ombre, toujours dans la dignité.  Ce sont eux, les véritables héros."


Dda kassa… Rien que d’évoquer son nom, c’est tout un pan du passé qui ressurgit, comme un parfum d’autrefois, doux et entêtant. 

C’était un homme au sourire généreux, un homme qui avait traversé les océans et les années, partagé sa vie entre la France et son village natal. 

Et pourtant, lorsqu’il était revenu au bled, il s’y était fondu avec une aisance désarmante, comme si chaque pierre du chemin, chaque arbre de la vallée l’attendait patiemment. 

Il portait en lui cette dualité précieuse : une sagesse d’ici, une ouverture de là-bas, un mélange rare qui faisait de lui un être à part.

Il appartenait à cette race d’hommes qui aiment profondément leur prochain, non pas par de grands discours, mais par des gestes subtils, empreints d’une bienveillance presque pudique. 

Il n’aimait pas les conflits, mais il savait comment les désamorcer, avec une élégance qui lui était propre. 

Lorsqu’il croisait deux hommes en pleine dispute, il ne s’interposait pas brusquement. Non… Il s’arrêtait simplement, les observait avec une patience infinie, puis, lentement, il sortait une cigarette. 

Le briquet cliquetait dans le silence tendu, la flamme dansait un instant, et bientôt, une volute de fumée s’élevait, flottant entre les visages crispés. 

Déconcertés, les querelleurs se taisaient, troublés par sa présence. Alors, dans un français impeccable, teinté d’un sourire malicieux, il lâchait :

— Ce n’est pas bien comme ça !… mieux vaut s’entendre !

Et comme par magie, la tension s’évaporait, emportée par sa voix calme et posée.

Son petit bout de terre, niché au bord de la route, était à son image : 

Humble et généreuse. "Thaghoudith", le petit fumier ou la petite décharge,on l’appelait ainsi, un nom qui prêtait à sourire, comme s’il ne valait rien. 

Mais en vérité, ce lopin de terre était un trésor caché. 

Les figuiers y déployaient leurs branches noueuses, chargées de fruits dorés, les abricotiers offraient leur chair sucrée aux passants, et les amandiers parsemaient le sol de leurs joyaux craquants. 

La parcelle s’enrichissait des déchets ménagers, naturellement transformés en compost minéral.

Il n’y avait ni clôture ni interdits, chacun pouvait tendre la main et cueillir ce que la nature offrait. 

C’était sa philosophie, son héritage, sa façon à lui de dire que la terre ne se possède pas, elle se partage.

Au village, on l’appelait affectueusement le Parisien. Ce n’était pas moqueur, c’était un titre, une marque de respect. 

Il avait vu le monde, il en avait rapporté une certaine finesse, une manière de penser qui le distinguait. 

Mais il restait profondément attaché à ses racines, à ses traditions. 

À son fils, Abdelwahab, il répétait inlassablement, avec cette autorité douce qu’on ne pouvait contredire :

— Nulle huile ne vaut celle de Dda Lakhder ! Gare à toi si tu m’en ramènes d’ailleurs !

Il avait une singularité qui le distinguait des autres : jamais il n’appelait un âne par son nom. Pour lui, c’était une monture, "Amerkoub ".

Cette bête douce et affectueuse  rendait tant de services, qu’elle méritait plus de respect.

Dda Belkacem était comme ces lampes à pétrole d’autrefois, celles qui éclairaient les longues veillées et réchauffaient les cœurs. Il n’était pas flamboyant, mais sa lumière était douce, constante, irremplaçable.

Aujourd’hui, son absence laisse un vide que rien ne saurait combler. Mais son souvenir, lui, demeure, suspendu entre le parfum des figuiers et la fumée d’une cigarette oubliée au coin des lèvres.

Que Dieu te bénisse, Dda Belkacem. 

Que ton éclat ne s’éteigne jamais dans nos mémoires.

Février 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

👉 Lire aussi :

    . Bouznad Mohand Ameziane

👉 /Belkacem Bellali-guenzet-village-kabyle


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mercredi 17 septembre 2025

Guenzet pour un renouveau touristique durable

                       Guenzet pour un renouveau touristique durable

                          Guenzet for a sustainable tourism revival

                                           ABABSA Hadjer

                                     , SAMAÏ- BOUADJADJA Assia 2


1 Laboratoire Habitat & Environnement (LHE), Département d’architecture/ IAST, Université

Ferhat Abbas- Sétif 1, Algerie. hadjer.ababsa@univ-setif.dz

2 Laboratoire Habitat & Environnement (LHE) Département d’architecture/ IAST, Université Ferhat

Abbas- Sétif 1, Algerie. assia.samai@univ-setif.dz

Date de réception. : 15/06/2024 Date d’acceptation: 25/10/2024

Résumé :

Guenzet est située dans une région montagneuse à fort potentiel patrimonial. Elle incarne

une harmonie exceptionnelle entre le cadre bâti vernaculaire et son environnement naturel.

Malgré l’importance de ses potentiels : environnemental, économique social et culturel, sa

population ne cesse de diminuer.

Le présent article se penche sur le patrimoine matériel et immatériel remarquable de cette

localité qui s’étend vraisemblablement à toute la partie montagneuse de l’Algérie, désignée par « La

Petite Kabylie »: Culture orale, habillement, art culinaire, pratiques et savoir-faire artisanaux,

architecture vernaculaire, etc. Un patrimoine qui reflète une culture ancestrale, remontant à

l’établissement des Béni-Yaala. Faut-il noter que ce patrimoine est aujourd’hui conscientisé par

toutes les catégories de la population. Nous citons pour preuve les festivals des deux plats

traditionnel « Tikorbabine » et « Chlita », que l’on trouve uniquement dans la région de Guenzet,

organisés par l’association féminine résiliente chaque dernière semaine du mois d’août.

Par ailleurs, les données collectées par le biais d’une enquête basée d’une part sur

l’observation directe et d’autre part sur des entretiens non-directifs réalisés sur un échantillon

aléatoire composé d’élus locaux et de simples citoyens. prouvent la résilience des guenzetis et leur

prédisposition à porter des projets susceptibles de stimuler l'économie locale et encourager par

conséquent, les habitants à revenir sur leurs terres.

L’objectif de cette étude serait de mettre en valeur ce patrimoine foisonnant en péril, au

profit d’un projet de tourisme durable au sens global du terme : respectueux de l’environnement,

équitable et stimulant le développement économique de Guenzet.

Mots clés : Patrimoine, Guenzet, Tourisme durable, Développement socio-culturel, Ressources

territoriales.

Abstract :

Guenzet is situated in a mountainous region with significant heritage potential. It embodies

an exceptional harmony between the vernacular built environment and its natural surroundings.

Despite the importance of its environmental, economic, social, and cultural potentials, its population

continues to decline.

This article focuses on the remarkable tangible and intangible heritage of this locality, which

seemingly extends to the entire mountainous part of Algeria, referred to as "Little Kabylie": oral

culture, clothing, culinary art, artisanal practices and skills, vernacular architecture, etc. This

heritage reflects an ancestral culture dating back to the establishment of the Béni-Yaala. It is

noteworthy that today, this heritage is recognized by all segments of the population. As evidence,

we cite the festivals of the two traditional dishes "Tikorbabine" and "Chlita," which are found only

in the Guenzet region, organized by the resilient women's association every last week of August.

Moreover, data collected through a survey based on direct observation and non-directive

interviews conducted on a random sample consisting of local elected officials and ordinary citizens


Guenzet pour un renouveau touristique durable


demonstrate the resilience of the Guenzetis and their readiness to undertake projects likely to

stimulate the local economy and consequently encourage inhabitants to return to their lands.

The objective of this study is to highlight this abundant yet endangered heritage, in favor of

a sustainable tourism project in the broadest sense: environmentally respectful, equitable, and

stimulating the economic development of Guenzet.

Keywords : Heritage, Guenzet, Sustainable tourism, Socio-cultural development, Territorial

resources.

Introduction :

Le patrimoine aussi bien matériel qu’immatériel revêt aujourd'hui une importance cruciale,

non seulement en raison de sa valeur historique, culturelle, urbaine et architecturale, mais également

comme ressource territoriale. Laquelle ressource associée au tourisme durable constituerait une

alternative de développement intéressante.

Le tourisme durable, une forme récente de tourisme, a émergé avec la charte de Lanzarote

1995 (voir commentaire n°1) (VLES, SYLVIE, & HATT, 2011). Il est défini selon l’OMT

(Organisation Mondiale du Tourisme) comme : «toute forme de développement, d’aménagement ou

d’activité touristique qui respecte et préserve à long terme les ressources naturelles, culturelles et

sociales, et contribue de manière positive et équitable au développement économique et à

l’épanouissement des individus qui vivent, travaillent ou séjournent dans ces espaces » (RAHOUA

& SAIR, 2018). Cette approche met en avant trois dimensions essentielles : la préservation de la

biodiversité, le développement économique et la cohésion sociale.

Guenzet, au même titre que le chapelet des agglomérations qui occupent les montagnes au

nord de Sétif, est riche en histoire, culture, traditions, nature et architecture. Victime du projet

colonial, qui a orienté son développment sur les versants des montagnes et des cotes du pays

(CÔTE, 1983), Guenzet n’a jamais bénéficié d’un projet de développement à la hauteur de ses

potentiels, conduisant à son abandon progressif par sa population, souffrant de surcroit des

conditions de vies difficiles : topographie contraignante, hiver rigoureux, etc.

Les populations bien qu’attachées à leur terre se sont vues contraintes de la quitter aspirant à

de meilleures conditions de vie sous d’autres horizons.

- Comment peut-on redonner du souffle à cette localité ?

- Quelle solution adopter pour sauver ce patrimoine en péril ?

- La piste patrimoniale associée au tourisme durable ne constitueraient-ils pas une alternative à

envisager ?

L’indigence de la revue de la littérature scientifique en matière d’architecture et d’urbanisme,

relative à Guenzet et toute la partie nord de Sétif, explique l’importance d’une telle réflexion qui

consisterait prioritairement à mettre en évidence son potentiel pluriel, les contraintes auxquelles elle

fait face et de soumettre au débat quelques pistes de développement qui s’avereraient prometteuses.

Cette première réflexion trace plusieurs pistes de recherche disciplinaires : historique,

urbaine, architecturale, géographique et interdisciplinaires notamment celles orientées sur une

recherche-action.

1. La méthodologie de recherche

Pour atteindre ces objectifs, nous avons adopté une méthodologie combinant une recherche

bibliographique, basée sur des documents concernant la région de Guenzet et le tourisme durable, et

une recherche auprès des services de l'APC, notamment à travers la consultation de documents tels

que « L’étude sur le développement durable intégré des zones de montagnes de la partie nord de la

wilaya de Sétif, Commune de Guenzet », avril 2009 et le PDAU de Guenzet (2016). À cela s'est

ajoutée une immersion de trois jours, durant laquelle nous avons pu mener des observations directes

et des entretiens non directifs avec les représentants de la région, le chef de service à la direction du

tourisme, deux architectes, ainsi qu'avec différentes catégories de la population, afin de recueillir

des perspectives de développement envisageable à partir de plusieurs analyses.


2. Présentation de la région de Guenzet

La commune de Guenzet s’étend sur une superficie de 61,37 km2, modeste chef-lieu du

territoire de la tribu des Ath Yala, Guenzet se trouve entre les villes de Bejaia, Bordj Bou Arreridj et

Sétif. Elle est limitrophe de la chaine des Babor au nord-est et de celle des Bibans au sud et à

l’ouest, s'étendant jusqu’au Guergour (GAID, 1990).

Un vaste plateau au relief accidenté, composé d’un archipel de « dchour », 22 au total (voir

commentaire n°2). Le village connaît un climat trop rude avec des étés torrides et des hivers

rigoureux. Cette région montagneuse berbère a profondément marqué l'histoire locale au fil des

siècles, donnant naissance à de nombreux savants et moudjahidine de renom (GAID, 1990).

Le nom "Guenzet" (en amazigh : ⴳⵏⵣⴰⵜ) vient de l’association de la lettre "G" et du mot

"Anzath". En amazigh, la lettre G (GA) fait référence à un endroit, l’équivalent de à en français et

"Anzath" signifie "petit royaume" ou "petite région". Le nom de Guenzet se traduirait ainsi : au petit

royaume (voir commentaire n°3).

Notons par ailleurs, que la région de Beni Yala a joué un rôle significatif dans la glorieuse

révolution de libération, comptant environ 608 martyrs. Parmi les événements les plus marquants

figurent la bataille de la mosquée Ben Blout en juillet 1956, celle de la vallée de Soukka en mai

1958 et enfin celle de Thila en juillet 1957 (GAID, 1990)

3. Le potentiel de la région de Guenzet

3.1. Le potentiel naturel

 Les sources d’eau

La région est connue pour la présence de sources d'eau dans chaque dechra, ce qui a,

d’ailleurs constitué une condition sine qua non pour toute installation. La source d’eau d'Abadh ou

thala n’Abadh, ainsi nommée en référence au bouc découvert à proximité, est la plus connue et la

plus fréquentée par les visiteurs car elle a une grande histoire remontant à la première installation de

Yala.


 Les montagnes

Dans son analyse de l’espace algérien, Marc CÔTE nous précise que la montagne était le

lieu de prédilection de la population algérienne (CÔTE, 1992). Cette réalité a été inversée lors de la

période coloniale qui a favorisé les plaines et le littoral pour des raisons à la fois politiques et

économiques.

Aujourd’hui, la question de réanimer ses régions montagneuses se pose de façon récurrente,

d’autant plus que les altitudes ne sont pas très importantes. Ces montagnes exigent cependant des

aménagements et des moyens de transports adéquats.

Ce potentiel appelle également des activités plus contemporaines, favorisant le

développement des pratiques « outdoor » : sports et loisirs en plein air, comme la randonnée, le ski,

l'escalade, le VTT, etc.


3.2. Le potentiel culturel

Le patrimoine, est tel que défini par l'UNESCO, un ensemble de « pratiques,

représentations et expressions, les connaissances et savoir-faire que les communautés et les

groupes et, dans certains cas, les individus, reconnaissent comme partie intégrante de leur

patrimoine culturel ». (KORISSET & NOPPEN, 2005). Les Kabyles, avec leur riche héritage, se

distinguent par un patrimoine inestimable. Guenzet, en particulier, offre une remarquable diversité

de patrimoine, manifestée à travers le mode de vie de ses habitants, leurs savoir-faire traditionnels,

la délicatesse de leur art culinaire et la finesse de leur artisanat. Cependant, il est regrettable

constater que certaines de ces pratiques culturelles risquent de disparaître progressivement de nos

jours. Les changements sociaux et économiques ont parfois conduit à la négligence de ces

précieuses traditions. Néanmoins, au cœur de cette évolution, les femmes d'Ath Yala jouent un rôle

crucial en étant les gardiennes dévouées de ces coutumes séculaires, ce qui pourrait constituer un

ancrage possible d’un éventuel projet de développement.

 La cueillette des olives

La cueillette des olives demeure une coutume ancrée dans la tradition kabyle. Ce rituel revêt

une importance particulière, symbolisant la solidarité à travers la "Twiza" (voir commentaire n°4).

Pendant cette période, la communauté se rassemble pour récolter les olives, dans un climat

d’entraide, renforçant les liens sociaux.

L'huile d'olive revêt un caractère sacré, occupant une place prépondérante dans la médecine

traditionnelle et la cuisine locale. Au-delà de ses vertus culinaires, l'olivier contribue de manière

polyvalente à la vie quotidienne. Son bois est utilisé comme source de chauffage, permettant de

surmonter les hivers rigoureux et enneigés qui caractérisent la région. De plus, le feuillage, non

seulement de l'olivier, sont destinés à l'alimentation du bétail.

À notre époque moderne, l'olivier conserve son rôle crucial en tant que source de revenus

pour de nombreuses familles pendant la saison hivernale. Cette activité traditionnelle ne se limite

pas à la préservation des coutumes, elle contribue également de manière significative à l'économie

locale, soulignant ainsi la valeur continue de l'olivier dans la vie quotidienne de la communauté

kabyle.

Chaque dechra abrite une huilerie, et il subsiste encore des huileries traditionnelles en

activité.

Notons que l’olivier peut être à l’origine de la fabrication de plusieurs produits artisanaux :

ustensiles en bois, meubles, savons à base d’huile d’olives et de plantes cultivées in situ, etc.

 Yennayer, le nouvel an Amazighe

Parmi les traditions les plus préservées au sein de la culture amazighe, l'une des dimensions

les plus significatives sur le plan culturel et historique est le nouvel an amazigh. Cet événement

revêt une importance particulière, symbolisant l'accueil d'une nouvelle année empreinte de joie,

célébrée à travers des traditions culinaires et le port de vêtements kabyles traditionnels. Cette

occasion renforce les liens entre les habitants, soulignant des valeurs essentielles telles que

l'hospitalité, le partage et la solidarité.


 L'artisanat

L’artisanat a historiquement joué un grand rôle économique et social dans la région,

comprenant des métiers tels que la couture traditionnelle kabyle, la poterie, le tissage, la fabrication

de bijoux, etc. Cependant, il est regrettable de constater qu’en raison de certaines changements

sociaux et économiques, ces pratiques sont en voie de disparition alors que d’autres ont totalement

disparu, comme se fût le cas de l’artisanat des bijoux en argent.


 L'art culinaire

L'art culinaire kabyle, est une pratique traditionnellement féminine caractérisée par une

cuisine saine et variée. L'huile d'olive occupe une place importante dans cette cuisine. La région de

Guenzet est connue pour ses plats traditionnels, célébrés chaque année comme Tikourbabine,

Chelidha...etc.


 Festival Tikourbabine

Chaque année, la région organise la semaine culturelle du festival Tikourbabine, dédié à un

plat traditionnel de la cuisine d'Ath Yala : des boules de semoule accompagnées d'une sauce rouge

piquante, parfois agrémentées de viande séchée. Cet événement a lieu généralement lors de la

dernière semaine du mois d'août.

Ce festival, qui ne se trouvent que dans la région de Guenzet, a été initié par les femmes du

village et pour lequel on a dédié un espace : une place à Tizi Medjber, ce qui atteste d’un potentiel

social, pouvant être exploité pour le projet de développement de la région.


3.3. Le potentiel cultuel

 Les zaouias

Pendant de nombreux siècles, le territoire d’Ath Yala a été marqué par la présence de de

centres dédiés à l'étude religieuse et à la diffusion du savoir : les zaouïas et les mosquées. Cette

région a été le berceau de nombreux "oulémas", donnant ainsi lieu à l'expression locale : « Au pays

des Béni Ya’la, les ‘ulémas poussent comme l’herbe au printemps » (VIGNET-ZUNZ, 2011).

À Guenzet, une caractéristique notable réside dans le fait qu'il y ait une mosquée dans

chaque dechra. Bien au-delà de son rôle traditionnel de lieu de culte, la mosquée devient un moyen

de communication essentiel. Elle assure la transmission d'informations d'intérêt public à la

population, jouant ainsi un rôle social, politique, et surtout de gestion du village.

Les zaouias à Guenzet comprennent deux institutions notables : la zaouia Sidi El Joudi,

malheureusement détruite, et la zaouia Sidi Mohnad Okkerri, qui reste opérationnelle de nos jours et

demeure la plus renommée.

 Zaouia Sidi Mohand Oukkerri

Les descendants d’Ath Yala ont été élevés dans le savoir et la connaissance. Leur région

était un pôle d'attraction pour les étudiants et les érudits du Coran, en raison de sa capacité à

accueillir de nombreux penseurs et enseignants du Coran qui se sont efforcés de rédiger de

nombreux manuscrits dans divers domaines scientifiques, en particulier le Coran, comme les

manuscrits de Cheikh Ahmed Ben Abderrahmane-ou-Kerri.

Un précieux héritage des Ath Yala, Guenzet a donné naissance à de nombreux Oulémas,

formés au sein de cette école qui demeure une source de fierté pour les Algériens. Depuis des

siècles, ce patrimoine cultuel et culturel, fait du pays des Beni Yala un berceau de l'islamité (GAID,

1990).

Cet édifice a été construit entre 1660 et 1665, érigé par Si Ahmed Ben Abderrahmane-ou-

Kerri. La zaouia a résisté aux ravages du temps, notamment au violent séisme de 1720 qui a dévasté

la région (dechra de la Qalaa actuellement), détruisant l'urbanisme local, submergeant les terres et

forçant l'évacuation des habitants. Cependant, la mosquée est demeurée indemne.

Surnommée Djamaâ Si Mohand Oukerri, elle a survécu partiellement à la colonisation

française, a été restaurée après l'indépendance, et continue de fonctionner jusqu'à nos jours. Elle est

un lieu d'étude et d'accueil pour des étudiants venant de diverses régions du pays, attirant même des

visiteurs de l'étranger.

L'architecture de la zaouia est simple, avec une façade principale ornée d'une galerie à deux

entrées et quatre petites fenêtres agrémentées d'arcs outrepassés. La toiture est en tuile, et les

matériaux utilisés sont locaux, tels que la pierre, l'argile, et le foin en tant que mortier pour les

fissures, avec une finition en plâtre blanc.


« Dans la région des Beni Yala, il y avait beaucoup de manuscrits qui

servaient à l’enseignement des diverses disciplines...Certains

manuscrits sont datés de 1729-1741 écrits par des anonymes ou par

des auteurs tels que Si Ahmed Ben Abderrahmane-ou-Kerri ou encore

par si El Mouhoub ou encore de Cheikh el Kherchi.

On a retrouvé aussi des Coran manuscrits datant de 1889-1905,

etc... » (GAID, 1990)


Zaouia Si Mohand Oukerri demeure un creuset de la révolution, un lieu de rencontres pour

les moudjahidines. Aujourd'hui, elle est non seulement un site religieux mais aussi un site historique,

et touristique.

 Dar Malika GAID et Bibliothèque Cherif DEBBIH

Deux lieux mémoriels à Guenzet, transformés aujourd'hui en musées. Dar Malika GAID,

lieu de naissance de Malika GAID, une icône de la guerre de libération originaire d'Ath Yala,

militante et infirmière algérienne pendant la révolution de libération de l'Algérie. Elle est la seule

femme qui a assisté au Congrès de la Soummam. Sa maison est située dans la dechra de

Timenguech. Cherif DEBBIH, une grande figure de la révolution algérienne, a également sa maison

dans la dechra de Tiguert.

3.4. Le potentiel relatif au patrimoine bâti

 Les « dchour » : les villages anciens

La région de Beni Yala comprend actuellement environ 22 dechra, nichées au cœur d'un

terrain accidenté, la plupart étant construites selon un principe commun. Ils n'ont pas été planifiés à

l'avance, mais ont plutôt émergé en réponse aux besoins des descendants de Yaala, dont chacun a

généré une dachra autonome, bien que reliée aux autres et respectant les principes fondamentaux de

l'urbanisme islamique.

Prenons l'exemple de la dechra de "Tizi Medjber". Tout d'abord, le choix de l'emplacement

d'une dechra se fait sur une colline, en tant que stratégie défensive rendant l'approche de l'ennemi

difficile. Il est impératif que cet emplacement soit conditionné par la présence d'une source d'eau

pour assurer la vie.

Chaque dechra a un premier noyau remontant à l'installation initiale des Guenzatis et une

nouvelle extension récente. Toujours le noyau comprend une ancienne mosquée, la première

construction et le cœur de la dechra, existant toujours de nos jours et fonctionnant surtout pendant la

période estivale. Cependant, dans l'extension, la nouvelle mosquée à minaret doit être construite et

orientée vers le sommet pour en faire un centre vital au sein de la dechra, jouant un rôle essentiel

dans sa gestion.

Chaque petit village dégage un charme rustique, avec des maisons à l'architecture

traditionnelle coiffées de tuiles rouges. La dechra est entourée par une enceinte composée de

figuiers de Barbarie, servant à la fois de défense pour la dechra et de barrière naturelle. Les figuiers

de barbarie sont particulièrement intéressants car ils sont remplis d'eau au point de ne pas prendre

feu, les rendant ainsi ininflammables. Cette plante qui résiste au climat chaud de la Kabylie, est une

solution efficace contre les incendies violents.

L'évacuation des eaux de pluie depuis le sommet de la dechra se réalise par la mise en place

d'espaces désignés sous le nom "d'ahamal", un réseau essentiel qui permet à l'eau de s'écouler vers

le bas. Chaque paire de maisons est reliée par un espace commun appelé "ighil n’ref", d'une largeur

de 50 cm, qui facilite l’évacuation des eaux de pluie provenant des gouttières de chaque habitation.

Il est impératif de préserver cet espace conformément à la réglementation d'urbanisme des dchour.

En effet, le non-respect de cette disposition peut entraîner la démolition de la maison par l'APC. De

plus, l'ignorance de cette norme expose les habitations au risque d'inondation. Les eaux provenant

de ces deux maisons rejoignent ensuite la canalisation principale d'"ahamal" pour être évacuées vers

le bas.

Les ruelles de la dechra sinueuses et étroites confèrent à l'ensemble du village une

atmosphère harmonieuse, elles mesurent 1,40 mètre, dimensionnées selon un filet à foin pour

moutons, conformément à une règle de l'urbanisme coutumier.

À chaque dechra-mère, un endroit appelé "Thala" était autrefois une source d'eau et un lieu

de rencontre exclusivement réservé aux femmes de la dechra, où les jeunes filles avaient

l'opportunité inavouée de se faire connaître par d’autres familles ou de se faire remarquer par des

prétendants pour le mariage. Actuellement, cette tradition n'existe plus.

 Axxam d’Ath Yala –La maison

Les maisons d'Ath Yala suivent les principes de la typologie kabyle, caractérisées par des

structures compactes et fonctionnelles. Construites avec des matériaux locaux, notamment la pierre,

elles présentent une uniformité dans leur architecture. Cette uniformité se reflète dans la

fonctionnalité intérieure, la taille et la compacité des habitations, visant à réduire les surfaces

exposées à l'extérieur pour contrer les conditions climatiques rigoureuses et minimiser les pertes de

chaleur.

Dans toute la région, les habitations arborent des toits revêtus de tuiles rouges, conférant

ainsi une esthétique architecturale homogène. Les murs sont érigés à partir de pierres, appelées

"ifssir", extraites de carrières locales et traitées à la main. La finition est réalisée avec une couche

d’une matière appelée "Oumlil", un mélange d'argile et de déchets d'âne, servant à absorber

l'humidité et à réparer les fissures des murs.

En termes de conception intérieure, les maisons se divisent en trois parties distinctes,

chacune ayant une fonction spécifique. "Addaynin", situé en contrebas du premier niveau (taqaât),

sert à abriter des animaux et à stocker du bois de chauffage ou du fumier. Il offre également une

source de chaleur pour la maison grâce à la présence des animaux.

La "Taɛrict" ou "taàricht", une chambre parentale en mezzanine au-dessus de l'Addaynin, est

accessible par quatre marches. Enfin, l'espace "Aounes ou Tigharghert" donne sur la salle principale

de la maison, " Aounes", une grande pièce à double hauteur abritant la cuisine, la salle à manger et

le séjour. Cette pièce multifonctionnelle est agencée de manière ergonomique, optimisant son

utilisation. Elle dispose de rangements le long de ses parois, d'un espace de tissage bien éclairé et

d'un four à bois au centre, servant à la fois pour la cuisine et le chauffage de toute la maison

4. Les contraintes à surmonter dans la région de Guenzet

La région de Guenzet est confrontée à d'importants défis malgré son potentiel prometteur,

qui demeure largement inexploité. Cette situation a entraîné des conditions de vie précaires,

provoquant un exode rural croissant. Actuellement, la région souffre de dépeuplement et

d'isolement en raison du manque de nombreuses infrastructures essentielles au développement local.

Ces défis comprennent :

 Des conditions géographiques difficiles, avec des zones montagneuses escarpées et des

crêtes, rendant l'installation difficile et limitant l'accès aux villages, notamment pendant la

saison hivernale, en raison du manque d'investissement dans les infrastructures routières.

 Un manque flagrant d'infrastructures socio-économique, scolaires, des centres de formation

et surtout des services médicaux, avec seulement quelques centres médicaux disponibles et

un manque criant d'hôpitaux, de maternités et de personnel médical qualifié.

 Des problèmes de transport qui entravent la mobilité des habitants et l'accès aux services

essentiels.

 Une vitalité communautaire limitée, caractérisée par un nombre restreint d'activités, de

projets réussis, ainsi qu'un manque d'initiatives culturelles et sportives, ce qui entraîne un

ennui accru parmi la jeunesse locale dans les villages, ce qui encourage la migration.

 Des défis en matière d'habitat, avec une disponibilité paradoxale de logements, dont

beaucoup sont vacants mais nécessitent des rénovations.

5. Interprétation des résultats

5.1. Les initiatives entreprises par la communauté locale

Malgré la diversité de son potentiel, Guenzet n'a pas attiré une grande attention de la part de

ses habitants en raison des contraintes qui entravent son développement. Cependant, des

changements sont actuellement en cours pour revitaliser la zone, s'inscrivant dans le cadre du

marketing touristique exploitant les trésors que recèle la région. Ceci se manifeste notamment par la

mise en place de projets d'investissement visant à la rendre plus attrayante et compétitive.

Située à la dechra de Dar El Hadj, cet espace imprégné de la riche culture berbère, propose

aux visiteurs une immersion complète dans les traditions locales, mettant en lumière la diversité

culinaire de la région ainsi que l'accueil chaleureux qui caractérise l'hospitalité berbère. En plus de

l'exploration de la culture et de la cuisine locales, cet espace offre des visites guidées des principaux

sites historiques de la région, permettant aux visiteurs de découvrir des trésors architecturaux et des

vestiges qui témoignent du riche passé berbère.

Cette maison a une situation avantageuse des balcons offrent des vues panoramiques à

couper le souffle, permettant aux résidents de s'imprégner de la splendeur des montagnes

environnantes et de la beauté naturelle qui les entoure.

En période hivernale, l'expérience s'intensifie avec la possibilité de participer à des activités

palpitantes telles que le ski et le parachutisme.

 Le musée de Guenzet

Il s'agit d'une ancienne prison datant de la période coloniale, implantée au cœur du centre-

ville de Guenzet. Situé dans les sous-sols d'une caserne coloniale, qui a été transformée

actuellement en un lycée. Le musée, qui est en cours de rénovation, est actuellement en travaux.

 Association Thafath

Malgré l'activité exceptionnelle des facteurs de changement actuels, les idées modernes ne

favorisent pas particulièrement l'artisanat traditionnel. Les méthodes industrielles sont souvent

privilégiées pour produire en masse des objets à partir de divers matériaux, ce qui tend à dévaloriser

les produits traditionnels, souvent perçus comme plus coûteux. C'est dans ce contexte que

l'Association Thafath, dont le nom signifie "lumière" en berbère, une organisation féminine,

intervient pour raviver les traditions, l'artisanat et les coutumes de la région. Son objectif va au-delà

de la simple préservation de l'artisanat d'Ath Yala ; elle vise également à créer des opportunités

d'emploi pour les femmes locales, ce qui a un impact positif sur l'économie régionale à travers des

activités telles que la couture, la poterie, la fabrication de bijoux, etc., tout en adoptant une approche

moderne.


5.2. Repenser la région d’Ath Yala : le développement durable, une solution pour la

revitaliser

La revitalisation de la région d'Ath Yala est une étape cruciale pour insuffler une nouvelle

vie à cette zone en difficulté. L'approche du développement durable est considérée comme

essentielle pour surmonter les défis auxquels elle est confrontée. Cette démarche s'articule autour de

trois dimensions principales, qui représentent les piliers fondamentaux pour améliorer la qualité de

vie des habitants : la dimension environnementale, le développement économique et l'engagement

communautaire. L'exploitation de ses potentiels : naturel, historique, humain ouvrira très

certainement de nouvelles perspectives favorisant la dimension locale, promouvant la

contemporanéité dans le respect de l’esprit du lieu.

L’entrée par le tourisme peut être prometteuse dans la mesure où elle pourrait assoir des

activités productrices d’emplois et de richesses, susceptibles de générer un développement de tous

les secteurs de la vie.

Cette approche repose sur l'importance du tourisme comme moteur de développement

régional. La mise en place de nouvelles infrastructures touristiques pourrait en effet, dynamiser

l'économie locale, créer des emplois et diversifier les sources de revenus. Ces initiatives pourraient

inclure la valorisation du patrimoine naturel, culturel, cultuel et architectural de la région, dans le

but à la fois d'attirer les touristes et de redonner vie à ses habitants.

 Alternatives

Le tourisme cultuel, culturel, de montagne peuvent s’associer sous l’emblème du slow

tourisme, pour initier une stratégie de développement locale.

Le slow tourisme est une approche récente du voyage qui repose sur les valeurs de

l'écotourisme et s'oppose au overtourisme. Inspirée du mouvement "slow" né au milieu des années

1980 en Italie avec le "slow food", cette approche est axée sur la durabilité, la flexibilité et la

responsabilité. Elle encourage le lien humain et le respect de l'environnement, et est considérée

comme un vecteur de développement économique.

En effet, pour exploiter le trésor que représente le patrimoine de la région, le slow tourisme

encourage une gestion respectueuse des ressources environnementales, du bien-être et du respect

des populations locales. Son objectif est d'atteindre un contrat équilibré entre les sites touristiques,

l’habitant et le touriste.

En se basant sur les trois piliers de la durabilité : social, économique et environnemental,

nous pouvons suggérer une entité qui s’inscrit dans la continuité de l’archipel, dédiée aux visiteurs,

jouissant d’une certaine autonomie qui permet de préserver l’esprit et le caractère de chaque dachra.

Cette entité serait totalement prise en charge par les habitants de Guenzet selon un cahier des

charges prédéfini : restauration, blanchisserie, ménage.

Un programme de participation à des activités locales au niveau des vergers (cueillette des

olives), des huileries, des locaux d’artisanat, etc., serait prévu.

Un circuit touristique à l’échelle de la région viendrait clôturer le séjour.


Conclusion

Guenzet possède un patrimoine riche, tant sur le plan culturel de la cueillette des olives, de

l'artisanat, de l'art culinaire, de la célébration annuelle du festival Tikorbabine, une manifestation

exceptionnelle dans la région d'Ath Yala, etc.. Du point de vue religieux, la région est célèbre pour

la zaouia Okkerri, qui demeure une attraction touristique, historique, culturelle et architecturale.

D'un point de vue architectural et urbain, la casbah de Tizi Medjber représente un exemple vivant

de l'identité kabyle grâce à l'architecture rustique de ses maisons, qui témoignent des méthodes

ancestrales des autochtones, telles que les modes et techniques de construction traditionnelles. Il

faut également prendre en compte le potentiel naturel qui caractérise la région, à savoir les

montagnes, la flore et les sources d'eau existantes.

Nous avons toutefois souligné que la population de la région est en diminution constante. Les

conditions de vie difficiles et surtout le manque évident d'infrastructures socio-économiques,

scolaires et de centres de formation ont conduit à l'émigration des habitants.

Notre vision ne se restreint pas à la sauvegarde du patrimoine, mais implique également une vision

durable et contemporaine de l'avenir de la région tout en préservant l'identité originale d'Ath Yala.

L'engagement de la communauté est crucial pour rétablir cette terre en péril de manière éthique et

durable, ce qui ouvre la voie à un tourisme durable.

Grâce à cette approche, la région aura un avenir prospère, où le patrimoine sera préservé pour les

générations à venir tout en offrant des possibilités de développement économique équilibré et

respectueux de l'environnement.

De cette manière, Guenzet pourrait servir d'exemple pour la réappropriation de l'espace

montagnard, souvent visé par la politique coloniale française en Algérie, destitué pour des raisons

capitalistes et de contrôle.

Notes et commentaires

1. La charte de Lanzarote : une charte européenne élaborée à Lanzarote (Espagne), le 28 avril 1995,

dans le but de promouvoir un développement touristique durable avec le soutien de l'UNESCO, de

l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), du Programme des Nations Unies pour

l'Environnement (PNUE) et de la Commission européenne. Cette charte définit les principes du

tourisme durable suivants : 1. Exploiter de façon optimale les ressources de l’environnement, 2.

Respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, 3. Assurer une activité

économique viable sur le long terme (BOUFENARA, 2024).

Mouloud GAID : « Les Beni-Yala », 1990. Charles André Julien, « l’histoire de l’Afrique du nord »,

1931. Ibn Khaldoun Histoire des Berbères, 1852.

2. Information donnée par M. Karim YAALOUI, Intéressé par le patrimoine de la région de

Guenzet, actif dans de nombreux domaines et auteur d’un livre en Amazighe : Tanehyuft d Wanza.

بلدة/-plus/com.fibladi://https : sur ڤنزاث ”إيث يعلى“... بلدة جزائريت فريدة في قلب طبيعت خالبت بـ 77 صورة 3.

جزائريت-فريدة-في-قلب-طبيعت-خالبت

4. Touiza : « Lm’awna » signifie une pratique de solidarité sociale caractérisée par le principe

d’entraide.


5. Si Ahmed Ben Abderrahmane-ou-Kerri : Il appartient à la noblesse de la région de Saqia al-

Hamra. Selon le récit d'Al-Hussein al-Warthlani, il aurait étudié à la ville de Fès, puis aurait

déménagé dans les territoires des Ath Yala (FRAD, 2010), dont la lignée remonte au Prophète à

travers sa fille Fatima Zahra (déclaration du cheikh de la zaouia).


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Les gens qui font mon village

Hadda, la porteuse d'eau

                             HADDA                  (Hadda Ubenathmane)                                         LA PORTEUSE D’EAU Hadda Uben...