lundi 6 avril 2026

Feuilles d'automne

 

Feuilles d'automne,  Guenzet : chronique des anciens et transmission orale.                                         

📚 Mes livres

Il existe des histoires que l’on lit… et d’autres que l’on ressent profondément.
À travers mes écrits, j’ai choisi de préserver la mémoire de celles et ceux qui ont façonné notre village.


LES FEUILLES D'AUTOMNE 

Un récit authentique, inspiré de la réalité et de la mémoire collective.

Ce livre donne vie à des personnages vrais, porteurs d’histoires souvent oubliées, mais profondément ancrées dans notre identité.

🔎 Aperçu :

                               Dda Kassa Uabbas, Belkacem Abbés

                                       Le vieux chêne.

"Aux dernières nouvelles, et d’après son petit fils, Dda Kassa a travaillé à Paris, chez CABLAF.Il est né le 19 mars 1903 et décédé en novembre 1978. Il était le fils de Bachir et de Baaziz Taous."

Il n’est pas venu à la prière du matin, ni à celle de la mi-journée. Ses amis, alors, s’inquiétèrent un peu plus. 
Et, contre toute attente, ils décidèrent de se donner du répit jusqu’à la prière du coucher.
Peut-être, se disaient-ils, ce n’est qu’une fatigue passagère, comme il en arrive à tous
les vieux.
Lui, qui ne manquait presque aucune prière commune avec les fidèles à la mosquée
Laaraf. Voilà maintenant une trentaine d’années qu’il avait pris sa retraite forcée.
Il avait alors décidé de son retour définitif dans son village natal, pour mourir parmi les siens.
Il était comme tous ces nombreux paysans qui avaient traversé la mer pour aller gratter encore les champs, ou pour arracher du combustible dans les mines de charbon d’Alsace-Lorraine, particulièrement en Moselle.
Comme tous ses semblables, il représentait une main-d’œuvre bon marché : docile,
obéissante, jeune et robuste.
Ces mineurs, aux visages imberbes, promettaient à leur femme et à leurs enfants
qu’ils allaient en France juste pour gagner un peu d’argent, puis rentrer !
Mais ils y restèrent presque indéfiniment.
Déjà en 1914, on ne dénombrait pas moins de mille cinq cents (1 500) Kabyles employés dans les mines du Nord-Pas-de-Calais, chiffre qui atteindra vingt-trois mille (23 000) en 1962.

Livrés à eux-mêmes, majoritairement analphabètes et célibataires, Ils découvrirent un environnement tout à fait différent du leur. Contraints de s’adapter, ils se regroupèrent en petites communautés, selon le village ou le hameau, afin de recevoir des nouvelles de leurs proches. Ils habitaient, le plus souvent, des cafés-hôtels tenus par des compatriotes.
Au rez-de-chaussée, des cafés maures contribuaient à maintenir les liens sociaux.
À l’étage, des logements assez exigus, généralement constitués d’une seule pièce
sans aucun confort, où s’entassaient plusieurs personnes.
Des logements qu’on appelait autrefois corons. 
Ce n’est que plus tard que les patrons firent construire des cités ouvrières, afin de fidéliser leur main-d’œuvre.
Les gueules noires arboraient toutes un visage dont les yeux étaient cernés par la suie.
Ils portaient une lampe de sécurité à tamis nu, du type « Davy », ou à cuirasse.
Leur tenue de travail, confectionnée dans un épais drap de lin blanc brut, était appelée JUPON, un tissu peu coûteux mais très résistant.
Chaussés d’espadrilles en corde, sans protection réelle pour ce métier dangereux, ils
portaient ce qui était courant à l’époque.
Les galibots — ces enfants apprentis mineurs —, quant à eux, étaient pieds nus. Les plus chanceux portaient des sabots de bois !
Les conditions de travail des mineurs de fond étaient exécrables, voire innommables.
Ils travaillaient six jours sur sept, de douze à seize heures par jour, à des profondeurs allant de trois cents (300) à mille mètres (1 000).
Dans une atmosphère poussiéreuse et sous une température variant entre vingt et
cinquante degrés.
C’était un univers à part, une profession indépendante de la lumière du jour ou des
saisons : on y travaillait tout le temps.
Le bruit était permanent,l’insécurité omniprésente : chute de pièces, machines qui
cassaient, risques de coups de grisou, d’inondations ou d’éboulements. La Faucheuse planait.
Abbés Belkacem, Dda Kassa (Belkacem), se donnait un plaisir à nous raconter, en détail, le quotidien des mineurs : une vie dure et dangereuse.
C’était comme s’il voulait nous faire sentir la misère dans laquelle il pataugeait, lui, les siens, et les ouvriers de la mine. Partager, c’était aussi s’alléger du lourd
fardeau qui pesait sur lui.
— « On ne mangeait guère à notre faim.........

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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— Lyazid Ouali, Guenzet, mémoire

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Farouk Brahimi


                        Farouk Brahimi.

"Portrait de Farouk brahimi , figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

La nouvelle tomba, lourde et douloureuse, en ce jour nuageux où le ciel semblait partager notre chagrin : notre ami et frère Brahimi Farouk nous a quittés subitement.

Son départ a profondément bouleversé tous ceux qui l’ont connu, tant il incarnait la bonté, la simplicité et l’attachement aux siens.

Farouk était le frère du défunt Nadir, parti lui aussi il y a peu, laissant déjà un grand vide derrière lui. Il était également le frère de deux sœurs : la défunte Ouadda, épouse du regretté Bahmed Mouloud, et Zahia, aujourd’hui durement éprouvée par la perte d’un autre être cher.
Issu d’une famille respectée et aimée de tous, Farouk était le fils de Déloula Bahmed, sœur de Mokrane, une femme reconnue pour sa sagesse et sa bienveillance, et de Mahmoud, homme droit et estimé.


Que Dieu t’accueille en Son vaste Paradis, Farouk, et t’accorde Sa miséricorde infinie.
Tu resteras à jamais vivant dans nos cœurs et nos prières.


09 0COBRE 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Idris Abderrahmane.

                       

Adieu Idris, une icone du village.


"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."


Idris Abderrahmane s’en est allé, ce matin, tel une colombe blanche prenant son dernier envol, paisible et silencieux, vers les cieux infinis. Sa disparition a laissé derrière elle un vide doux-amer, semblable à une chanson interrompue avant son dernier couplet.


Fils de Dda Smaïel, il incarnait la modestie et la bonté mêmes : un homme effacé, discret dans ses gestes, mais lumineux par sa présence. Partout où il se trouvait, sa présence résonnait comme un clairon, éveillant la vie autour de lui. Infatigable au travail, il savait unir la simplicité du cœur à la profondeur de l’esprit.


Joyeux compagnon des jours ensoleillés, Idris répandait la bonne humeur comme on sème des graines de sourire. Sa voix résonnait souvent dans les ruelles du village, porteuse de cette chaleur humaine que l’on reconnaît entre mille.


Et puis, un matin, la nouvelle est tombée, légère et lourde à la fois ,Idris n’est plus.
On dit qu’il est parti sans bruit, comme il avait vécu : humblement. Son âme, légère comme la brume qui caresse les collines de son village kabyle, s’est élevée vers sa dernière demeure, laissant derrière elle des souvenirs qui ne faneront jamais.


Ceux qui l’ont connu savent qu’avec lui, c’est un éclat de fraternité et de bonté qui s’est éteint. Mais sa mémoire, telle une lampe bienveillante, continuera à briller doucement au seuil de nos cœurs.
Adieu Idris.


25 octobre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Mohand Saïd Haouza

                     

Adieu, Mohand Saïd. mémoire et dignité d’une vie kabyle


"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Mohand Saïd Haouza… Le seul fait de prononcer son nom fait remonter un flot de souvenirs.
Fils d’Amar el Hocine, ce médecin de campagne respecté pour son dévouement, et de Saadia el Hocine, arrachée trop tôt à la vie dans un tragique accident près de Bouira. Le frère d’Abderrafik.
Professeur de langue arabe à l’université de Tizi-Ouzou. Mais au-delà des titres, Mohand Saïd était d’abord un homme d’une rare bonté : discret, lettré, toujours mesuré, et d’une compagnie qui apaisait l’âme.
Je me revois encore, enfant, assis sur les dalles fraîches de la djamaa. Les yeux grands ouverts, suspendu à ses lèvres. Avec une patience infinie, il nous transportait au cœur des royaumes de la Berbérie ancienne, évoquant les rois et leurs épopées comme s’il les avait rencontrés lui-même.
Ses récits avaient la chaleur des veillées d’autrefois et la précision d’un érudit.
Et puis il y avait sa voix… Lorsqu’il psalmodiait le Coran, une voix douce, grave, un peu voilée par la nostalgie, c’était comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. Chaque verset semblait chargé d’une lumière intérieure.
Avec les années, Mohand Saïd s’était peu à peu retiré dans un monde qui n’appartenait qu’à lui, un monde de silence, de livres et de méditation. Je le croisais parfois, rarement, à Guenzet : toujours discret, presque furtif, comme une ombre bienveillante qui traverse le village sans faire de bruit. Et chaque rencontre me laissait un goût d’inachevé, comme si j’aurais dû m’asseoir, lui parler, l’écouter encore une fois.
J’aurais tant aimé le revoir… Passer des journées entières à absorber sa sagesse, écouter ses histoires, entendre cette voix qui berçait les souvenirs de mon enfance.
Il avait en lui un patrimoine immense, un savoir qui débordait, une mémoire vivante de notre culture.
Avec son départ, c’est toute Guenzet qui perd une encyclopédie humaine, un trésor silencieux.
Ainsi va le temps, implacable et mystérieux. Aujourd’hui, je ne peux que te dire adieu, Mohand Saïd. Que Dieu te bénisse, toi qui as tant donné sans jamais rien demander. Puisse ton âme reposer dans la paix que tu as toujours recherchée.
L.Ouali novembre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.


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Djili Bachir

                   

À l'ombre des ruches et des livres :

l'enseignant, qui parle aux abeilles.


"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Nb: Je me suis permis d’écrire sur cette personne parce que Bachir n’est pas un homme ordinaire pour moi. Il est d’abord mon ami, mais il est aussi l’enfant de mon patelin.

À travers lui, je retrouve un peu de ce que nous sommes, nous autres fils de cette terre.
Si je (re)prends la plume aujourd’hui, c’est parce que Bachir est un homme qui mérite non seulement l’estime, mais aussi la considération et le respect.
Sa droiture, son attachement à la vérité, sa simplicité et son amour du savoir en font un modèle discret, de ceux que l’on croise sans toujours mesurer leur valeur.
En cette date particulière, celle de la rentrée scolaire, mon hommage prend tout son sens. Car Bachir, avant tout, fut un enseignant.
Et à travers lui, c’est à tous les enseignants que je rends hommage.
Ceux qui, dans l’ombre, ont façonné des générations, transmis des valeurs, ouvert des horizons. Écrire sur lui, c’est rappeler que derrière chaque maître d’école se cache un bâtisseur silencieux, un artisan de la mémoire et du savoir.
Bachir est un homme retiré, presque effacé, qui a choisi de vivre en marge du tumulte du monde.
Sa maison, belle et bien entretenue, se dresse au bord de la route principale du village où chacun connaît la vie et les habitudes de l’autre.
Derrière ses murs, il mène une existence simple, mais riche d’une sérénité qu’il a longtemps cherchée.
Rigoureux, méthodique et d’un esprit profondément cartésien, Bachir a hérité du moule des enseignants dont il a longtemps porté la stature : lucide, pragmatique et d’une honnêteté sans faille.
Ce caractère droit et sans compromis a fini par l’isoler. Dans le village, beaucoup préfèrent les bavardages légers, les fanfaronnades et même parfois les mensonges enjolivés. Bachir, lui, se tenait loin de ces travers.
Cela expliquait pourquoi il n’aimait guère la compagnie et, réciproquement, pourquoi la compagnie ne l’aimait pas beaucoup non plus.
Depuis qu’il a pris sa retraite, il semble plus en accord avec lui-même et avec le monde. Libéré des contraintes de sa vie professionnelle, il prend soin de sa santé, de son foyer et consacre son temps à ce qui lui apporte vraiment du plaisir.
Ses journées se partagent entre la quiétude de sa maison et l’effort apaisant de la terre.
Dans sa petite chambre, qu’il a aménagée en bureau, il écrit longuement, consignant ses réflexions et ses expériences. Puis, à l’extérieur, il retrouve ses champs qu’il cultive avec passion, convaincu que le travail de la terre purifie l’esprit.
Mais ce qui occupe le plus son cœur et son attention, ce sont ses ruches d’abeilles. Patient et attentif, il s’en occupe comme on veille sur un trésor vivant, observant chaque mouvement, anticipant les besoins de ses colonies. Ce n’est pas un simple passe-temps, mais une véritable école de patience et de sagesse.
D’ailleurs, son premier livre publié en témoigne : un manuel précis, clair et détaillé, où il partage généreusement son savoir.
On y trouve des conseils pratiques, des avertissements contre les pièges courants et des méthodes éprouvées pour bien gérer une ruche, dans l’espoir d’obtenir, au fil des saisons, des récoltes abondantes et de qualité.
Chaque matin, Bachir se lève avant même que le coq du voisin ne brise la nuit de son chant. Il affectionne ces instants où le village sommeille encore, enveloppé dans un silence presque sacré, seulement troublé par les pas furtifs de quelques chiens errants.
Après s’être purifié, il marche calmement vers la mosquée pour accomplir la prière de l’aube, puis regagne aussitôt sa maison, l’esprit apaisé.
Dans sa cuisine, il prépare son café noir, fort et amer, qu’il savoure seul, accoudé à la fenêtre donnant sur la route. De là, il contemple les premières lueurs du jour s’étirer doucement sur les collines environnantes.
Chaque matin, ce spectacle le conforte dans son choix de vie : rien au monde ne pourrait remplacer cette sérénité.
Une fois son café terminé, il rejoint son petit bureau, une pièce étroite mais méticuleusement rangée.
Les livres sont alignés, les cahiers empilés, les stylos posés à leur place exacte. Ce coin de la maison est son refuge intellectuel, là où il donne libre cours à ses pensées. L’écriture est devenue pour lui une respiration intérieure. Il y consigne pêle-mêle des réflexions sur la vie, des fragments de souvenirs ou encore des conseils techniques pour guider les apiculteurs novices. Chaque phrase porte l’empreinte de l’enseignant qu’il a été : claire, ordonnée, rigoureuse.
À la fin de la matinée, Bachir enfile son chapeau de paille et prend le chemin de ses champs. Sur la route, les villageois le croisent sans qu’il s’attarde à bavarder. Quelques-uns lui adressent un salut poli, d’autres se contentent de l’observer à distance. Bachir ne s’en offusque pas : il a toujours su qu’il n’était pas fait pour plaire aux foules. Dans son retrait, il a trouvé la liberté.
Parmi ses ruches, il se transforme. Ses gestes deviennent précis, empreints de patience et presque rituels. Il inspecte les cadres, suit du regard les abeilles affairées, écoute leur bourdonnement comme on écoute une mélodie rassurante. Parfois, il leur parle à voix basse, comme à des confidentes fidèles, leur confiant ses doutes, ses projets d’écriture, ses états d’âme. L’organisation méticuleuse de ses abeilles lui rappelle la discipline qu’il exigeait jadis de ses élèves : une rigueur naturelle, une harmonie fondée sur l’effort collectif.
Lorsque le soir tombe, Bachir regagne sa maison, le cœur léger. Il retrouve sa famille dans la sérénité. Alors que beaucoup d’hommes du village peuplent les cafés de leurs discussions bruyantes et parfois futiles, lui choisit le calme discret de son foyer. Après le dîner, il reprend ses cahiers ou sort s’asseoir sur le banc en pierre, devant sa porte. Là, il contemple le ciel étoilé, laissant ses pensées vagabonder.
À cet instant, il est convaincu que la vérité ne se trouve pas dans les discours bruyants des hommes, mais dans le silence profond de la nature.
Avec le temps, son livre sur l’apiculture, rédigé d’abord pour lui-même, s’est mis à circuler dans le village. Intrigués, certains l’ont lu et ont découvert un Bachir pédagogue, généreux de ses savoirs, bien loin de l’image d’homme froid et distant qu’ils lui attribuaient.
Quelques villageois, encouragés par cette lecture, sont venus solliciter ses conseils pour se lancer à leur tour dans l’élevage des abeilles.
Fidèle à son tempérament, Bachir n’en a tiré ni fierté ni gloire. Il s’est simplement contenté de transmettre, heureux à l’idée que ses écrits puissent servir, ne serait-ce qu’un peu, à d’autres.
Lui, qui me disait souvent, d’une voix basse et un peu lasse :
— « Les gens ne lisent plus… »
Je revois encore son regard, à la fois triste et lointain, comme s’il parlait d’un monde disparu, celui des livres et des idées. Chaque fois qu’il prononçait ces mots, il avait ce geste familier, la main effleurant le bord d’un vieux cahier ou d’un roman usé par le temps. C’était moins une plainte qu’un constat douloureux, une blessure qu’il portait en silence.
Ses yeux brillaient d’une mélancolie particulière, comme s’il mesurait l’abîme entre ce qu’avait été sa jeunesse – nourrie de lectures, de débats et de savoir – et ce présent où le papier se froisse dans l’oubli. Pour lui, lire n’était pas seulement un passe-temps, c’était une façon de vivre, de respirer, de comprendre le monde.
Et quand il disait que « les gens ne lisent plus », je savais qu’il parlait aussi de sa propre solitude, de ce fossé qui le séparait peu à peu des autres.
Aujourd’hui encore, cette phrase résonne dans ma mémoire comme une confidence qu’il m’aurait laissée en héritage.
À mon ami Bachir, à tous les enseignants et à tous les retraités sans exception, ainsi qu’à mes sœurs Naïma, Nabila… et à mes frères, qui n’ont cessé de m’encourager à écrire.
L. Ouali, 21 septembre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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mercredi 1 avril 2026

Abbes Hamid.


Abbes, le pont entre deux générations.

"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Abbes était un homme affable, cultivé et doté d’une intelligence vive. Toujours souriant, et jovial. Il savait mettre à l’aise ceux qui l’approchaient et se faisait rapidement apprécier pour sa générosité et sa bienveillance.
Son attachement à son village, et plus particulièrement à son quartier d’enfance, était profond et sincère. Chaque ruelle, chaque maison, chaque pierre lui rappelait des souvenirs chers, et il considérait ce lieu comme une partie intégrante de son identité.
Bien qu’il réside désormais dans la grande ville, loin du tumulte de son village natal, il ne manque jamais une occasion d’y revenir. Chaque fête, chaque cérémonie familiale, chaque événement marquant est pour lui un prétexte heureux pour retrouver les siens. Il aime se mêler aux villageois, partager leurs rires, leurs repas et leurs souvenirs, comme s’il n’avait jamais quitté ces lieux.
Pour lui, ces moments de joie et de bonheur passés en communauté sont précieux, presque sacrés, car ils lui rappellent ses racines et renforcent son attachement indéfectible à son village et à ceux qui l’habitent.
Abbes est également reconnu pour son dévouement sans faille envers la communauté. On le voyait souvent prendre part aux initiatives collectives, et tendre la main à ceux qui en avaient besoin.
Son engagement citoyen et sa solidarité en faisaient une figure respectée et écoutée par tous.
Au cœur de son quartier se dressait une vieille mosquée, témoin de plusieurs générations. La construction de la mosquée appelée « El Djamaa El Djamoua » remonte à plusieurs siècles. Édifiée par les ancêtres avec des moyens rudimentaires mais une volonté inébranlable.
Cette mosquée, flanquée de son minaret à l’architecture typiquement berbère, a défié le temps et les générations pour parvenir jusqu’à nous. Ses murs, patinés par le temps, racontent une histoire faite de foi, de solidarité et d’héritage spirituel.
Bien plus qu’un lieu de prière, elle représente un véritable patrimoine collectif, témoin vivant de la mémoire des anciens et de la continuité des traditions transmises de père en fils.
Ce lieu représentait aussi un espace de rencontre, où les hommes se réunissaient après la prière du soir pour discuter, échanger des nouvelles et débattre des affaires de la communauté.
La mosquée incarnait à la fois la foi, la tradition et la cohésion sociale.
Mais avec le temps, l’édifice, usé par les années, montrait des signes de fragilité. Conscients de son importance symbolique et spirituelle, Abbes et quelques hommes de bonne volonté prirent l’initiative de réfléchir à une rénovation.
Après plusieurs discussions et consultations, ils se rendirent compte que les réparations ne suffiraient pas à garantir la pérennité du lieu. La décision fut alors difficile mais unanime : il fallait démolir l’ancienne mosquée et en bâtir une nouvelle, plus solide, plus spacieuse et adaptée aux besoins de la communauté.
Ce projet marqua un tournant décisif dans la vie du quartier et renforça encore l’image d’Abbes comme un homme visionnaire, attaché à la transmission du patrimoine et à l’avenir de sa communauté.
Une fois la décision arrêtée, le quartier tout entier se mit en mouvement, animé par un même élan de solidarité. Hommes, jeunes et anciens, chacun voulait apporter sa contribution à ce projet collectif.
Dans cette effervescence, Abbes s’imposa naturellement comme le pilier central de l’initiative. Son charisme, sa capacité à rassembler et son sens inné de l’organisation faisaient de lui un guide respecté et écouté.
Mais Abbes n’était pas de ceux qui se contentent de donner des instructions de loin. Bien au contraire, il était toujours en première ligne. Lorsqu’un problème surgissait, il s’empressait de le résoudre avec calme et efficacité. Quand il fallait accomplir des démarches administratives ou frapper aux portes des institutions, il s’en chargeait personnellement, usant de patience et de persuasion. Et pour collecter les dons nécessaires à la réalisation de la nouvelle mosquée, il n’hésitait pas à parcourir les villages voisins, à solliciter les bienfaiteurs et à rappeler aux habitants l’importance de contribuer, chacun selon ses moyens.
Son énergie, sa disponibilité et son engagement sans faille donnaient confiance aux autres et les poussaient à s’investir davantage. Grâce à lui, le projet ne resta pas une simple idée, mais devint une réalité en marche, portée par la foi, la volonté et l’unité du quartier.
Les travaux commencèrent par la démolition de l’ancienne mosquée. Ce fut un moment chargé d’émotion : certains anciens avaient le cœur serré de voir disparaître un lieu où ils avaient prié toute leur vie, mais Abbes les rassurait avec des paroles simples et sincères :
- « Nous n’effaçons pas notre mémoire, nous la renforçons. Cette mosquée continuera de vivre à travers la nouvelle que nous allons bâtir. »
Ces mots redonnèrent confiance et permirent à chacun de percevoir ce projet non comme une perte, mais comme une continuité.
Très vite, l’espace fut déblayé et les fondations de la nouvelle mosquée furent tracées. L’ambiance qui régnait sur le chantier était à la fois studieuse et festive. On entendait les coups des marteaux, le bruit des pelles, mais aussi les éclats de rire, les chants traditionnels que certains entonnaient pour alléger la fatigue.
Les femmes du quartier participaient elles aussi à leur manière : elles préparaient de grands plats de couscous, de la galette chaude et du thé brûlant pour nourrir les ouvriers. Les enfants, émerveillés, venaient observer et ramassaient les petits débris pour aider à leur échelle.
Le projet devint bien plus qu’une simple construction : il transforma le quotidien du village. On ne parlait plus que de cela dans les assemblées, les discussions au café ou même sur les chemins menant aux champs. Chacun se sentait responsable de l’ouvrage et fier d’y apporter sa pierre, qu’il s’agisse d’un effort physique, d’une contribution financière ou d’un simple encouragement.
Lorsque les murs commencèrent à s’élever, un sentiment d’unité et de fierté parcourut tout le quartier. La nouvelle mosquée n’était pas encore achevée qu’elle appartenait déjà à tout le monde, symbole d’une solidarité sans faille et d’un avenir commun. Et au centre de cette dynamique se trouvait Abbes, discret mais déterminé, donnant à chacun l’exemple d’un homme guidé par l’amour de sa communauté et la foi en des valeurs de partage et de fraternité.
Abbes, l’infatigable fonceur, toujours tourné vers l’avenir, incarne à merveille le lien vivant entre le passé et le présent.
Par son énergie, son dévouement et son attachement aux valeurs de ses aînés, il unit l’ancienne génération à la nouvelle. En lui se reflètent la solidarité d’autrefois et la vitalité d’aujourd’hui . Un bel exemple de continuité et de fidélité à l’esprit du village.
L.Ouali octobre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante;

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    . Bouznad Mohand Ameziane


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L'olivier et le figuier.

                                         Les arbres mythiques:
L'olivier et le figuier.


"Si vous êtes ici, ce n’est pas un hasard. Prenez le temps de lire. De ressentir. De vous souvenir. Car au fond, ces histoires ne parlent pas seulement de Guenzet. Elles parlent de nous tous."

Depuis mon enfance, une interrogation tenace hante mon esprit : pourquoi donc les anciens Kabyles plantaient-ils toujours l’olivier et le figuier côte à côte ?
Cette image, si familière dans nos villages, n’a jamais cessé de me tarauder. Était-ce un simple hasard agricole, une habitude transmise sans réflexion, ou bien un geste porteur de sens, de mémoire et de sagesse ?
Qu’est-ce qui poussait réellement nos ancêtres à associer ces deux arbres dans un même espace ?
Pourquoi, à travers les générations, le Kabyle s’est-il identifié si fortement à l’olivier et au figuier, au point que ces deux symboles végétaux semblent incarner son identité profonde ?
Existe-t-il une ou plusieurs raisons cachées derrière cette proximité, où se mêleraient la nécessité de nourrir, le respect de la nature et une vision presque spirituelle du monde ?..
Alors, je me suis décidé à entreprendre mes propres recherches, dans l’espoir de découvrir un fragment de vérité. Peut-être, pensais-je, qu’en fouillant patiemment, je finirais par trouver une explication.
Comme je suis d’un tempérament méthodique, avec un esprit que l’on pourrait dire cartésien, j’ai choisi d’aborder ces deux arbres « suspects » avec rigueur, comme s’ils cachaient un secret à percer.
Je me suis ensuite tourné vers les anciens, les gardiens de la mémoire. Leurs paroles, parfois simples, parfois voilées de mystère, laissaient entrevoir que l’olivier et le figuier ne sont pas de simples arbres : ce sont des compagnons de vie, enracinés dans la culture et l’imaginaire kabyle.
L’un nourrit par son huile, claire et pure, l’autre apaise par la douceur de ses fruits.
L’un symbolise la persistance, l’autre la générosité.
Puis, je me suis plongé dans les récits, les proverbes et même les textes sacrés où ces deux arbres reviennent comme des motifs éternels.
L’olivier y incarne la paix, la lumière et la longévité. Le figuier, quant à lui, évoque la fécondité, l’abondance et l’accueil. Ensemble, ils composent une sorte d’alliance spirituelle, une leçon de sagesse que nos ancêtres ont voulu graver dans la terre et transmettre à leurs descendants.
Et plus j’avançais dans mes recherches, plus je sentais que ces arbres parlaient un langage silencieux. Ils racontaient l’histoire d’un peuple enraciné dans sa montagne, qui savait que pour survivre il fallait associer la rigueur et la tendresse, la patience et la générosité.
Ainsi, au fil de mes recherches, une évidence s’imposait à moi : l’olivier et le figuier ne sont pas de simples voisins dans les champs kabyles, ils sont de véritables compagnons de route, faits pour cohabiter. Dans ces montagnes rudes et généreuses à la fois, leur union n’est pas un hasard, mais un pacte silencieux.
L’olivier, solide, au tronc noueux et au feuillage persistant, veille comme un sage. Il supporte la sécheresse, résiste aux vents, et offre son huile précieuse, véritable or liquide.
À ses côtés, le figuier déploie ses larges feuilles et ses fruits doux, gorgés de soleil. Il apporte une ombre légère, une fraîcheur bienvenue, comme une caresse au milieu des étés brûlants.
Ensemble, ils forment une alliance subtile : l’un protège, l’autre adoucit ; l’un nourrit la lampe et le pain, l’autre rassasie l’enfant et le voyageur.
Leurs racines plongent dans la même terre, leurs branches se frôlent parfois, et c’est comme s’ils se parlaient dans un langage secret que seuls les anciens savaient entendre.
Le figuier protège naturellement l’olivier.
Car la mouche de l’Olivier, l'une des plus
grandes menaces pour l’olivier est irrésistiblement attirée par l’arôme sucré des figues. En s’approchant et en touchant le fruit du figuier, l’insecte meurt : le suc de figue agit comme un piège létal naturel. Ainsi, planter un figuier tous les quatre oliviers pour maintenir la population de mouches sous contrôle, permet de le contrôler sans pesticides ni produits chimiques. Uniquement par la puissance de la nature pour protéger les récoltes de façon organique, durable et ancestrale.
Alors, dans chaque village, leur présence côte à côte était une promesse : celle de la continuité, de la paix et de l’abondance.
Ils rappelaient au Kabyle que la vie ne peut être complète que lorsqu’elle marie la force et la douceur, la patience et la générosité.
L.ouali décembre 2025.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.


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Les gens qui font mon village

Hadda, la porteuse d'eau

                             HADDA                  (Hadda Ubenathmane)                                         LA PORTEUSE D’EAU Hadda Uben...