mercredi 1 avril 2026

Les Ait Ahmed Ouyoucef

                                   2eme Partie

                       LES AIT AHMED OUYOUCEF

                        LAHDADA OU LE BASSIN

                             DES FORGERONS.

"Mais au-delà de la mémoire, il y a aussi une transmission. Car un peuple qui oublie ses racines devient fragile.

Et un village sans mémoire devient un simple lieu."

Nous entamons à présent un deuxième chapitre, après avoir consacré le premier à Bouzoulith et à son satellite Thaddarth. Il sera dédié aux Aït Ahmed Ouyoucef, aujourd’hui connus sous le nom de Lahdada.

C’est un chapitre dense, qui retrace les origines des habitants du bassin des forgerons, et que j’espère à la fois instructif et riche en informations.
Amdoun ihaddaden, ou les Aït Ahmed Ouyoucef.
De coutume, les habitants de Guenzet ne se définissent pas d’abord par le nom de leur village. Leur premier réflexe identitaire est ailleurs : ils se rattachent spontanément à l’une des trois grandes fractions qui structurent traditionnellement l’organisation sociale locale.
Cette manière de se présenter en dit long sur l’importance des lignées et des appartenances familiales dans la mémoire collective.
La première fraction est celle des Ouled Sidi Amar (Des marabouts?), ses membres sont principalement établis à Thaddarth, Bouzoulith et Ouaouchia. Ces quartiers forment un ensemble humain lié par des attaches anciennes, des alliances familiales et une histoire partagée.
La deuxième fraction regroupe les Aït Ahmed Ouyoucef, qui résident à Amdoun Ihaddaden , plus connu aujourd’hui sous le nom de Lahdada.
Cette appellation ancienne rappelle l’implantation originelle de la lignée, bien avant que le lieu ne prenne le nom associé aux forgerons.
Enfin, la troisième fraction correspond aux Aït Auref, dont le nom s’est progressivement transformé dans l’usage populaire pour devenir Laraf.
Cette fraction occupe principalement Tanaqoucht, territoire connu pour ses petites terres cultivables travaillées à la main.
Ainsi, à Guenzet, l’identité ne se limite pas à un ancrage géographique. Elle repose avant tout sur une appartenance lignagère, transmise de génération en génération.
Dire d’où l’on vient, ce n’est pas seulement nommer un lieu, c’est affirmer une filiation, une histoire et une place dans l’équilibre ancien de la communauté.
Ainsi, Amdoun Ihaddaden, que l’on peut traduire par le bassin des forgerons, était autrefois un lieu étroitement lié au savoir-faire artisanal et à la métallurgie traditionnelle.
Le mot Ihaddaden, en kabyle, signifie tout simplement les forgerons. Cette appellation reflète l’importance majeure qu’occupait autrefois ce métier dans la vie économique et sociale du village. La forge des Chergui en demeure d’ailleurs un témoin concret.
Avec le temps, l’usage du nom s’est simplifié : de Amdoun Ihaddaden, on est passé à Ihaddaden, puis, par évolution phonétique et usage populaire, à Lahdada, nom sous lequel l’endroit est aujourd’hui le plus connu. Cette transformation linguistique reflète un phénomène fréquent dans la toponymie kabyle, où les désignations liées aux métiers ou aux lignées finissent par devenir des noms de lieux à part entière.
Il est également important de rappeler que ce territoire portait toujours une identité : appelé les Aït Ahmed Ouyoucef, du nom d’une ancienne lignée ou fraction familiale installée dans la région.
Ainsi, Lahdada n’est pas seulement un nom géographique : c’est la trace vivante d’une histoire sociale, artisanale et familiale, où se croisent lignées anciennes et métiers traditionnels.
L’accès à Lahdada se fait par plusieurs chemins, chacun chargé de mémoire et de sens, au point que la manière d’indiquer la direction dépend souvent du quartier d’origine de celui qui parle.
En venant de Tanaqoucht, ces petites parcelles cultivées à la main , accrochées à la terre avec patience, on emprunte deux étroites ruelles qui finissent par déboucher sur Lota n’Souk, l’esplanade plate qui accueillait le marché hebdomadaire.
Ce lieu constituait un véritable cœur économique et social, un point de rencontre naturel pour les habitants des alentours.
Depuis la route de Zemmoura, en passant par Zaâti, le chemin conduit progressivement vers la grande place du village, espace ouvert où convergent plusieurs artères et où se déroulaient les grands rassemblements.
En descendant de Bouzoulith ou de Thaddarth, on rejoint la placette, centre vivant de Lahdada, dominé par la silhouette imposante de la mosquée El Djamaa El Djamouaa, qui semble veiller sur le village.
Par la route de Lafayette, on arrive également à cette même placette. C’est là que stationnait autrefois le bus de la compagnie Mottaz, un détail qui rappelle l’époque où ce point faisait le lien entre le village et l’extérieur.
En venant de Souk Ouadda, le trajet passe par le cimetière d’Ighil Larbaa, la crête du marché du mercredi, puis par Tibrahin, ces aires aménagées pour faire sécher les figues, témoins d’une activité agricole saisonnière essentielle à la vie locale. Ce chemin ramène lui aussi vers Lota n’Souk, le pôle majeur du village.
Ainsi, selon son point de départ, chacun décrit le trajet à sa manière. Les habitants de Thaddarth et de Bouzoulith disent qu’ils « descendent à la placette ». Ceux de Tanaqoucht parlent plutôt d’aller « vers les Aït Ahmed Ouyoucef », en référence à l’ancienne dénomination du lieu. Quant aux Ouaouchia, ils situent souvent leur direction par rapport à Guenzet.
Ces différentes façons de se repérer ne sont pas de simples indications géographiques : elles racontent l’histoire des quartiers, des lignées et des usages, et montrent combien l’espace de Lahdada est intimement lié à la mémoire de ses habitants.
Les deux grandes branches de Maadid.
Les Aït Ahmed Ouyoucef, établis à Lahdada, tirent pour la plupart leurs origines des Hauts Plateaux, notamment des régions de Maadid. Actuellement, Maadid se trouve dans la région des Hauts Plateaux, dans la wilaya de M’Sila. À proximité, des reliefs plus marqués comme le Djebel Maadid. De Aït Laâlam, Tassameurt et Aïn Oulmène.
Leur histoire s’inscrit donc dans un mouvement ancien de déplacements et d’implantations qui ont façonné la composition humaine de Lahdada.
Parmi leurs ancêtres venus des Hauts Plateaux, on distingue deux grandes branches principales issues de Maadid.
La première branche, est celle des Aït Oucharara,(un des fils de Djeddi Yalla) dont la descendance est aujourd’hui représentée principalement par les familles Cherara et Benyahia. Ces lignées ont conservé la mémoire de leurs attaches tribales et constituent un noyau important au sein du groupe.
La seconde grande branche est celle des Aït Messaoud, également appelés Imessaouden. De cette lignée sont issues plusieurs familles connues : Guendouz, Azzouz, Ouarezki, Sadoun et Cherbal. Ensemble, elles forment un autre pilier essentiel de la présence des Aït Ahmed Ouyoucef à Lahdada.
Ainsi, à travers ces deux rameaux majeurs, se dessine une filiation claire reliant Lahdada aux terres des Hauts Plateaux, témoignant de liens anciens, de solidarités familiales et d’une mémoire commune toujours vivante.
Viennent ensuite les Aït Ouslimane, dont la présence est aujourd’hui représentée principalement par la famille Aïssa. Selon la mémoire transmise, cette lignée s'est établie par la suite à Bouzoulith, marquant ainsi une étape importante dans son parcours et son implantation.
On trouve également les Aït Layadi, représentés par la famille Layadi, qui perpétue le nom et l’héritage de cette branche au sein de la communauté.
À leurs côtés figurent les Aït Alili, dont la descendance est portée par la famille Alali, autre lignée reconnue dans la structuration des familles issues de cette origine.
-La deuxième grande branche : les Aït Chergui
Les Aït Chergui, un groupe important qui se divise en deux grandes sous-branches distinctes.
La première regroupe les Aït Chergui proprement dits, représentés aujourd’hui par les familles Cherragui et Cherikh. Ces familles constituent le noyau central de cette lignée et en portent directement le nom.
La seconde sous-branche est celle des Aït El Hadj Arezki, également connus sous le nom d’Iquemouchen. Cette lignée est représentée par plusieurs familles : Zerrati, Yalla, Cherrar, Ammouche, Hammouche et Chaoui.
Cette branche trouve ses origines dans les régions de Taqliht, Tassameurt et Aïn Oulmène, ce qui confirme, une fois de plus, les liens anciens entre ces familles et les territoires des Hauts Plateaux.
-La troisième grande branche est constituée par les Aït Ben Athmane.
Cette lignée est aujourd’hui représentée par plusieurs familles qui en perpétuent le nom et l’héritage : Moudda, Sadaoui, Atoum, Otmani, Cheddad et Zenati.
-Vient ensuite la quatrième grande branche, celle des Aït Merfed. Cette lignée est originaire de plusieurs localités, notamment Guergour, Fréha, Akbou et Aghdan n’Salah. Elle est représentée par les Aït Merfed proprement dits, c’est-à-dire les familles Merfed et Hamoum, qui en constituent le noyau principal.
À leur suite figurent les Aït Bouriche, représentés par la famille Ahcène. On trouve également les Begaga, connus sous le nom de Amirat, qui forment une autre composante issue de cette même souche.
Les Aït Amirat, quant à eux, sont représentés par la famille Kedri, perpétuant cette appellation à travers leur patronyme.
On compte aussi les Aït El Kharoubi, représentés par la famille Kharoubi, ainsi que les Aït Braham, dont la descendance est portée par la famille Bensaïd.
Dans le même ensemble figurent les Aït Ouafi, représentés par la famille Ouafi, ainsi que les Ikarramen, identifiés aujourd’hui à travers la famille Akroun.
Enfin, on retrouve les Adjer, représentés par la famille Adjar, et la famille Frihi, qui fait également partie de cet héritage familial et pour clore cette énumération on cite les Mahrour représentés par les Zelidj et les Ait Zetoutou par les Zetoutou.
-La cinquième branche est celle des Aït Hama. Elle se compose de deux sous-branches principales.
La première sous-branche regroupe les Aït Hamma, représentés aujourd’hui par les familles Hamat, Hamma et Hamane, qui perpétuent le nom et la lignée de ce groupe.
La seconde sous-branche est celle des Aït Cheikh, dont la descendance est représentée par la famille Tahraoui.
-Vient ensuite la sixième branche des Aït Ahmed Ouyoucef, une lignée que l’on aurait historiquement dû retrouver à Thaddarth et à Bouzoulith. Il s’agit des Ihlache, aujourd’hui représentés par les familles Halouche, Hallouche et Brahimi, qui en perpétuent le nom et l’héritage.
Cette lignée tire ses origines de Tighert n’Etgejda, territoire d’où seraient partis les ancêtres avant leur implantation ultérieure dans d’autres localités.
-Nous arrivons à la septième grande branche, celle des Iguaouaouene, dont l’origine remonterait probablement à Djemaa Saharidj.
Cette lignée s’est transmise à travers deux sous-branches principales.
La première est celle des Aït Bouyoumit, représentés aujourd’hui par la famille Hamid, qui perpétue l’héritage de cette souche.
La seconde sous-branche regroupe les Iguaouaouene proprement dits, représentés par les familles Gaya et Ghaoui, qui maintiennent vivante la mémoire et l’identité de cette lignée.
-La huitième grande branche des Ihaddaden est issue en grande partie des Maâdid, avec également des apports de Zemmoura, d’El Main et de Qualaat Béni Hamad. Elle se divise en plusieurs sous-branches.
On trouve d’abord les Ihaddaden proprement dits, représentés par les familles Haddad, Haddadi et Kefif. Viennent ensuite les Amaouche, perpétués par les familles Amaouche et Maouche. Les Aït El Hadj Yahia regroupent les familles Yahou et Bacha.
Parmi les autres lignées figurent les Aït Khichane (famille Khichane), les Aït Ouchabane (familles Chabane et Akroum), ainsi que les Ben Chakou, aujourd’hui connus sous le nom de Mechakou, originaires de Zemmoura.
Les Aït Boukhalfa, venus des Bibans, ainsi que de Béni Laâlam, sont représentés par la famille Boukhalfa.
Les Kassa M’mehand regroupent les familles Ababou et Rachedi. Viennent ensuite les Zerarga (famille Ourabia), les Imallalen, les Ouyahia et les Aït Enser, représentés par la famille Nezar.
-Enfin, on termine avec la neuvième grande branche, originaire de la Qalâa des Béni Hammad, représentée par les Boutserou, aujourd’hui connus sous le nom de famille Bousou.
Merci à vous.

#lesgensquifontmonvillage#Lahdada#Guenzet#lyazidouali#memoire#kabylie.

L.ouali février 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Bouzoulith et Thaddarth.

                                                  1ere partie

Bouzoulith et Thaddarth.

" Chaque texte est une tentative de retenir ce qui fuit. Chaque mot est une résistance à l’oubli."

Ce qui suit est extrait des travaux de M. Poisson, militaire et ancien directeur de l’école de Guenzet en 1952, ainsi que de la thèse de doctorat de Mesmene Salah.
Cette partie est spécifiquement consacrée à Bouzoulith et à son satellite Thaddarth, à la demande de notre sœur Ghada, originaire de Bouzoulith.
Le pays des Aït Yaâla n’Tzemmourine, à distinguer des Aït Yaâla de Maillot, Touviret ,Bouira, est situé à l’extrémité ouest du Guergour. Cette région occupe une position stratégique, à la croisée des chemins reliant Sétif, Bordj Bou Arreridj et Bougie.
Le territoire des Ikhlidjen (les hameaux) comprend Guenzet et cinq hameaux réunis :
Bouzoulith, (Buzulit), rocailleux, rattaché à son satellite Thaddarth (le village), Amdoun Ihaddaden (le bassin des forgerons), appelé aujourd’hui Lahdada, Thanaqucht (le petit terrain cultivable à la pioche) et enfin Ouaouchia.
Autrefois, pour se rendre à Thaddarth, on empruntait un chemin pierreux qui menait successivement à Hioua, à la mosquée de Sidi Salah, puis à Asquif Ouahlouche (le passage couvert d’Ahlouche), L’Hara Bouâda (la maison d’en bas), Tiguerth Ibawen (le champ de fèves), Targa L’Koucha (la rigole du four), Tisoufa (les petits tisons), Imezouagh (les terrains rouges) et Tikhribin (les petites ruines), avant d’aboutir enfin au cimetière de Sidi Louadeh.
Quant à Bouzoulith, l’itinéraire débutait par Targa Amrane (la rigole d’Amrane), se poursuivait par Thazrart (le terrain schisteux), L’Djemaa Bouâda (le lieu de réunion d’en bas), Cherahen (le terrain schisteux nu, dépourvu de végétation), puis L’Djemaa Oufella, avant de rejoindre Targa L’Koucha et, enfin, l’Houch (la ferme).
Origines des familles de Bouzoulith et de Thaddarth.
De nombreuses familles se sont établies à Bouzoulith et à Thaddarth, aux origines diverses. M. Poisson a dressé un arbre généalogique d’une précision et d’un détail remarquables, retraçant des lignées issues principalement de la Grande Kabylie, des Ouled Sidi Amar, des Béni Ourtilane, de Zemmoura et des Biban, entre autres.
*Première branche
La première branche est celle des Aït El Hadj Tayeb, originaires de la Grande Kabylie et des Ouled Sidi Amar, notamment de Béni Ourtilane. Elle est aujourd’hui représentée par les familles Bellouloud et Aït Mouhoub, incarnées par les noms Mostefai, Douha et Oumeziane.
À cette même branche se rattachent également :
les Aït Mehand Aouren, dits les Aouren,
les Aït El Hadj, dits les Nachi,
les Aït Ourtilane, les Adjout.
Deuxième branche
La seconde branche est celle des Imezguidhen, originaires de la Grande Kabylie, aujourd’hui représentée par les familles Khiar, Bourezki et Mezrac.
À cette même filiation s’ajoute la branche des Aït Oufella, originaires de Sidi Amar, représentée par les familles Boubekeur, Mazighi, Mezghiche, Hammache et Zioui.
Branche des Ikoutaf
La branche des Ikoutaf est représentée par un grand nombre de familles, dont le chef de file est Aktouf, suivi de Aktouche, Akroun, Attou, Mehani, Atif, Abdelatif, Saichi, Bellah, Berkane, Beloucif, Bensalem, Dami et Belbal.
Branches issues des Biban et de Zemmoura.
Une branche originaire des Biban et de Zemmoura se divise en trois sous-branches :
Lakhder Arab, représentée par Boukercha,
Salahdji, représentée par les Salahdji,
et Ibadjiouen, représentée par la grande famille des Badji.
Branches de Djemaa Saharidj et régions avoisinantes
Deux grandes branches, originaires de Djemaa Saharidj, des Biban, de Tassameurt, Aïn Oulmane et Riha, sont représentées par les Aït Kerri et les Aït Abdeslam.
Les Aït Kerri se subdivisent en quatre sous-branches :
les Aït Kerri proprement dits, représentés par les Bouabdallah,
les Aït Mouhoub Mouhoun,
les Aït El Kebir, représentés par les familles Ouseghir et Kerri,
et les Igaouaouen, représentés par Gaoua et Houria.
La seconde branche, celle des Aït Abdeslam, comprend les familles Abdeslam et Aouchiche, ainsi que la fraction des Iberktachen, représentée par Bektache et Benmalek.
Une troisième fraction, les Aït Belguerras — toujours issue de la branche Aït Abdeslam — est représentée par les familles Djerradi, Gueriane, Abdelaziz et Rezga.
Nous achevons l’exposé avec la branche des Aït Abdeslam, avant d’aborder les différentes fractions qui s’y rattachent.
Parmi celles-ci figurent les Aït Ouagagt, représentés par les Ouaglal ; les Aït Aouicha, comprenant les familles Batoul et Aouchiche ; les Aït Ougnana, représentés par les Guenane ; les Aït Tahar, incarnés par les Boukhari ; ainsi que les Aït Tachrift, représentés par les Tachrift, Boucherif et Abdelmoulmen.
S’y ajoutent la fraction Lafifi, représentée par les Lafifi, et celle des Guerouache, représentée par la famille Guerouache.
Toutes ces fractions ont pour origines les régions des Biban, de Bougie et de Maïn Issoumer.
Vient ensuite une autre branche, celle des Aït Sidi Moussa, divisée en quatre sous-branches :
-les Aït Sidi Moussa proprement dits, représentés par les Ghali et Moghraoui ;
-les Taouarest, représentés par les Tayaibi ;
-les Bellouti, représentés par Fatah et Meftah ;
-et les Ibouziden, représentés par les Bouzid.
Suit la fraction des Bouchemlal, représentée par les familles Anseur et Seddik.
La branche des Ibeyouchen est incarnée par Bioud et Bouchama, tandis que celle des Aït Louatiq est représentée par les Louti.
On retrouve également la branche des Aït Bessalah, représentée par les Salhi, celle des Artban, les Artban, les Aït Lekhal, représentés par les Kehal, ainsi que les Aït Benaïssa, représentés par les Benaïssa.
Enfin, la branche des Aït Zerrouk se divise en deux sous-branches : les Aït Zerrouk, représentés par les Zerrouki, et les Khalef.
À cela s’ajoute la branche des Aït Oubada, ou Ibadiyouen, représentée par les Mokhtari.
Ces denieres branches sont originaires de Bibans, Zemmoura ,et Mansourah.
Ces deux villages sont indissociables : on ne peut évoquer l’un sans faire référence à l’autre. Nichés côte à côte sur une pente raide et rocailleuse, difficile d’accès, telle une muraille infranchissable qui veille toujours sur Djemaa el djamouaa et
Lahdada.
Avec le temps, que reste-t-il de ces familles, autrefois si présentes ?
L. ouali janvier 2026.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Le pain à Guenzet.

                

Le pain à Guenzet.


"J’écris pour ceux qui ne parlent plus. Pour ceux que le temps efface lentement.
Pour ces gestes simples – une parole à la sortie de la mosquée, une présence au seuil d’une maison, un regard échangé dans le silence – qui composent la richesse invisible de nos villages."

Je vous le jure, et dites-le à tous ceux qui s’en souviennent encore : y avait-il meilleur pain que celui cuit au feu de bois, à l’époque de Hafri et de Bouboul ?
Puis vint l’introduction de la baguette à Guenzet, celle de Dda Abu, et avec elle une autre saveur, une autre habitude, mais toujours le même amour du pain partagé.
Ne me dites pas que le pain de la boulangerie a été concurrencé par le pain traditionnel fait à la maison. Chacun avait sa place, son odeur, sa mémoire. La baguette, elle, a toujours été appréciée à Guenzet, accueillie sans renier le pain d’antan, comme on accueille une nouveauté sans oublier ses racines.
Mais ce qui fait véritablement mal au cœur et tout le monde en est conscient, c’est de voir le boulanger de Guenzet directement concurrencé par le pain venu de Zemmoura. On étouffe ainsi le travail et l’emploi locaux. Face à cette concurrence déloyale, plusieurs courageux artisans ont été contraints d’abandonner rapidement ce métier.
Je me souviens du pain croustillant qui arrivait dans le bus de Dda H’foutou. On le regardait avec des yeux grands comme des boules de loto, la salive coulant déjà, pareille à l’eau vive de la fontaine d’Ighzer n’Tahala. Rien qu’à le voir, on avait faim, faim de pain et de ce moment-là, simple et sacré.
Souvenez-vous aussi : quand quelqu’un achevait la récitation du Coran, il ne la concluait jamais sans des beignets et des morceaux de pain coupés en rondelles, partagés avec respect et gratitude. C’était ainsi que se terminaient les choses importantes, dans la douceur et le partage.
Et ce pain ramené de Sétif… On l’accueillait avec tant d’amour, comme un hôte attendu. Ce n’était pas qu’un pain, c’était un lien, une joie, un souvenir qui, aujourd’hui encore, garde le goût de l’enfance et du temps béni.
Puis vint l’audace, puis l’indépendance, portées par des hommes qui ont piétiné la peur, qui ont osé briser les chaînes et marcher droit devant, sans détour ni soumission.
Le pain fit alors son entrée à Guenzet, né de la sueur et des mains courageuses de braves gens, de ceux qui bâtissent sans bruit mais avec honneur.
Mais chez nous, là où le bât blesse, et depuis toujours, persiste une hérésie tenace qui ronge toute la Kabylie : aimer l’étranger au détriment du nôtre.
Mépriser ce qui naît de nos terres, de nos mains, de notre histoire, pour encenser ce qui vient d’ailleurs. Une rage sourde, une blessure ouverte, qui refuse encore de cicatriser.
D’ailleurs, tout ce que je dis se vérifie chaque été, de manière flagrante, pendant les grandes vacances.
Guenzet et ses environs se remplissent alors, à ras bord, comme une gourde que l’on remplit de l’eau cristalline de Thighramt. Le village reprend vie, les chemins s’animent, les maisons fermées le reste de l’année s’ouvrent enfin.
Et pourtant, au lieu de s’en réjouir, certains résidents donnent l’impression de se sentir dérangés dans leur sommeil et leur tranquillité, comme si cette effervescence était une intrusion. Comme si ceux qui reviennent n’étaient plus d’ici, comme s’ils n’appartenaient pas à cette terre.
On oublie alors que ces “revenants” sont les enfants du pays, partis par nécessité, mais toujours attachés à Guenzet par le cœur, la mémoire et les racines.
Cette attitude révèle un malaise plus profond : la difficulté à accepter l’autre, même quand cet autre est des nôtres.
Une contradiction douloureuse dans une région bâtie sur la solidarité, l’hospitalité et le partage. Guenzet n’est pas une propriété privée ni un refuge figé dans le silence ; c’est une terre vivante, qui respire au rythme de ceux qui y vivent autant que de ceux qui y reviennent.
C’est lorsque les uns accepteront enfin leurs semblables, avec amour et fraternité, lorsque les fontaines se remettront à couler comme autrefois, lorsque le sourire reviendra illuminer les visages et que les cœurs s’ouvriront sans méfiance ni rancœur… alors, ce jour-là, tout reprendra son sens.
Ce jour-là, nous mangerons le pain béni de nos boulangeries, non pas seulement pour son goût, mais parce qu’il aura retrouvé sa vraie valeur : celle du partage, de la réconciliation et de l’appartenance à une même terre.
Ce pain-là sera la preuve que Guenzet aura renoué avec son âme.
Toutes mes excuses à mes chers compatriotes pour ce texte, volontairement abrupt et aiguisé, qui ne manquera pas de troubler certaines âmes sensibles.
Mais il est des vérités qu’il faut oser se dire, non pour blesser, mais pour se regarder enfin avec les yeux de la réalité et avancer sans faux-semblants.

Decembre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la memoire vivante.

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DdA Amar et le ramadhan

                    

Dda amar et le ramadan.

la mémoire du village


Dda Amar était un homme maigre comme un clou, sec et noueux, avec des traits tirés qui semblaient avoir été sculptés par le vent des montagnes.
Son corps frêle contrastait avec la tension permanente qui l’habitait. Nerveux, vif, d’un pragmatisme presque brutal, il allait droit au fait et ne s’embarrassait ni de détours ni de politesses inutiles.
Mais ce qui le transformait véritablement, c’était le mois de Ramadan.
À l’approche du croissant lunaire, une inquiétude sourde s’emparait de lui. Il redoutait ce mois sacré d’une crainte difficile à décrire, comme si chaque journée de jeûne était une épreuve qu’il devait affronter seul.
Durant cette période, il devenait irritable, presque ombrageux. Il se repliait sur lui-même, évitait les attroupements, fuyait les discussions. La moindre question, même anodine, suffisait à l’enflammer. Un mot de trop, un regard insistant, et sa voix montait, sèche, tranchante.
Les villageois, qui le connaissaient bien, avaient appris à respecter cette distance. On le saluait de loin, on écourtait les échanges, on le laissait à son silence. Pourtant, parmi eux, il y avait toujours quelques téméraires, des esprits malicieux qui ne pouvaient résister à la tentation de le taquiner.
Ils l’approchaient avec prudence, un sourire en coin, feignant la compassion tout en sachant pertinemment qu’ils appuyaient là où ça brûlait.
— Allons, Dda Amar, ne t’en fais pas… Il ne reste que quelques jours de Ramadan. Tu verras, ça passera vite !
Il les fixait, les yeux mi-clos, les mâchoires crispées.
— D’accord… répondait-il d’un ton sec. Et l’année prochaine, alors ?
Et il tournait les talons, laissant derrière lui un mélange de rires étouffés et de respect amusé.
Car Dda Amar faisait le carême, scrupuleusement. Il ne rompait pas le jeûne, ne transgressait pas la règle. Mais ce qu’il ne supportait pas, c’était l’absence de la cigarette.
Elle lui manquait comme une compagne fidèle. D’ordinaire, elle restait plantée au coin de ses lèvres, fine et fragile comme une brindille, prolongeant son visage anguleux.Sans elle, il semblait incomplet, désarmé, privé d’un appui invisible.
Le Ramadan lui retirait cette petite flamme familière et avec elle, une part de son équilibre.
Dda Amar était ainsi : fidèle à la tradition, mais en lutte permanente avec lui-même.
Février 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.


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La madeleine de Proust à l'Algérienne.

                                            

                              Souvenirs d'un été au bled.

"La madeleine de Proust à l'algérienne."



                            

"Je suis né dans une terre de montagnes, de silences et de mémoire.
Très tôt, j’ai compris que certaines histoires risquaient de disparaître si personne ne prenait la peine de les écrire."


Nous étions quatre amis, adolescents inséparables, liés par une amitié pure et joyeuse comme seuls les étés d’enfance savent en créer.
Nous passions nos journées à jouer au foot sur les terrains poussiéreux du village, riant aux éclats pour un but marqué ou un ballon égaré dans les champs ou dans le ravin de lota n'sport. Ce ballon, c’était presque un objet sacré : on l’achetait avec soin avant même de rejoindre le bled, comme s’il était le passeport indispensable de nos vacances.
Parfois, on se cotisait, chacun donnant ce qu’il pouvait, pour organiser un petit pique-nique au champs, ou sur une colline d’où l’on voyait tout le bled. On partageait tout : le pain, les rêves, les confidences et même les bêtises.
Chaque été, c’était le même rituel : dès la fin de l’année scolaire, on se retrouvait au village pour ne plus se quitter.
Trois mois entiers, jour pour jour, du premier au dernier des congés d’été, vécus ensemble comme une seule et même famille.
Et puis venait le jour du souk hebdomadaire. Ce jour-là, le mercredi, tout le village se transformait complètement. Les ruelles habituellement calmes s’animaient d’un tumulte joyeux : les cris des marchands, les rires, les appels, les ânes chargés de marchandises, les parfums de menthe, de figues fraîches ,de pain chaud et l'odeur enivrante de zlabia de Schoupi.
Le village bourdonnait alors,comme une ruche d’abeilles. C’était notre journée préférée, celle où tout semblait possible.
Un jour, l’un de nos amis, un vrai petit génie, débordant de malice et d’ingéniosité eût une idée surprenante : il proposa de travailler au café du centre du village comme serveur, le temps du marché.
Au début, on n’en revenait pas. Le voir avec un plateau à la main, courant entre les tables, nous paraissait incongru. Mais il semblait heureux, fier même.
À La veille du souk, il aidait déjà le propriétaire à ranger les tables, à remplir les frigos de bouteilles de jus et de limonades. Il préparait tout avec soin, conscient que le lendemain, les cafés seraient bondés.
Et c’était vrai : le jour du souk, on ne trouvait pas une seule chaise vide. Les gens venaient de partout, s’asseyaient pour se désaltérer, échanger les nouvelles et discuter des récoltes, des mariages ou des projets de la semaine.
Un matin, poussés par la curiosité, nous décidâmes d’aller le voir à l’œuvre.
Dès qu’il nous aperçut, il accourut vers nous, sourire aux lèvres, et lança fièrement :
— Alors, qu’est-ce que vous prenez, les gars ?
Nous nous regardâmes, un peu gênés, sans oser prononcer un mot. Aucun de nous n’avait la moindre pièce en poche.
Il le comprit aussitôt, d’un simple regard, et un léger sourire malicieux se dessina sur son visage. Sans attendre notre réponse, il s’éclipsa un moment, se dirigea vers le frigo, revint d’un pas léger et déposa devant nous trois limonades bien fraîches, encore perlées de condensation, mousseuses et dorées sous le soleil du midi.
Ah, les cidres ! Rien qu’à les voir pétiller, on en avait l’eau à la bouche.
Leur fraîcheur glissait dans la gorge comme une brise après la chaleur, et le gaz, en éclatant sous le nez, chatouillait les narines d’un parfum sucré et acidulé. C’était simple, mais pour nous, c’était le goût même du bonheur, celui des mercredis d’été au bled.
Puis, pour rendre la scène encore plus incroyable, il appela un de ses collègues et lui demanda de nous rendre la monnaie, comme si nous avions réellement payé.
On était bouche bée. Personne ne s’attendait à ça. Ce jour-là, il nous avait offert plus qu’une boisson : une preuve d’amitié sincère, pleine de malice et de générosité.
Depuis ce jour, c’était devenu une habitude. Chaque mercredi au souk, nous allions le voir, et il nous servait nos boissons avec le même sourire complice. Nous, de notre côté, faisions semblant de sortir nos pièces, juste pour la forme.
C’était notre petit secret, notre rituel d’amis. Et, comme on dit, la cerise sur le gâteau, c’est que tout cela finissait toujours par être payé...
Mais un jour, nous nous sommes regardés droit dans les yeux. Une question muette nous a traversés l’esprit : et si nos parents venaient à l’apprendre ?
À cet instant, sans même avoir besoin de longs discours, nous avons compris qu’il fallait arrêter. Nous avons donc pris la décision de ne plus y retourner, convaincus que cette activité n’avait rien d’honnête.
L’éducation que nos parents nous avaient transmise pesait lourd dans notre conscience et nous empêchait d’aller à l’encontre de nos principes. Certes, dans nos têtes d’adolescents, quelques regrets ont furtivement effleuré nos pensées ,la tentation, l’aventure, peut-être même un certain goût du défi. Mais ces hésitations se sont vite dissipées, balayées par un sentiment plus fort : celui d’avoir choisi la bonne voie et d’être restés fidèles aux valeurs que l’on nous avait inculquées.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai compris que notre ami, ce génie, était né sous le signe de la Balance : symbole d’équilibre, de justice et d’harmonie, mais aussi de charme subtil, de ruse élégante et d’un sens aigu de la stratégie cachée.
Et, comme un rituel immuable, nous nous donnions toujours rendez-vous à l’année suivante.
Je te salut génie!
Mars 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Quand meurt les figuiers.

                                                     Quand meurt les figuiers,

                                    l'embléme de la kabylie.




« L. Ouali écrit avec les mots de sa bibliothèque et les racines de sa propre terre. » 


Ils trônaient au milieu de la cour et juste à l’entrée de la maison comme d’anciens rois, enracinés dans la mémoire des lieux. Somptueux, majestueux, vastes comme des montagnes aux yeux d’un enfant, ils étendaient leurs branches généreuses au-dessus de la maison, offrant de l’ombre et une présence rassurante. À eux seuls, ils étaient des emblèmes. 
On aurait dit qu’ils veillaient, tels de grands frères silencieux, sur les autres arbres du jardin : le citronnier frêle, le pommier discret, l’abricotier capricieux. 
Tous semblaient vivre sous leur protection. 


Voilà près de trente ans qu’ils avaient été plantés par le frère, aujourd’hui disparu, comme si une part de lui-même s’était prolongée dans ces arbres. 
Au fil des saisons, les figuiers avaient grandi avec patience, s’élevant vers le ciel, s’enracinant plus profondément encore dans la terre et dans les cœurs. Chaque été, ils offraient leurs fruits avec une générosité inépuisable : des figues grosses, charnues, gorgées de soleil, sucrées à souhait. Ils nourrissaient la famille, les proches, les voisins, et même les passants. Ils ne refusaient rien à personne. 
Puis un jour, sans prévenir, le mal s’est installé. Une maladie sournoise, presque invisible, s’est glissée dans les veines du premier figuier. Il perdait ses feuilles une à une, puis son tronc se durcissait jusqu’à ce qu’il n’ait plus de sève. 
J’ai tenté de lutter, de le sauver, d’arracher la vie à la mort qui le rongeait. J’ai essayé les traitements, les produits, les gestes appris et ceux improvisés dans l’urgence. Mais déjà, le ver avait fait son œuvre, lentement, inexorablement, vidant l’arbre de sa sève, le condamnant à sécher sur pied. 


Puis, il ne resta du figuier qu’un tronc desséché et sans vie. Et puis, sans crier gare, le second figuier fut touché à son tour. Il mourut de la même façon. 
Aujourd’hui, il ne reste de ces géants que des troncs secs, noueux, figés dans une dernière posture de dignité. Des corps debout, mais des vies éteintes. 
Le silence a remplacé le bruissement de leurs feuilles, et l’ombre qu’ils offraient n’est plus qu’un souvenir. 
Hier, je me suis approché de l’un d’eux. Je l’ai longuement regardé, comme on regarde un être cher une dernière fois. J’ai posé ma main sur son écorce rugueuse, comme pour sentir encore battre un cœur disparu. C’était ma manière de le remercier pour tout ce qu’il nous avait donné, pour ses fruits, pour son ombre, pour sa présence fidèle. 
C’était aussi une façon de lui dire adieu. 


En baissant les yeux vers le sol, j’ai miraculeusement aperçu quelque chose. Là, au pied du vieux tronc, perçant la terre encore vivante, une petite tige verte venait de naître. Fragile, timide, mais déterminée. Une jeune pousse de figuier, qui s’élève lentement, sûrement. Telle une promesse. Une mémoire qui refuse de mourir. 


La tige sortait du sol, au pied du grand figuier désormais mort, une lumière d’espoir surgie des profondeurs de la terre. Fine, presque fragile, elle oscillait au moindre souffle de vent, mais dans cette fragilité se cachait une force tranquille, obstinée. On aurait dit qu’elle portait en elle un secret ancien, une mémoire silencieuse transmise par les racines invisibles du géant disparu. 
Je me suis accroupi près d’elle, le cœur serré et apaisé à la fois. 
Comment une vie pouvait-elle jaillir là où tout semblait fini ? 
Comment, sur cette terre marquée par la mort, pouvait naître une promesse aussi verte, aussi vibrante ? 


En la regardant de plus près, j’ai compris qu’elle n’était pas étrangère à ce lieu. Elle venait de lui. Du vieux figuier. De ses racines encore vivantes, encore ancrées dans le sol, refusant d’abandonner complètement. 
Le frère n’était peut-être pas parti tout à fait. Car cet arbre, planté de ses mains il y a des décennies, continuait à parler à travers cette jeune pousse. Comme si la terre elle-même refusait l’oubli. Comme si chaque racine murmurait : rien ne meurt vraiment tant que quelque chose persiste. 
Les jours suivants, je me suis mis à surveiller cette tige avec une attention presque paternelle. 


Chaque matin, avant même le café, j’allais lui rendre visite. Je dégageais doucement les petites pierres autour d’elle, j’humidifiais la terre lorsqu’elle devenait sèche, et parfois, sans m’en rendre compte, je lui parlais à voix basse. Des mots simples, sans importance apparente, mais chargés d’une tendresse que je ne savais pas contenir. 
Et elle grandissait. 


À peine visible au début, la tige prit peu à peu de l’assurance. Une deuxième feuille apparut, puis une troisième, d’un vert tendre, presque lumineux. Le soleil la caressait, le vent la testait, et elle résistait. Elle apprenait, comme un enfant, à tenir debout dans ce monde. Un matin, en la regardant, j’ai cru revoir le grand figuier d’autrefois. Non pas dans sa taille, il en était encore loin, très loin, mais dans cette manière de s’imposer doucement, sans bruit, avec une dignité naturelle. 


Il y avait quelque chose de familier dans son port, dans l’orientation de ses feuilles, dans cette manière de capter la lumière. Alors j’ai compris que je n’avais pas seulement assisté à une mort. J’avais assisté à une transmission. 


Le vieux figuier n’était pas parti, il s’était transformé. Il avait laissé derrière lui plus qu’un tronc sec : une continuité, une descendance, un souffle prolongé dans le temps. Et cette petite tige, que beaucoup auraient arrachée sans y prêter attention, portait en elle l’histoire d’une famille, d’un homme, d’une terre. 
Je me suis relevé, le regard posé entre le tronc mort et la jeune pousse. Entre la fin et le commencement. Ce qui semble disparaître continue parfois de vivre, autrement, dans les racines, dans les gestes, dans la mémoire. 
Et pour la première fois depuis longtemps, la cour ne me parut plus vide. 


Mars 2026. 

Lyazid OualiÉcrivain de la mémoire vivante.

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