lundi 6 avril 2026

Djili Bachir

                   

À l'ombre des ruches et des livres :

l'enseignant, qui parle aux abeilles.


"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Nb: Je me suis permis d’écrire sur cette personne parce que Bachir n’est pas un homme ordinaire pour moi. Il est d’abord mon ami, mais il est aussi l’enfant de mon patelin.

À travers lui, je retrouve un peu de ce que nous sommes, nous autres fils de cette terre.
Si je (re)prends la plume aujourd’hui, c’est parce que Bachir est un homme qui mérite non seulement l’estime, mais aussi la considération et le respect.
Sa droiture, son attachement à la vérité, sa simplicité et son amour du savoir en font un modèle discret, de ceux que l’on croise sans toujours mesurer leur valeur.
En cette date particulière, celle de la rentrée scolaire, mon hommage prend tout son sens. Car Bachir, avant tout, fut un enseignant.
Et à travers lui, c’est à tous les enseignants que je rends hommage.
Ceux qui, dans l’ombre, ont façonné des générations, transmis des valeurs, ouvert des horizons. Écrire sur lui, c’est rappeler que derrière chaque maître d’école se cache un bâtisseur silencieux, un artisan de la mémoire et du savoir.
Bachir est un homme retiré, presque effacé, qui a choisi de vivre en marge du tumulte du monde.
Sa maison, belle et bien entretenue, se dresse au bord de la route principale du village où chacun connaît la vie et les habitudes de l’autre.
Derrière ses murs, il mène une existence simple, mais riche d’une sérénité qu’il a longtemps cherchée.
Rigoureux, méthodique et d’un esprit profondément cartésien, Bachir a hérité du moule des enseignants dont il a longtemps porté la stature : lucide, pragmatique et d’une honnêteté sans faille.
Ce caractère droit et sans compromis a fini par l’isoler. Dans le village, beaucoup préfèrent les bavardages légers, les fanfaronnades et même parfois les mensonges enjolivés. Bachir, lui, se tenait loin de ces travers.
Cela expliquait pourquoi il n’aimait guère la compagnie et, réciproquement, pourquoi la compagnie ne l’aimait pas beaucoup non plus.
Depuis qu’il a pris sa retraite, il semble plus en accord avec lui-même et avec le monde. Libéré des contraintes de sa vie professionnelle, il prend soin de sa santé, de son foyer et consacre son temps à ce qui lui apporte vraiment du plaisir.
Ses journées se partagent entre la quiétude de sa maison et l’effort apaisant de la terre.
Dans sa petite chambre, qu’il a aménagée en bureau, il écrit longuement, consignant ses réflexions et ses expériences. Puis, à l’extérieur, il retrouve ses champs qu’il cultive avec passion, convaincu que le travail de la terre purifie l’esprit.
Mais ce qui occupe le plus son cœur et son attention, ce sont ses ruches d’abeilles. Patient et attentif, il s’en occupe comme on veille sur un trésor vivant, observant chaque mouvement, anticipant les besoins de ses colonies. Ce n’est pas un simple passe-temps, mais une véritable école de patience et de sagesse.
D’ailleurs, son premier livre publié en témoigne : un manuel précis, clair et détaillé, où il partage généreusement son savoir.
On y trouve des conseils pratiques, des avertissements contre les pièges courants et des méthodes éprouvées pour bien gérer une ruche, dans l’espoir d’obtenir, au fil des saisons, des récoltes abondantes et de qualité.
Chaque matin, Bachir se lève avant même que le coq du voisin ne brise la nuit de son chant. Il affectionne ces instants où le village sommeille encore, enveloppé dans un silence presque sacré, seulement troublé par les pas furtifs de quelques chiens errants.
Après s’être purifié, il marche calmement vers la mosquée pour accomplir la prière de l’aube, puis regagne aussitôt sa maison, l’esprit apaisé.
Dans sa cuisine, il prépare son café noir, fort et amer, qu’il savoure seul, accoudé à la fenêtre donnant sur la route. De là, il contemple les premières lueurs du jour s’étirer doucement sur les collines environnantes.
Chaque matin, ce spectacle le conforte dans son choix de vie : rien au monde ne pourrait remplacer cette sérénité.
Une fois son café terminé, il rejoint son petit bureau, une pièce étroite mais méticuleusement rangée.
Les livres sont alignés, les cahiers empilés, les stylos posés à leur place exacte. Ce coin de la maison est son refuge intellectuel, là où il donne libre cours à ses pensées. L’écriture est devenue pour lui une respiration intérieure. Il y consigne pêle-mêle des réflexions sur la vie, des fragments de souvenirs ou encore des conseils techniques pour guider les apiculteurs novices. Chaque phrase porte l’empreinte de l’enseignant qu’il a été : claire, ordonnée, rigoureuse.
À la fin de la matinée, Bachir enfile son chapeau de paille et prend le chemin de ses champs. Sur la route, les villageois le croisent sans qu’il s’attarde à bavarder. Quelques-uns lui adressent un salut poli, d’autres se contentent de l’observer à distance. Bachir ne s’en offusque pas : il a toujours su qu’il n’était pas fait pour plaire aux foules. Dans son retrait, il a trouvé la liberté.
Parmi ses ruches, il se transforme. Ses gestes deviennent précis, empreints de patience et presque rituels. Il inspecte les cadres, suit du regard les abeilles affairées, écoute leur bourdonnement comme on écoute une mélodie rassurante. Parfois, il leur parle à voix basse, comme à des confidentes fidèles, leur confiant ses doutes, ses projets d’écriture, ses états d’âme. L’organisation méticuleuse de ses abeilles lui rappelle la discipline qu’il exigeait jadis de ses élèves : une rigueur naturelle, une harmonie fondée sur l’effort collectif.
Lorsque le soir tombe, Bachir regagne sa maison, le cœur léger. Il retrouve sa famille dans la sérénité. Alors que beaucoup d’hommes du village peuplent les cafés de leurs discussions bruyantes et parfois futiles, lui choisit le calme discret de son foyer. Après le dîner, il reprend ses cahiers ou sort s’asseoir sur le banc en pierre, devant sa porte. Là, il contemple le ciel étoilé, laissant ses pensées vagabonder.
À cet instant, il est convaincu que la vérité ne se trouve pas dans les discours bruyants des hommes, mais dans le silence profond de la nature.
Avec le temps, son livre sur l’apiculture, rédigé d’abord pour lui-même, s’est mis à circuler dans le village. Intrigués, certains l’ont lu et ont découvert un Bachir pédagogue, généreux de ses savoirs, bien loin de l’image d’homme froid et distant qu’ils lui attribuaient.
Quelques villageois, encouragés par cette lecture, sont venus solliciter ses conseils pour se lancer à leur tour dans l’élevage des abeilles.
Fidèle à son tempérament, Bachir n’en a tiré ni fierté ni gloire. Il s’est simplement contenté de transmettre, heureux à l’idée que ses écrits puissent servir, ne serait-ce qu’un peu, à d’autres.
Lui, qui me disait souvent, d’une voix basse et un peu lasse :
— « Les gens ne lisent plus… »
Je revois encore son regard, à la fois triste et lointain, comme s’il parlait d’un monde disparu, celui des livres et des idées. Chaque fois qu’il prononçait ces mots, il avait ce geste familier, la main effleurant le bord d’un vieux cahier ou d’un roman usé par le temps. C’était moins une plainte qu’un constat douloureux, une blessure qu’il portait en silence.
Ses yeux brillaient d’une mélancolie particulière, comme s’il mesurait l’abîme entre ce qu’avait été sa jeunesse – nourrie de lectures, de débats et de savoir – et ce présent où le papier se froisse dans l’oubli. Pour lui, lire n’était pas seulement un passe-temps, c’était une façon de vivre, de respirer, de comprendre le monde.
Et quand il disait que « les gens ne lisent plus », je savais qu’il parlait aussi de sa propre solitude, de ce fossé qui le séparait peu à peu des autres.
Aujourd’hui encore, cette phrase résonne dans ma mémoire comme une confidence qu’il m’aurait laissée en héritage.
À mon ami Bachir, à tous les enseignants et à tous les retraités sans exception, ainsi qu’à mes sœurs Naïma, Nabila… et à mes frères, qui n’ont cessé de m’encourager à écrire.
L. Ouali, 21 septembre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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mercredi 1 avril 2026

Abbes Hamid.


Abbes, le pont entre deux générations.

"Portrait d'une figure emblématique de Guenzet. Un récit poignant sur la mémoire, les traditions et les hommes qui font vivre les villages kabyles."

Abbes était un homme affable, cultivé et doté d’une intelligence vive. Toujours souriant, et jovial. Il savait mettre à l’aise ceux qui l’approchaient et se faisait rapidement apprécier pour sa générosité et sa bienveillance.
Son attachement à son village, et plus particulièrement à son quartier d’enfance, était profond et sincère. Chaque ruelle, chaque maison, chaque pierre lui rappelait des souvenirs chers, et il considérait ce lieu comme une partie intégrante de son identité.
Bien qu’il réside désormais dans la grande ville, loin du tumulte de son village natal, il ne manque jamais une occasion d’y revenir. Chaque fête, chaque cérémonie familiale, chaque événement marquant est pour lui un prétexte heureux pour retrouver les siens. Il aime se mêler aux villageois, partager leurs rires, leurs repas et leurs souvenirs, comme s’il n’avait jamais quitté ces lieux.
Pour lui, ces moments de joie et de bonheur passés en communauté sont précieux, presque sacrés, car ils lui rappellent ses racines et renforcent son attachement indéfectible à son village et à ceux qui l’habitent.
Abbes est également reconnu pour son dévouement sans faille envers la communauté. On le voyait souvent prendre part aux initiatives collectives, et tendre la main à ceux qui en avaient besoin.
Son engagement citoyen et sa solidarité en faisaient une figure respectée et écoutée par tous.
Au cœur de son quartier se dressait une vieille mosquée, témoin de plusieurs générations. La construction de la mosquée appelée « El Djamaa El Djamoua » remonte à plusieurs siècles. Édifiée par les ancêtres avec des moyens rudimentaires mais une volonté inébranlable.
Cette mosquée, flanquée de son minaret à l’architecture typiquement berbère, a défié le temps et les générations pour parvenir jusqu’à nous. Ses murs, patinés par le temps, racontent une histoire faite de foi, de solidarité et d’héritage spirituel.
Bien plus qu’un lieu de prière, elle représente un véritable patrimoine collectif, témoin vivant de la mémoire des anciens et de la continuité des traditions transmises de père en fils.
Ce lieu représentait aussi un espace de rencontre, où les hommes se réunissaient après la prière du soir pour discuter, échanger des nouvelles et débattre des affaires de la communauté.
La mosquée incarnait à la fois la foi, la tradition et la cohésion sociale.
Mais avec le temps, l’édifice, usé par les années, montrait des signes de fragilité. Conscients de son importance symbolique et spirituelle, Abbes et quelques hommes de bonne volonté prirent l’initiative de réfléchir à une rénovation.
Après plusieurs discussions et consultations, ils se rendirent compte que les réparations ne suffiraient pas à garantir la pérennité du lieu. La décision fut alors difficile mais unanime : il fallait démolir l’ancienne mosquée et en bâtir une nouvelle, plus solide, plus spacieuse et adaptée aux besoins de la communauté.
Ce projet marqua un tournant décisif dans la vie du quartier et renforça encore l’image d’Abbes comme un homme visionnaire, attaché à la transmission du patrimoine et à l’avenir de sa communauté.
Une fois la décision arrêtée, le quartier tout entier se mit en mouvement, animé par un même élan de solidarité. Hommes, jeunes et anciens, chacun voulait apporter sa contribution à ce projet collectif.
Dans cette effervescence, Abbes s’imposa naturellement comme le pilier central de l’initiative. Son charisme, sa capacité à rassembler et son sens inné de l’organisation faisaient de lui un guide respecté et écouté.
Mais Abbes n’était pas de ceux qui se contentent de donner des instructions de loin. Bien au contraire, il était toujours en première ligne. Lorsqu’un problème surgissait, il s’empressait de le résoudre avec calme et efficacité. Quand il fallait accomplir des démarches administratives ou frapper aux portes des institutions, il s’en chargeait personnellement, usant de patience et de persuasion. Et pour collecter les dons nécessaires à la réalisation de la nouvelle mosquée, il n’hésitait pas à parcourir les villages voisins, à solliciter les bienfaiteurs et à rappeler aux habitants l’importance de contribuer, chacun selon ses moyens.
Son énergie, sa disponibilité et son engagement sans faille donnaient confiance aux autres et les poussaient à s’investir davantage. Grâce à lui, le projet ne resta pas une simple idée, mais devint une réalité en marche, portée par la foi, la volonté et l’unité du quartier.
Les travaux commencèrent par la démolition de l’ancienne mosquée. Ce fut un moment chargé d’émotion : certains anciens avaient le cœur serré de voir disparaître un lieu où ils avaient prié toute leur vie, mais Abbes les rassurait avec des paroles simples et sincères :
- « Nous n’effaçons pas notre mémoire, nous la renforçons. Cette mosquée continuera de vivre à travers la nouvelle que nous allons bâtir. »
Ces mots redonnèrent confiance et permirent à chacun de percevoir ce projet non comme une perte, mais comme une continuité.
Très vite, l’espace fut déblayé et les fondations de la nouvelle mosquée furent tracées. L’ambiance qui régnait sur le chantier était à la fois studieuse et festive. On entendait les coups des marteaux, le bruit des pelles, mais aussi les éclats de rire, les chants traditionnels que certains entonnaient pour alléger la fatigue.
Les femmes du quartier participaient elles aussi à leur manière : elles préparaient de grands plats de couscous, de la galette chaude et du thé brûlant pour nourrir les ouvriers. Les enfants, émerveillés, venaient observer et ramassaient les petits débris pour aider à leur échelle.
Le projet devint bien plus qu’une simple construction : il transforma le quotidien du village. On ne parlait plus que de cela dans les assemblées, les discussions au café ou même sur les chemins menant aux champs. Chacun se sentait responsable de l’ouvrage et fier d’y apporter sa pierre, qu’il s’agisse d’un effort physique, d’une contribution financière ou d’un simple encouragement.
Lorsque les murs commencèrent à s’élever, un sentiment d’unité et de fierté parcourut tout le quartier. La nouvelle mosquée n’était pas encore achevée qu’elle appartenait déjà à tout le monde, symbole d’une solidarité sans faille et d’un avenir commun. Et au centre de cette dynamique se trouvait Abbes, discret mais déterminé, donnant à chacun l’exemple d’un homme guidé par l’amour de sa communauté et la foi en des valeurs de partage et de fraternité.
Abbes, l’infatigable fonceur, toujours tourné vers l’avenir, incarne à merveille le lien vivant entre le passé et le présent.
Par son énergie, son dévouement et son attachement aux valeurs de ses aînés, il unit l’ancienne génération à la nouvelle. En lui se reflètent la solidarité d’autrefois et la vitalité d’aujourd’hui . Un bel exemple de continuité et de fidélité à l’esprit du village.
L.Ouali octobre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante;

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    . Bouznad Mohand Ameziane


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L'olivier et le figuier.

                                         Les arbres mythiques:
L'olivier et le figuier.


"Si vous êtes ici, ce n’est pas un hasard. Prenez le temps de lire. De ressentir. De vous souvenir. Car au fond, ces histoires ne parlent pas seulement de Guenzet. Elles parlent de nous tous."

Depuis mon enfance, une interrogation tenace hante mon esprit : pourquoi donc les anciens Kabyles plantaient-ils toujours l’olivier et le figuier côte à côte ?
Cette image, si familière dans nos villages, n’a jamais cessé de me tarauder. Était-ce un simple hasard agricole, une habitude transmise sans réflexion, ou bien un geste porteur de sens, de mémoire et de sagesse ?
Qu’est-ce qui poussait réellement nos ancêtres à associer ces deux arbres dans un même espace ?
Pourquoi, à travers les générations, le Kabyle s’est-il identifié si fortement à l’olivier et au figuier, au point que ces deux symboles végétaux semblent incarner son identité profonde ?
Existe-t-il une ou plusieurs raisons cachées derrière cette proximité, où se mêleraient la nécessité de nourrir, le respect de la nature et une vision presque spirituelle du monde ?..
Alors, je me suis décidé à entreprendre mes propres recherches, dans l’espoir de découvrir un fragment de vérité. Peut-être, pensais-je, qu’en fouillant patiemment, je finirais par trouver une explication.
Comme je suis d’un tempérament méthodique, avec un esprit que l’on pourrait dire cartésien, j’ai choisi d’aborder ces deux arbres « suspects » avec rigueur, comme s’ils cachaient un secret à percer.
Je me suis ensuite tourné vers les anciens, les gardiens de la mémoire. Leurs paroles, parfois simples, parfois voilées de mystère, laissaient entrevoir que l’olivier et le figuier ne sont pas de simples arbres : ce sont des compagnons de vie, enracinés dans la culture et l’imaginaire kabyle.
L’un nourrit par son huile, claire et pure, l’autre apaise par la douceur de ses fruits.
L’un symbolise la persistance, l’autre la générosité.
Puis, je me suis plongé dans les récits, les proverbes et même les textes sacrés où ces deux arbres reviennent comme des motifs éternels.
L’olivier y incarne la paix, la lumière et la longévité. Le figuier, quant à lui, évoque la fécondité, l’abondance et l’accueil. Ensemble, ils composent une sorte d’alliance spirituelle, une leçon de sagesse que nos ancêtres ont voulu graver dans la terre et transmettre à leurs descendants.
Et plus j’avançais dans mes recherches, plus je sentais que ces arbres parlaient un langage silencieux. Ils racontaient l’histoire d’un peuple enraciné dans sa montagne, qui savait que pour survivre il fallait associer la rigueur et la tendresse, la patience et la générosité.
Ainsi, au fil de mes recherches, une évidence s’imposait à moi : l’olivier et le figuier ne sont pas de simples voisins dans les champs kabyles, ils sont de véritables compagnons de route, faits pour cohabiter. Dans ces montagnes rudes et généreuses à la fois, leur union n’est pas un hasard, mais un pacte silencieux.
L’olivier, solide, au tronc noueux et au feuillage persistant, veille comme un sage. Il supporte la sécheresse, résiste aux vents, et offre son huile précieuse, véritable or liquide.
À ses côtés, le figuier déploie ses larges feuilles et ses fruits doux, gorgés de soleil. Il apporte une ombre légère, une fraîcheur bienvenue, comme une caresse au milieu des étés brûlants.
Ensemble, ils forment une alliance subtile : l’un protège, l’autre adoucit ; l’un nourrit la lampe et le pain, l’autre rassasie l’enfant et le voyageur.
Leurs racines plongent dans la même terre, leurs branches se frôlent parfois, et c’est comme s’ils se parlaient dans un langage secret que seuls les anciens savaient entendre.
Le figuier protège naturellement l’olivier.
Car la mouche de l’Olivier, l'une des plus
grandes menaces pour l’olivier est irrésistiblement attirée par l’arôme sucré des figues. En s’approchant et en touchant le fruit du figuier, l’insecte meurt : le suc de figue agit comme un piège létal naturel. Ainsi, planter un figuier tous les quatre oliviers pour maintenir la population de mouches sous contrôle, permet de le contrôler sans pesticides ni produits chimiques. Uniquement par la puissance de la nature pour protéger les récoltes de façon organique, durable et ancestrale.
Alors, dans chaque village, leur présence côte à côte était une promesse : celle de la continuité, de la paix et de l’abondance.
Ils rappelaient au Kabyle que la vie ne peut être complète que lorsqu’elle marie la force et la douceur, la patience et la générosité.
L.ouali décembre 2025.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.


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Les Ait Ahmed Ouyoucef

                                   2eme Partie

                       LES AIT AHMED OUYOUCEF

                        LAHDADA OU LE BASSIN

                             DES FORGERONS.

"Mais au-delà de la mémoire, il y a aussi une transmission. Car un peuple qui oublie ses racines devient fragile.

Et un village sans mémoire devient un simple lieu."

Nous entamons à présent un deuxième chapitre, après avoir consacré le premier à Bouzoulith et à son satellite Thaddarth. Il sera dédié aux Aït Ahmed Ouyoucef, aujourd’hui connus sous le nom de Lahdada.

C’est un chapitre dense, qui retrace les origines des habitants du bassin des forgerons, et que j’espère à la fois instructif et riche en informations.
Amdoun ihaddaden, ou les Aït Ahmed Ouyoucef.
De coutume, les habitants de Guenzet ne se définissent pas d’abord par le nom de leur village. Leur premier réflexe identitaire est ailleurs : ils se rattachent spontanément à l’une des trois grandes fractions qui structurent traditionnellement l’organisation sociale locale.
Cette manière de se présenter en dit long sur l’importance des lignées et des appartenances familiales dans la mémoire collective.
La première fraction est celle des Ouled Sidi Amar (Des marabouts?), ses membres sont principalement établis à Thaddarth, Bouzoulith et Ouaouchia. Ces quartiers forment un ensemble humain lié par des attaches anciennes, des alliances familiales et une histoire partagée.
La deuxième fraction regroupe les Aït Ahmed Ouyoucef, qui résident à Amdoun Ihaddaden , plus connu aujourd’hui sous le nom de Lahdada.
Cette appellation ancienne rappelle l’implantation originelle de la lignée, bien avant que le lieu ne prenne le nom associé aux forgerons.
Enfin, la troisième fraction correspond aux Aït Auref, dont le nom s’est progressivement transformé dans l’usage populaire pour devenir Laraf.
Cette fraction occupe principalement Tanaqoucht, territoire connu pour ses petites terres cultivables travaillées à la main.
Ainsi, à Guenzet, l’identité ne se limite pas à un ancrage géographique. Elle repose avant tout sur une appartenance lignagère, transmise de génération en génération.
Dire d’où l’on vient, ce n’est pas seulement nommer un lieu, c’est affirmer une filiation, une histoire et une place dans l’équilibre ancien de la communauté.
Ainsi, Amdoun Ihaddaden, que l’on peut traduire par le bassin des forgerons, était autrefois un lieu étroitement lié au savoir-faire artisanal et à la métallurgie traditionnelle.
Le mot Ihaddaden, en kabyle, signifie tout simplement les forgerons. Cette appellation reflète l’importance majeure qu’occupait autrefois ce métier dans la vie économique et sociale du village. La forge des Chergui en demeure d’ailleurs un témoin concret.
Avec le temps, l’usage du nom s’est simplifié : de Amdoun Ihaddaden, on est passé à Ihaddaden, puis, par évolution phonétique et usage populaire, à Lahdada, nom sous lequel l’endroit est aujourd’hui le plus connu. Cette transformation linguistique reflète un phénomène fréquent dans la toponymie kabyle, où les désignations liées aux métiers ou aux lignées finissent par devenir des noms de lieux à part entière.
Il est également important de rappeler que ce territoire portait toujours une identité : appelé les Aït Ahmed Ouyoucef, du nom d’une ancienne lignée ou fraction familiale installée dans la région.
Ainsi, Lahdada n’est pas seulement un nom géographique : c’est la trace vivante d’une histoire sociale, artisanale et familiale, où se croisent lignées anciennes et métiers traditionnels.
L’accès à Lahdada se fait par plusieurs chemins, chacun chargé de mémoire et de sens, au point que la manière d’indiquer la direction dépend souvent du quartier d’origine de celui qui parle.
En venant de Tanaqoucht, ces petites parcelles cultivées à la main , accrochées à la terre avec patience, on emprunte deux étroites ruelles qui finissent par déboucher sur Lota n’Souk, l’esplanade plate qui accueillait le marché hebdomadaire.
Ce lieu constituait un véritable cœur économique et social, un point de rencontre naturel pour les habitants des alentours.
Depuis la route de Zemmoura, en passant par Zaâti, le chemin conduit progressivement vers la grande place du village, espace ouvert où convergent plusieurs artères et où se déroulaient les grands rassemblements.
En descendant de Bouzoulith ou de Thaddarth, on rejoint la placette, centre vivant de Lahdada, dominé par la silhouette imposante de la mosquée El Djamaa El Djamouaa, qui semble veiller sur le village.
Par la route de Lafayette, on arrive également à cette même placette. C’est là que stationnait autrefois le bus de la compagnie Mottaz, un détail qui rappelle l’époque où ce point faisait le lien entre le village et l’extérieur.
En venant de Souk Ouadda, le trajet passe par le cimetière d’Ighil Larbaa, la crête du marché du mercredi, puis par Tibrahin, ces aires aménagées pour faire sécher les figues, témoins d’une activité agricole saisonnière essentielle à la vie locale. Ce chemin ramène lui aussi vers Lota n’Souk, le pôle majeur du village.
Ainsi, selon son point de départ, chacun décrit le trajet à sa manière. Les habitants de Thaddarth et de Bouzoulith disent qu’ils « descendent à la placette ». Ceux de Tanaqoucht parlent plutôt d’aller « vers les Aït Ahmed Ouyoucef », en référence à l’ancienne dénomination du lieu. Quant aux Ouaouchia, ils situent souvent leur direction par rapport à Guenzet.
Ces différentes façons de se repérer ne sont pas de simples indications géographiques : elles racontent l’histoire des quartiers, des lignées et des usages, et montrent combien l’espace de Lahdada est intimement lié à la mémoire de ses habitants.
Les deux grandes branches de Maadid.
Les Aït Ahmed Ouyoucef, établis à Lahdada, tirent pour la plupart leurs origines des Hauts Plateaux, notamment des régions de Maadid. Actuellement, Maadid se trouve dans la région des Hauts Plateaux, dans la wilaya de M’Sila. À proximité, des reliefs plus marqués comme le Djebel Maadid. De Aït Laâlam, Tassameurt et Aïn Oulmène.
Leur histoire s’inscrit donc dans un mouvement ancien de déplacements et d’implantations qui ont façonné la composition humaine de Lahdada.
Parmi leurs ancêtres venus des Hauts Plateaux, on distingue deux grandes branches principales issues de Maadid.
La première branche, est celle des Aït Oucharara,(un des fils de Djeddi Yalla) dont la descendance est aujourd’hui représentée principalement par les familles Cherara et Benyahia. Ces lignées ont conservé la mémoire de leurs attaches tribales et constituent un noyau important au sein du groupe.
La seconde grande branche est celle des Aït Messaoud, également appelés Imessaouden. De cette lignée sont issues plusieurs familles connues : Guendouz, Azzouz, Ouarezki, Sadoun et Cherbal. Ensemble, elles forment un autre pilier essentiel de la présence des Aït Ahmed Ouyoucef à Lahdada.
Ainsi, à travers ces deux rameaux majeurs, se dessine une filiation claire reliant Lahdada aux terres des Hauts Plateaux, témoignant de liens anciens, de solidarités familiales et d’une mémoire commune toujours vivante.
Viennent ensuite les Aït Ouslimane, dont la présence est aujourd’hui représentée principalement par la famille Aïssa. Selon la mémoire transmise, cette lignée s'est établie par la suite à Bouzoulith, marquant ainsi une étape importante dans son parcours et son implantation.
On trouve également les Aït Layadi, représentés par la famille Layadi, qui perpétue le nom et l’héritage de cette branche au sein de la communauté.
À leurs côtés figurent les Aït Alili, dont la descendance est portée par la famille Alali, autre lignée reconnue dans la structuration des familles issues de cette origine.
-La deuxième grande branche : les Aït Chergui
Les Aït Chergui, un groupe important qui se divise en deux grandes sous-branches distinctes.
La première regroupe les Aït Chergui proprement dits, représentés aujourd’hui par les familles Cherragui et Cherikh. Ces familles constituent le noyau central de cette lignée et en portent directement le nom.
La seconde sous-branche est celle des Aït El Hadj Arezki, également connus sous le nom d’Iquemouchen. Cette lignée est représentée par plusieurs familles : Zerrati, Yalla, Cherrar, Ammouche, Hammouche et Chaoui.
Cette branche trouve ses origines dans les régions de Taqliht, Tassameurt et Aïn Oulmène, ce qui confirme, une fois de plus, les liens anciens entre ces familles et les territoires des Hauts Plateaux.
-La troisième grande branche est constituée par les Aït Ben Athmane.
Cette lignée est aujourd’hui représentée par plusieurs familles qui en perpétuent le nom et l’héritage : Moudda, Sadaoui, Atoum, Otmani, Cheddad et Zenati.
-Vient ensuite la quatrième grande branche, celle des Aït Merfed. Cette lignée est originaire de plusieurs localités, notamment Guergour, Fréha, Akbou et Aghdan n’Salah. Elle est représentée par les Aït Merfed proprement dits, c’est-à-dire les familles Merfed et Hamoum, qui en constituent le noyau principal.
À leur suite figurent les Aït Bouriche, représentés par la famille Ahcène. On trouve également les Begaga, connus sous le nom de Amirat, qui forment une autre composante issue de cette même souche.
Les Aït Amirat, quant à eux, sont représentés par la famille Kedri, perpétuant cette appellation à travers leur patronyme.
On compte aussi les Aït El Kharoubi, représentés par la famille Kharoubi, ainsi que les Aït Braham, dont la descendance est portée par la famille Bensaïd.
Dans le même ensemble figurent les Aït Ouafi, représentés par la famille Ouafi, ainsi que les Ikarramen, identifiés aujourd’hui à travers la famille Akroun.
Enfin, on retrouve les Adjer, représentés par la famille Adjar, et la famille Frihi, qui fait également partie de cet héritage familial et pour clore cette énumération on cite les Mahrour représentés par les Zelidj et les Ait Zetoutou par les Zetoutou.
-La cinquième branche est celle des Aït Hama. Elle se compose de deux sous-branches principales.
La première sous-branche regroupe les Aït Hamma, représentés aujourd’hui par les familles Hamat, Hamma et Hamane, qui perpétuent le nom et la lignée de ce groupe.
La seconde sous-branche est celle des Aït Cheikh, dont la descendance est représentée par la famille Tahraoui.
-Vient ensuite la sixième branche des Aït Ahmed Ouyoucef, une lignée que l’on aurait historiquement dû retrouver à Thaddarth et à Bouzoulith. Il s’agit des Ihlache, aujourd’hui représentés par les familles Halouche, Hallouche et Brahimi, qui en perpétuent le nom et l’héritage.
Cette lignée tire ses origines de Tighert n’Etgejda, territoire d’où seraient partis les ancêtres avant leur implantation ultérieure dans d’autres localités.
-Nous arrivons à la septième grande branche, celle des Iguaouaouene, dont l’origine remonterait probablement à Djemaa Saharidj.
Cette lignée s’est transmise à travers deux sous-branches principales.
La première est celle des Aït Bouyoumit, représentés aujourd’hui par la famille Hamid, qui perpétue l’héritage de cette souche.
La seconde sous-branche regroupe les Iguaouaouene proprement dits, représentés par les familles Gaya et Ghaoui, qui maintiennent vivante la mémoire et l’identité de cette lignée.
-La huitième grande branche des Ihaddaden est issue en grande partie des Maâdid, avec également des apports de Zemmoura, d’El Main et de Qualaat Béni Hamad. Elle se divise en plusieurs sous-branches.
On trouve d’abord les Ihaddaden proprement dits, représentés par les familles Haddad, Haddadi et Kefif. Viennent ensuite les Amaouche, perpétués par les familles Amaouche et Maouche. Les Aït El Hadj Yahia regroupent les familles Yahou et Bacha.
Parmi les autres lignées figurent les Aït Khichane (famille Khichane), les Aït Ouchabane (familles Chabane et Akroum), ainsi que les Ben Chakou, aujourd’hui connus sous le nom de Mechakou, originaires de Zemmoura.
Les Aït Boukhalfa, venus des Bibans, ainsi que de Béni Laâlam, sont représentés par la famille Boukhalfa.
Les Kassa M’mehand regroupent les familles Ababou et Rachedi. Viennent ensuite les Zerarga (famille Ourabia), les Imallalen, les Ouyahia et les Aït Enser, représentés par la famille Nezar.
-Enfin, on termine avec la neuvième grande branche, originaire de la Qalâa des Béni Hammad, représentée par les Boutserou, aujourd’hui connus sous le nom de famille Bousou.
Merci à vous.

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L.ouali février 2026.

Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Bouzoulith et Thaddarth.

                                                  1ere partie

Bouzoulith et Thaddarth.

" Chaque texte est une tentative de retenir ce qui fuit. Chaque mot est une résistance à l’oubli."

Ce qui suit est extrait des travaux de M. Poisson, militaire et ancien directeur de l’école de Guenzet en 1952, ainsi que de la thèse de doctorat de Mesmene Salah.
Cette partie est spécifiquement consacrée à Bouzoulith et à son satellite Thaddarth, à la demande de notre sœur Ghada, originaire de Bouzoulith.
Le pays des Aït Yaâla n’Tzemmourine, à distinguer des Aït Yaâla de Maillot, Touviret ,Bouira, est situé à l’extrémité ouest du Guergour. Cette région occupe une position stratégique, à la croisée des chemins reliant Sétif, Bordj Bou Arreridj et Bougie.
Le territoire des Ikhlidjen (les hameaux) comprend Guenzet et cinq hameaux réunis :
Bouzoulith, (Buzulit), rocailleux, rattaché à son satellite Thaddarth (le village), Amdoun Ihaddaden (le bassin des forgerons), appelé aujourd’hui Lahdada, Thanaqucht (le petit terrain cultivable à la pioche) et enfin Ouaouchia.
Autrefois, pour se rendre à Thaddarth, on empruntait un chemin pierreux qui menait successivement à Hioua, à la mosquée de Sidi Salah, puis à Asquif Ouahlouche (le passage couvert d’Ahlouche), L’Hara Bouâda (la maison d’en bas), Tiguerth Ibawen (le champ de fèves), Targa L’Koucha (la rigole du four), Tisoufa (les petits tisons), Imezouagh (les terrains rouges) et Tikhribin (les petites ruines), avant d’aboutir enfin au cimetière de Sidi Louadeh.
Quant à Bouzoulith, l’itinéraire débutait par Targa Amrane (la rigole d’Amrane), se poursuivait par Thazrart (le terrain schisteux), L’Djemaa Bouâda (le lieu de réunion d’en bas), Cherahen (le terrain schisteux nu, dépourvu de végétation), puis L’Djemaa Oufella, avant de rejoindre Targa L’Koucha et, enfin, l’Houch (la ferme).
Origines des familles de Bouzoulith et de Thaddarth.
De nombreuses familles se sont établies à Bouzoulith et à Thaddarth, aux origines diverses. M. Poisson a dressé un arbre généalogique d’une précision et d’un détail remarquables, retraçant des lignées issues principalement de la Grande Kabylie, des Ouled Sidi Amar, des Béni Ourtilane, de Zemmoura et des Biban, entre autres.
*Première branche
La première branche est celle des Aït El Hadj Tayeb, originaires de la Grande Kabylie et des Ouled Sidi Amar, notamment de Béni Ourtilane. Elle est aujourd’hui représentée par les familles Bellouloud et Aït Mouhoub, incarnées par les noms Mostefai, Douha et Oumeziane.
À cette même branche se rattachent également :
les Aït Mehand Aouren, dits les Aouren,
les Aït El Hadj, dits les Nachi,
les Aït Ourtilane, les Adjout.
Deuxième branche
La seconde branche est celle des Imezguidhen, originaires de la Grande Kabylie, aujourd’hui représentée par les familles Khiar, Bourezki et Mezrac.
À cette même filiation s’ajoute la branche des Aït Oufella, originaires de Sidi Amar, représentée par les familles Boubekeur, Mazighi, Mezghiche, Hammache et Zioui.
Branche des Ikoutaf
La branche des Ikoutaf est représentée par un grand nombre de familles, dont le chef de file est Aktouf, suivi de Aktouche, Akroun, Attou, Mehani, Atif, Abdelatif, Saichi, Bellah, Berkane, Beloucif, Bensalem, Dami et Belbal.
Branches issues des Biban et de Zemmoura.
Une branche originaire des Biban et de Zemmoura se divise en trois sous-branches :
Lakhder Arab, représentée par Boukercha,
Salahdji, représentée par les Salahdji,
et Ibadjiouen, représentée par la grande famille des Badji.
Branches de Djemaa Saharidj et régions avoisinantes
Deux grandes branches, originaires de Djemaa Saharidj, des Biban, de Tassameurt, Aïn Oulmane et Riha, sont représentées par les Aït Kerri et les Aït Abdeslam.
Les Aït Kerri se subdivisent en quatre sous-branches :
les Aït Kerri proprement dits, représentés par les Bouabdallah,
les Aït Mouhoub Mouhoun,
les Aït El Kebir, représentés par les familles Ouseghir et Kerri,
et les Igaouaouen, représentés par Gaoua et Houria.
La seconde branche, celle des Aït Abdeslam, comprend les familles Abdeslam et Aouchiche, ainsi que la fraction des Iberktachen, représentée par Bektache et Benmalek.
Une troisième fraction, les Aït Belguerras — toujours issue de la branche Aït Abdeslam — est représentée par les familles Djerradi, Gueriane, Abdelaziz et Rezga.
Nous achevons l’exposé avec la branche des Aït Abdeslam, avant d’aborder les différentes fractions qui s’y rattachent.
Parmi celles-ci figurent les Aït Ouagagt, représentés par les Ouaglal ; les Aït Aouicha, comprenant les familles Batoul et Aouchiche ; les Aït Ougnana, représentés par les Guenane ; les Aït Tahar, incarnés par les Boukhari ; ainsi que les Aït Tachrift, représentés par les Tachrift, Boucherif et Abdelmoulmen.
S’y ajoutent la fraction Lafifi, représentée par les Lafifi, et celle des Guerouache, représentée par la famille Guerouache.
Toutes ces fractions ont pour origines les régions des Biban, de Bougie et de Maïn Issoumer.
Vient ensuite une autre branche, celle des Aït Sidi Moussa, divisée en quatre sous-branches :
-les Aït Sidi Moussa proprement dits, représentés par les Ghali et Moghraoui ;
-les Taouarest, représentés par les Tayaibi ;
-les Bellouti, représentés par Fatah et Meftah ;
-et les Ibouziden, représentés par les Bouzid.
Suit la fraction des Bouchemlal, représentée par les familles Anseur et Seddik.
La branche des Ibeyouchen est incarnée par Bioud et Bouchama, tandis que celle des Aït Louatiq est représentée par les Louti.
On retrouve également la branche des Aït Bessalah, représentée par les Salhi, celle des Artban, les Artban, les Aït Lekhal, représentés par les Kehal, ainsi que les Aït Benaïssa, représentés par les Benaïssa.
Enfin, la branche des Aït Zerrouk se divise en deux sous-branches : les Aït Zerrouk, représentés par les Zerrouki, et les Khalef.
À cela s’ajoute la branche des Aït Oubada, ou Ibadiyouen, représentée par les Mokhtari.
Ces denieres branches sont originaires de Bibans, Zemmoura ,et Mansourah.
Ces deux villages sont indissociables : on ne peut évoquer l’un sans faire référence à l’autre. Nichés côte à côte sur une pente raide et rocailleuse, difficile d’accès, telle une muraille infranchissable qui veille toujours sur Djemaa el djamouaa et
Lahdada.
Avec le temps, que reste-t-il de ces familles, autrefois si présentes ?
L. ouali janvier 2026.
Lyazid Ouali, Écrivain de la mémoire vivante.

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Le pain à Guenzet.

                

Le pain à Guenzet.


"J’écris pour ceux qui ne parlent plus. Pour ceux que le temps efface lentement.
Pour ces gestes simples – une parole à la sortie de la mosquée, une présence au seuil d’une maison, un regard échangé dans le silence – qui composent la richesse invisible de nos villages."

Je vous le jure, et dites-le à tous ceux qui s’en souviennent encore : y avait-il meilleur pain que celui cuit au feu de bois, à l’époque de Hafri et de Bouboul ?
Puis vint l’introduction de la baguette à Guenzet, celle de Dda Abu, et avec elle une autre saveur, une autre habitude, mais toujours le même amour du pain partagé.
Ne me dites pas que le pain de la boulangerie a été concurrencé par le pain traditionnel fait à la maison. Chacun avait sa place, son odeur, sa mémoire. La baguette, elle, a toujours été appréciée à Guenzet, accueillie sans renier le pain d’antan, comme on accueille une nouveauté sans oublier ses racines.
Mais ce qui fait véritablement mal au cœur et tout le monde en est conscient, c’est de voir le boulanger de Guenzet directement concurrencé par le pain venu de Zemmoura. On étouffe ainsi le travail et l’emploi locaux. Face à cette concurrence déloyale, plusieurs courageux artisans ont été contraints d’abandonner rapidement ce métier.
Je me souviens du pain croustillant qui arrivait dans le bus de Dda H’foutou. On le regardait avec des yeux grands comme des boules de loto, la salive coulant déjà, pareille à l’eau vive de la fontaine d’Ighzer n’Tahala. Rien qu’à le voir, on avait faim, faim de pain et de ce moment-là, simple et sacré.
Souvenez-vous aussi : quand quelqu’un achevait la récitation du Coran, il ne la concluait jamais sans des beignets et des morceaux de pain coupés en rondelles, partagés avec respect et gratitude. C’était ainsi que se terminaient les choses importantes, dans la douceur et le partage.
Et ce pain ramené de Sétif… On l’accueillait avec tant d’amour, comme un hôte attendu. Ce n’était pas qu’un pain, c’était un lien, une joie, un souvenir qui, aujourd’hui encore, garde le goût de l’enfance et du temps béni.
Puis vint l’audace, puis l’indépendance, portées par des hommes qui ont piétiné la peur, qui ont osé briser les chaînes et marcher droit devant, sans détour ni soumission.
Le pain fit alors son entrée à Guenzet, né de la sueur et des mains courageuses de braves gens, de ceux qui bâtissent sans bruit mais avec honneur.
Mais chez nous, là où le bât blesse, et depuis toujours, persiste une hérésie tenace qui ronge toute la Kabylie : aimer l’étranger au détriment du nôtre.
Mépriser ce qui naît de nos terres, de nos mains, de notre histoire, pour encenser ce qui vient d’ailleurs. Une rage sourde, une blessure ouverte, qui refuse encore de cicatriser.
D’ailleurs, tout ce que je dis se vérifie chaque été, de manière flagrante, pendant les grandes vacances.
Guenzet et ses environs se remplissent alors, à ras bord, comme une gourde que l’on remplit de l’eau cristalline de Thighramt. Le village reprend vie, les chemins s’animent, les maisons fermées le reste de l’année s’ouvrent enfin.
Et pourtant, au lieu de s’en réjouir, certains résidents donnent l’impression de se sentir dérangés dans leur sommeil et leur tranquillité, comme si cette effervescence était une intrusion. Comme si ceux qui reviennent n’étaient plus d’ici, comme s’ils n’appartenaient pas à cette terre.
On oublie alors que ces “revenants” sont les enfants du pays, partis par nécessité, mais toujours attachés à Guenzet par le cœur, la mémoire et les racines.
Cette attitude révèle un malaise plus profond : la difficulté à accepter l’autre, même quand cet autre est des nôtres.
Une contradiction douloureuse dans une région bâtie sur la solidarité, l’hospitalité et le partage. Guenzet n’est pas une propriété privée ni un refuge figé dans le silence ; c’est une terre vivante, qui respire au rythme de ceux qui y vivent autant que de ceux qui y reviennent.
C’est lorsque les uns accepteront enfin leurs semblables, avec amour et fraternité, lorsque les fontaines se remettront à couler comme autrefois, lorsque le sourire reviendra illuminer les visages et que les cœurs s’ouvriront sans méfiance ni rancœur… alors, ce jour-là, tout reprendra son sens.
Ce jour-là, nous mangerons le pain béni de nos boulangeries, non pas seulement pour son goût, mais parce qu’il aura retrouvé sa vraie valeur : celle du partage, de la réconciliation et de l’appartenance à une même terre.
Ce pain-là sera la preuve que Guenzet aura renoué avec son âme.
Toutes mes excuses à mes chers compatriotes pour ce texte, volontairement abrupt et aiguisé, qui ne manquera pas de troubler certaines âmes sensibles.
Mais il est des vérités qu’il faut oser se dire, non pour blesser, mais pour se regarder enfin avec les yeux de la réalité et avancer sans faux-semblants.

Decembre 2025.

Lyazid Ouali, Écrivain de la memoire vivante.

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Les gens qui font mon village

Hadda, la porteuse d'eau

                             HADDA                  (Hadda Ubenathmane)                                         LA PORTEUSE D’EAU Hadda Uben...